‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 22 sur 53 · JACQUES CAL LUT · texte numérisé non relu

JACQUES CAL LUT

qu'elles, c'est-à-dire par la copie exacle de la nature sous couleur de peinture d'histoire.

11 était subitement revenu aux très petites compositions dans la Vie de la Vierge, jetant comme à [)laisir dans des médaillons gros ainsi que des chatons de ])agues des scènes mouvementées avec des personnages nombreux, des monuments ou des paysages. Ceci émerveillait Félibien, et nous émerveille nous-mêmes.

« Quand vous voudrez, écrivait Félibien, avoir le })laisir d'admirer l'abondance des pensées de cet excellent homme, la fertilité de son génie et cet art admirable qu'il avait à représenter en petit des sujets très grands et très amples, vous pourrez considérer ce qu'il a gravé dans de petits ronds concernant la vie de la Vierge et la passion de Notre-Seigneur. »

L'Annonciation, par exemple, a Irois centimètres de hauteur; or, le graveur a trouvé moyen d'y metti'c une grande maison de ferme, cinq personnages très éloignés les uns des autres, un chien, un àne, et dans le luinlaiu, jusqu'à l'horizon, un coteau sur lequel un berger conduit un troupeau! L'art minuscule ])oussé à cette perfection devient presque le grand art, l'ail m(M'veilleux et sans pareil. Et Callol avait trente-neuf ans, c'est-à-dire l'âge où parfois l'œil faiblit sous les efforts persistants des veilles.

Voyez la bizarrerie des choses! Ce Claude Deruet magnifique, peintre en titre de la Cour lorraine, che-

Saint de Ja suite dite des Grands Apôlt

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v.ilit'i' (lu Cliii^L inaiiiriv de iiciilillKtirnne lastiioiix cl légèrement grotesque dans ses prétentions , qui s'estimait le supérieur de Callot sans conteste , Deruet ne nous est guère connu que par le délicieux portiait que le ^rraveur nous a laissé de lui. Il Ta r('[ir<''<('ii|t' (hms une s(H't<' de cadre, an niili«'ii de l"iitnres richement drapées, ayant an|uv> de lui >ou jeune lils en costume militaire. Il était ditlicile de camper plus crânement un modèle et de lui donner une plus martiale allure. Tel que le voilà. Deruet pourrait passer très bien pnnr un giand seigneur (tu hml an ni<>iu> un cnldiiel d'année. El pourtant qui le connaît même de nom? qui a remarqué jamais les trois ou quatre maigres estampes péniblement îrrattées par lui. représentant un Charles IV de Lorraine et un combat? nù sont aujourd'hui ses toiles si vantées?

Son adversaire prétendu a lait la plus grande partie de son renom par l'estampe dont nous venons de parler, par la préface du Combat à la barrière, et aussi par ces douze vers, qui pour être ceux d'un graveur, n'ont point si méchante allure, somme toute :

Ce lameuï créateur de tant de beaux visages

S'estoil assez tiré dans ses rares ouvrages

Où la nature et l'art admirent leurs efforts.

11 tenoit le desseus du temps et de l'envie

Et hiy de quy les mains resuscitent les morts

Pouvoit bien par soi-mesme éterniser sa vie.

Mais quand il eusl fallu laisser (jnelqn'autre maniue

Qui malgré les rigueurs du sort et cle la Parque Le monstrast tout entier à la postérité, Son liuile et ses couleurs pour le faire revivre Au goust des mieux sensez auroient toujours esté Un charme plus puissant que l'eau-fortc et le cuivre.

Pourtant, en dépit de ces rimes louangeuses, c'est le cuivre et Teau-forte qui nous ont révélé ce génie disparu.

Les excursions de Jacques Callot dans les Flandres et à Paris l'avaient mis à même de fréquenter les gens de guerre; peut-éli"e avait-il assisté aux scènes de pillage dont les bandes étaient coutumières. Jl rapportait à Nancy mille projets divers et se promettait de traiter un jour ou l'autre la question dans une suite d'estampes. Il en était à la troisième phase de sa carrière, quand, ayant épuisé la note comique et passé la période des souvenirs, il arrivait à l'âge de la raison philosophique, au temps où l'on discute les faits avec une nuance de tristesse et de désespérance. La venue de Gaston d'Orléans, son mariage avec Mlle de Lorraine laissaient entrevoir à brève échéance des complications du côté de la France, la guerre probable. Ce qu'est l'invasion, hélas! il va nous le dire dans une série de pages prises sur nature.

Les vieux Lorrains de la fin du siège précédent qu'il pouvait encore rencontrer sur sa route, n'avaient point la conscience si pure sur le fait des dévastations

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