SCÈNE III
Jean Moreau. — Sire ! quel rêve inquiet tourmente donc votre âme ? votre front est pensif ; vous me paraissez en proie à une vive émotion. Parlez : que puis-je faire pour dissiper la mélancolie qui assiège votre esprit ?
Louis XV ( levant les yeux avec tristesse sur son ministre). — Merci de tant de générosité. ...Votre présence ici en ce moment me fait du bien au cœur.... J'ai pensé que seul en face de mon immense désespoir, je pourrais retrouver le courage qui m’échappe en cherchant à retracer dans mes souvenirs l’image perdue de la France ; mais hélas, j’avais compté sans ma faiblesse ;... je me sens impuissant à remplir le devoir suprême de protéger mon peuple contre les exigences de l’ennemi.
Jean Moreau. — Calmez, Sire, ces noires appréhensions. Ce que le pays demande de vous en ce moment ce n’est pas d’abdiquer votre volonté aux mains de l’ennemi, mais de remplir un acte qui relève votre royale autorité en face de la France abaissée. Chassez loin de vous ces valets et ces courtisans qui vous entourent. L’ivresse de leurs paroles étouffe les grandes impulsions de votre âme.... Votre royaume jadis si puissant deviendrait bientôt entre leurs mains un objet de mépris pour les nations environnantes.... Votre cœur magnanime,... votre haute intelligence seule, peut le ramener dans le droit sentier et lui faire retrouver son ancienne splendeur...
Dans quelques instants, j’en suis informé, des traîtres et de misérables espions tenteront d’enchaîner votre liberté et d’arrêter l’élan généreux de votre pensée... Je vous en conjure, Sire, confondez ces infâmes desseins... ( avec entrain et conviction). Et puis, l’heure est solennelle, ...vous pouvez encore pardonner la franchise de mes dernières paroles.
{Lentement). Souvenez-vous des chartes de l’Empire et des traités qui garantissent la foi des promesses écrites. ( Haussant la voix). Ce n’est pas assez Sire ; vous' donnerez un exemple de la vieille fierté gauloise. D’un trait de plume burinez aux pages de l’histoire l’orgueil de votre race et de votre nom en refusant de signer cet odieux marché qui livre tout un peuple aux chaînes de l’ennemi. {Il se retire).
(Ici on annonce un envoyé de la Cour d’Angleterre porteur de dépêches et qui demande à parler au roi).