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lils à Ini-iiiciiie. Pendant deux mois enliers la ville de Nancy fut à l'envers. Le maître des cérémonies, J. de la Ruelle, dessinateur assez habile, décorait les salles du palais, faisait dresser les échafauds et les catafalques, et livrait ses esquisses et ses plans à Jean de La llière, qui les transcrivait en les mettant au point, en leur donnant la perspective. On chercha vainement à Nancy un graveur capable de reproduire ces croquis sur le cuivre, en vue de Limpi'essioii. Les habiles étaient en Italie ou en France. On dut appeler un aqua-fortiste strasbourgeois, Frédéric Brentel, qui s'acquitta au mieux de ce travail hâtif, bâclé en quelques semaines et bientôt livré au public en album in-folio relatant les moindres circonstances des funérailles. L'art de ces estampes curieuses n'est point à mépriser. J'imagine que leur habileté, que les groupements de milliers de personnages en d'étroits espaces, que la tournure libre et franche des figures firent impression sur Jacques (lallot. Son père y avait été représenté dans le cortège, portant la cotte armoriée des grands jours; il n'en fallait pas plus pour que l'enfant étudiât et conservât dans sa mémoire le détail précis et nerveux du graveur, et en fit son profit.
La disette d'artistes spéciaux constatée par la venue de Brentel laissa-t-elle concevoir à Jean Callot quelque espoir pour la carrière future de son fils? comprenait-il (jue la df'cision de l'enfant était irré-
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vocable et qu'un ne gagnerait rien à la ^()ul(Mr rontrarier? Je ne saurais affirmer rien; tout ce qu'on peut dire, c'est que moins de six mois après l'enterrement du duc Charles, quand Henri, son fils et successeur, envoya en ambassadeur à Rome le comte (le Tornielle, surintendant de sa maison, pour noliiit^r son avènement au pape, Jacques Callot se joignit au cortège avec l'assentiment de tous les siens. C'était la revanche éclatante, la consécration attendue qu'on n'eût point osé rêver, la marche triomphale après les équipées du bohème. Monté sur son roussin de voyage, la plume au feutre, la tète farcie de projets insensés, lé jeune graveur partait à la conquête de Rome, à l'assaut de la gloire.
Si l'on en croit Félibien, qui disait le tenir des amis de Callot, celui-ci eût demandé à Dieu une seule chose, de vivre jusqu'à quarante- trois ans: ce fut sa constante prière, et exaucée comme on verra. On eût dit ([ii'il sentait la faiblesse de son corps menacée par l'énergie intense de la volonté et de l'esprit. A Rome il ne se trouvait plus en pays indifférent: c'est là que vivaient Israël Henriet, son camarade, et Claude Deruet, peintre nancéien, tous deux suivant des voies différentes, mais dt'^jà sortis du niveau modeste des apprentis. Ils l'amenèrent à l'atelier d'Antonio Tempesta, peintre-graveur habile, décorateur du Palais Vieux de Florence, et qui tenait de Stradan, son maître, un goût particulier pour les scènes de mœurs et les
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chasses. Tempesta avait une réputation acquise; le patronage du cardinal Granvelle, la mode venue de ses productions, en faisaient un personnage, peut-être un peu dédaigneux des Immbles, mais capable de leur donner de temps à autre un conseil profitable. Jacques Callol le vit trousser une eau-forte, et comprit vite le parti à tirer de ce mode prime-sautier et hardi dans les compositions originales. Son malheur voulut que ses ressources s'épuisassent assez vite, et qu'il ne pût couliiuier à fréquenter dans la maison du mailre. Loin de songer à rendre ses propres idées, à écrire ses pensées, il fallut traduire celles des autres, il fallut échouer misérablement à tailler au burin des images de piété pour en tirer monnaie.
Philippe Thomassin, artiste champenois établi à Rome, tenait fLd)rique spéciale de ces estampes religieuses, en même temps qu'il fournissait au commerce des pièces d'orfèvrerie. Élève de Corneille Cort pour le burin, Thomassin avait le travail lourd et mesquin, assez clair et défini i)ourtant : il s'attachait à reproduire les œuvres contemporaines ou les tableaux de Raphaël, l'ancien et le moderne sans accent, sans naïveté, en coulant tout dans un moule uniforme, suivant la formule unique empruntée à la fois aux Italiens et aux Flamands. Les estampes des Sadeler faisaient alors fuix'ur à Rome; Thomassin employa Callot à les copier par le burin, et c'est ainsi que le jeune homme collabora à une série des Mois de l'année
daprès Jacques do Mompor où le paslicho apparaît évident et misérable : travail impersonnel, oiseux,
I triste corvée d'un Pégase attelé à la charrue. Callot
' eut pu se perdre à ce labeur, égarer sa main dans une recherche précieuse si éloignée de son tempérament d'origine. Par ])onlieur il se brouilla avec le
! graveur champenois, on dit })ar la jalousie que Tlio" massin ressentit des assiduités de son élève auprès de sa jeune femme, mais peut-être bien plutôt par le vague di'pit qu'il eut d'avoir trouvé son maître.
Il tant vivre! Les contemplations idéales des chefsd'œuvre, les promenades à travers les merveilles de hi Ville éternelle, la fréquentation même des maîtres, n'eussent point tardé à mettre le Lorrain minable sur le pavé. Israël lïenriet, son ami, allait quitter Rome,
' les conseils et les secours lui manqueraient bientôt; il taillait deux mois pour recevoir de Lorraine la moindre réponse. Son désaccord avec Thomassin n'était point d'ailleurs sans lui nuire auprès des éditeurs romains. Il se résolut à partir pour Florence, où l'art se tenait plus en dehors des mercantis et des tailleurs de planches à la grosse. Jacques Callot se souvenait di: Canta Gallina ; um lui parlait de Julio Parigi, à 'a fois ingénieur, graveur et peintre, ayant reçu des Italiens du seizième siècle l'amour des formes allongées et délicates, des figures grêles qui paraissaient alors la grâce exquise, et que les meilleurs artistes exagéraient de plus en plus. Et puis Florence
avait une cour célèbre, des princes alliés à la famille (les ducs lorrains, une vie générale plus active. La tournure des esprits n"y était pas bornée aux horizons pieux, les tempéraments les plus divers pouvaient s'y faire la part belle; Callot, voué depuis deux ans aux reproductions froides et guindées, vivant dans un milieu de gens butés sur les données hiératiques toujours semblables, fiit pris de la nostalgie de cette ville à peine entrevue; Henriet l'ayant quitté, plus rien ne le retenait à Rome : il partit pour Florence.