PRIEZ DIEU POUR LEURS AMES
C'est dans le temps de son deuil que le graveur prépara les deux estampes de vues de Paris rapporlées de son voyage. Rien d'officiel dans cette besogne, et partant plus de grâce et d'abandon. La première nous découvre un panorama de la Seine piis du Pont-Xeuf, avec le Lonvre à droite, et la tour de Xesle à gauche. Snr la rivière, une joute donnée par l(*s mariniers en riionnenr des victoires à La Rochelle. Malheureusement Callot laissait courir sa pointe de mémoire, il est trop habile et trop ingénieux, et la fantaisie jone un gi*and rôle dans ses reconstitutions topographiques. Mais quel mouvement dans cette cohue de- barques pavoisées, et la belle
JACQUES CALLOT lil
3rdonnaiice de ces foules j^iouiiécs sui- les (jiiais voisins! Les réjouissances florentines de lAnio snnl encore une fois retrouvées, et avec quelle puissance d'effet et de rendu!
Après les fêtes, le travail. La seconde vue. c'est le Pont-Neuf là-l»as. et devant le spectateur la tour de Nesle. avec son monde spécial de bateliers, de débardeurs. Tous les habitués spéciaux des rives de la Seine se sont donné rendez-vous: voici les garçons d'écurie faisant baigner leurs chevaux, les porteurs avec leurs crochets, affublés les uns et les autres de feutres à plumes de coq. comme les Bohémiens ou les gueux. Les berges sont singulièrement accidentées alors ; sur les tertres, les fainéants à rapière attendent une aubaine, les marchands ambulants crient leur marchandise. Cette estam[)e rappelle par plus d'un c«Mé les forains de Tlmpruneta: elle est peut-être plus forte et plus détinitive.
Gaston d'Orléans est revenu par deçà plus ennemi du Cardinal que jamais. Il s'installe à la cour du duc Charles et épouse secrètement sa sœur, Mademoiselle de Lorraine. Mais devant que l'aventure ne fût divulguée, il vit simplement à Nancy el. [nui entier à ses goûts, il demande à Callot de l'instruire dans le dessin el de composer pour lui des esquisses à la plume en guise de modèles. Le plus souvent il sort au matin, accompagné du comte de Mauleviier, un de ses gentilshonnnes, et se rend chez le maitre, heureux
\'i2 JACOll'S CALLUT
(l(! lo voir Iravailler cL (l'a|)[)i'(Mi(liv les expédientscoiitmiiiers des peintres.
C'est même pom* satisfaire son j'oyal élève i[uv Jaeqnes Callut se condamne une l'ois de plus au pins insipide des mol à mot, à la gravure des monnaies ayant cours eu Europe. 106 pièces de modules divers avec leurs effigies, leurs exergues, parmi les- (juelles la plus récemment frappée portait le millésiiue de 1629. On imagiuc bien que ces copies ne comptent guère dans l'œuvre de l'artiste; elles sont encore, adresse eu plus, ce qu'avaient été en Italie ses transcriptions pénibles d'après les maîtres. Mariette, qui jugeait les estampes d'après leur valeur intrinsèque, réputait les médailles de Callot une de ses suites les plus médiocres; il ne savait pas le concours de circonstances ({ui avait forcé le pauvre artiste de génie à entrer pour une fois dans le domaine de son ancien maître Démange Crock.
La peste qui ravageait Nancy amena une recrudescence de ferveur pieuse dans la ville; c'est vi'aiseniblablement pour la vente courante des éditeurs d'images saintes que le graveur composa une suite dite les Grands Apôtres, et celle des Mystères de la Passion. Les grands Apôtres offrent une particularité curieuse; sous leurs costumes de tradition, avec les attributs spéciaux qui les décorent, ils sont des gueux, les gueux de Callot à la ligure ravagée, aux traits rudes d'un réalisme sauvage. Les amoureux
JACOIES (;ALL(3T
(le V(''iilc lii'-toi-iquo, les piMiiti'cs qui siivont de nos jours quels houimes éuei'giques et Itrulaux élaieiit ces drseiples du Christ, ne les sauraieul eouipi*eiidre d'une autre manière. Callul tuuteluis ne eunnaissait
\)-d> ces préueeupatioiis. Sa manière reprenait le dessus inconsciemment, il restait lui en tout et tuu
jours, sans se perdre dans les spéculations philosophiques ou anthropologiques inconnues de son siècle, les Apôtres demeureront près des baroni. des nobles et des autres figures de caractère au même titre