‹ Jacques-CartierChapitre 14 sur 25 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Louis XV seul. Il marche d’une manière agitée, puis s’arrêtant).

A quels tourments mon âme est-elle livrée ? Pourquoi suis-je le complice d’un infâme guet-apens dressé contre la France ?... Indigne héritier des Bourbons, toi le protecteur des libertés et des droits imprescriptibles de ton peuple; ne crains:tu pas que le bras vengeur de la justice offensée ne vienne briser sur ton front le diadème des rois?... Cruelle punition, vengeance du ciel !...Je ne puis rien contre les ennemis de la nation..,. Mon cœur est ballotté entre la crainte de désobéir à leurs vœux criminels et le désir de protéger une noble et grande cause :...Oh ! Dieu tout puissant ! Combien de fois j’ai maudit votre divine miséricorde ?... Faites du moins qu’à cette heure difficile, je puisse sauver l’honneur du nom Français et que mon crime soit effacé des souvenirs néfastes de l’his-

toir e....{Il se détourne et se voile la figure . Après une pause).

Oui ! tout est fini ! De quelque côté que se tourne ma pensée, j’entrevois le spectre hideux du forfait que mes mains vont consommer.... Hélas 1 c’en est donc fait, pauvre France ! Mes brutales passions vont te plonger encore une fois dans un abime de malheurs !... Fille de St. Louis ! oui, j’ai souillé dans la fange des plaisirs et des voluptés ta belle robe virginale !...Et vous, mânes de Clovis et de Charlemagne, combien vous allez frémir de voir l’auguste couronne de la royauté profanée par mes , mains sacrilèges et foulée au pieds par un orgueilleux vainqueur ?...Oh ! cruelle vision !... toi aussi, vertueuse enfant de Domrémy, chaste Jeanne d’ Arc, ennoblie par ton courageux martyre ; ne crains-tu pas que l’arrêt de mort, le décret d’anéantissement que je vais signer dans l’instant ne rende inutile l’odieuse condamnation qui sera prononcée contre toi?...Esbce que ma main ne va pas élever au cœur de la France un monument de vengeance mille fois plus maudit que le bûcher de tes infâmes bourreaux ?... Et vous, Sainte Eglise, mère de tant de glorieux prêtres et de nobles vierges, qui avez répandu sur toutes les terres de l’ univers le secours de votre divine religion, combien vous allez pleurer sur la faiblesse de l’un de vos enfants qui refuse de porter les lumières de la foi et les fruits de la civilisation à des peuplades sauvages... Oh ! funeste vision, éloignez vous de moi, ...allez porter dans d’autres cœurs le trouble et l’effroi qui me rongent !...

(Il s’approche du fauteuil et s’affaise dessus, puis agitant la sonnette violemment. A ce moment Jean Moreau entre, il est saisi de l’aspect bouleversé du roi). [ A part ]

Que signifie tout cela ?

(Il s’approche du roi et s’inclinant profondément devant lui).

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