‹ Jacques Callot, sa vie, son œuvre et ses continuateurs (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · lACQlES CALLOT · texte numérisé non relu

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espiègle de ces faiiloclies, qui le roue de coups et le mène grand train.

C'est au plus juste la goutte d'eau vue au microscope oîi des myriades de reptiles s'agitent, s'entredévorent, paraissent rire. Mais si le jeune artiste y met de son cru, s'il enchérit sur ses devanciers, il ne les dépasse point en fantasmagorie ; tout au plus y jelte-t-il la note d'époque, remplaçant les toques ou les manteaux brabançons de Breughel et de Bosch par les l'entres à plumes des bravi florentins. Et puis il est plus leste, plus maître de lui; le grouillement formidable procède chez lui d'un art parfait, d'une entente absolue des contrastes. Les plans ont dans son œuvre une énergie singulière, les distances infinies ajoutent à la grandeur du sujet.

La Tentation de saint Antoine eut une importance capitale sur l'avenir de Callot. Elle fut si répandue, si admirée, qu'on la considéra comme la première. Le graveur Mei Tinghi la copia en la grandissant, Téniers s'en inspirera dans la suite. Et Callot lui-même, dans sa retraite de Nancy, reviendra un jour sur la composition; il la reprendra en 1627 et la dédiera à Phelipeaux de La Yrillière, secrétaire d'Etat français."

Au milieu de ces travaux incessants, Jacques Callot n'oubliait pas la patrie lorraine. Il venait d'apprendre par son père les faveurs nouvelles que Jean des Porcellets, évéque de Toul, avait faites à sa famille à propos d'une maison de campagne au village de Bain-

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ville. Jean Callot teiuiil du tem|ini'el de révècJK' cette ferme oîi lui et les siens venaient se reposer à la belle saison, et pour lui marquer son estime le prélat l'avait affranchie de tous droits et redevances. Comment recoiuiailro une courtoisie de ce genre? On songea à demander à Jacques quelque gravure où rt'vètjue occujtei'.iit la [dace d'Iinuueur.

Il imagina de représenter un mirarle du saint le plus populaire en Lorraine, de saint Mansuet ou Mansuy ressuscitant le flN d'un roi, tué en jouant à la paume. Ou a prtMeudu. et Félihien entre autres, que le saint Mau^uy de Callot (Hait la j)remière pièce gravide par lui à >(m reloue à Florence. >f. Meaume, au contraire, s'appuyant sui- la perfection des fonds, et la représentation de Tabbaye qui s'y trouve, soutenait qu'elle avait été conçue en Lorraine. Nous croyons, en nous reportant à la pièce inédite que nous citions plus haut, à un simple remerciement envoyé à Tévèque de Tout en suite de l'affranchissement de Bainville. Et d'ailleurs la scène de la résurrection se rapproche sensiblement des batailles des Médicis par la touche un peu sévère des figures, la dureté de certains détails. Tout le premier plan où saint Mansuy. sous les traits de Jean des Porcellets, bénit reniant mort, diffère essentiellement du paysage environnant, dans lequel la pointe se joue avec une finesse et une habileté merveilleuses. Mais jMMuquoi le graveur n*anrait-il point attendu ^(»n

arrivée à Nancy pour mettre sa planche à son point définitif? On a bien d'autres exemples de ces retours aux travaux inaclievés ; l'essentiel était pour lui de faire acte de politesse et sa cour au prélat dans la mesure de ses moyens, en lui rendant grâces au nom de sa famille.

Il voulut rajeunii* à son tour le massacre des Imiocents, comme il avait rap})roché de son temps le saint Antoine des vieux maîtres. Et la tâche n'était point si aisée, eu égard aux milliers de tableaux et de gravures traitant la scène, depuis les estampes de Raimondi avec des égorgeurs nus, à l'antique, jusqu'aux images où les soldats embrochaient les victimes à des hallebardes, les tuaient à coups de monsquet ou d'arquebuse sans plus de souci de la vraisemblance. Les foules lilliputiennes lui ayant réussi, la mode s'en étant propagée, il chercha à se sui*passer encore, à mettre dans un champ à peine large comme la main des palais gigantesques, des rues immenses, des montagnes à perte de vue, et dans ce cadre une mêlée effroyable de mères échevelées poursuivies par les assassins, d'enfants coupés en morceaux, jetés par les fenêtres, écrasés sur les dalles de pierre. Tout au plus loin que se trouvent les acteurs du drame, dans le voisinage des temples (jni bornent la vue, chacun d'eux garde sa physionomie. Les statues alignées à la bordure des édifices, grosses comme un grain de mil, ont leurs poses. Rien ne

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