‹ Jacques-CartierChapitre 16 sur 25 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

Louis XY. — Sir William Malborough et les autres ministres

entrant en même temps.

Sir William Malborough. — O Gracieux Roi, permettez que je vienne troubler la paix de vos augustes délibérations en venant apporter au pied de votre trône les sentiments d’une puissance amie. Le cri de votre âme altière est parvenu jusque sur les murs de nos palais et le peuple Anglais s’est ému de vos royales craintes. Ma mission auprès de vous, Sire, est courte, mais elle renferme l’assurance des sympathies profondes que l’Angleterre entretient pour l’illustre personnage qui préside aux destinées de la France. On m’a dit lorsque je quittai la rive étrangère : Allez vers le midi, près d’une cour entourée de toutes les splendeurs de la puissance et de la richesse. Vous y trouverez un monarque qui possède l’affection de ses sujets et dont le bonheur est de vivre en paix au milieu d’eux. Sa royauté est exempte des soucis et des tracas d’une dangereuse administration ; des ministres sages et éclairés l’entourent. Une heureuse tranquilité règne à l’intérieur, pendant qu’à l’extérieur des alliances prudentes fortifient les liens d’une amitié réciproque qui met l’autorité souveraine à l’abri des ruses savantes de la diplomatie

ou des tentatives des ennemis de la nation... Je suis venu, Sire.... En retour de notre bienveillante sollicitude dont je vous apporte les gages non équivoques, souffrez que je vous demande cette légère concession que vous refusent de puissants personnages de votre cour.... Par delà les mers, c’est le désir de la fière Albion, une patrie nouvelle s’élèvera par la foi des traités sous le sceptre d’un nouveau défenseur. Et la France unissant sa voix à la nôtre, proclamera les saintes libertés du pacte glorieux qu’elle aura signé par vos mains.

Louis XV À Sir William Malborough. — Seigneur et délégué, j’ai écouté vos propositions avec respect. Vos paroles sont un gage de paix et d’amitié pour nous..., Que puis-je faire pour répondre dignement aux vœux de la noble nation que vous représentez ?... Les sacrifices que vous demandez à la France, cimenteraient l’harmonie de deux peuples faits pour gouverner.... Mais comment oublier les travaux et les combats de mes sujets pour l’établissement et le maintien de la jeune colonie du Canada?... Non!... ma conscience se refuse à un aussi lâche abandon de nos droits.... Je vous rends ces documents et cette plume qui allaient devenir les complices de mon crime contre la nation Française.

Sir Wm. Malborough.— Sire, je comprends vos alarmes.... Votre âme fière et généreuse se révolte à la pensée d’une action base et perfide.... Mais croyez-m’en, il ne s’agit pas ici d’effacer les grands souvenirs de la patrie et les devoirs de la reconnaissance publique. L’Angleterre sera jalouse de protéger contre l’oubli et l’ingratitude, de la postérité, le dévouement et les hauts faits des enfants du sol conquis.... Et pour vous, qu’avez-vous à craindre ?... Votre nom est désormais attaché à une œuvre sublime... et l’auréole de Jacques-Cartier resplendit autour de votre couronne royale. Gela ne

suffit-il pas au prestige d’un prince et à la brillante renommée du peuple français... Craignez, Sire, de tromper par une fatale et dangereuse illusion les espérances d’une puissance amie et d’enlever au royaume de France cet apanage de grandeur qui lui assure l’immortalité.

Louis XV ( hésitant et à part). — Dieu de Clovis et

de Charlemagne, protégez ma faible volonté .

( Fort et avec rage). Ou plutôt punissez mon noir forfait. [Se tournant du côté de Sir Wm. Malborough et s'apprêtant à signer). Allez dire à votre maître que le roi de France n’a que faire d’un misérable coin de terre perdu là-bas dans l’immensité du désert. Dites-lui que sous le linceul de neige ou gît le Canada Français, un tombeau pour Jacques- Cartier, le hardi marin de St. Malo suffit à la gloire du drapeau de St. Louis.

Jean Moreau ( entre soudainement , et intervenant avec chaleur ). — Non, Sire, vous ne signerez pas cet arrêt fatal.... Votre plume voudrait-elle sur un odieux parchemin retracer le souvenir de la trahison ourdie contre le salut de la France!... Arrêtez ! Le sang des preux coule dans vos veines... Craignez que cette main qui ne se doit lever que pour des œuvres de paix, ne prépare maintenant qu’une semence de haine et de vengeance. (Se tournant vers Sir Wm. Malborough). Arrière, vil imposteur. Fuyez ce sol ou viennent se dresser vos embûches et allez dire à votre peuple que si le roi de France à pu céder devant l’outrage, la France révoltée saura résister devant l’honneur. Allez dire encore à la perfide Albion que si on a pu humilier un roi en voulant le spolier, on n’a pu acheter le mépris d’une nation courageuse en lui offrant l’insulte.

Sir Wm. Malborough à Jean Moreau ( avec colère). — Lâche, misérable ! Est-ce ainsi que vous osez vous

interposer entre moi et l’autorité de votre maître ?... Odieuse moquerie ! pensez-vous rire longtemps de la sorte des glorieuses conquêtes du peuple anglais ? Allons donc ! C’est vous qui l’avez dit par la bouche de l’un de vos hommes : u qu’importe à la

France quelques misérables arpents de neige ” . !

Oui : il importe peu au nom français et à un faible roi que ce coin de terre qu’on appelle Canada périsse abandonné là-bas en proie aux lentes convulsions de la misère ;...il importe peu en effet que des milliers de vos compatriotes vivent ignorés sur la terre d’exil se souvenant encore dans leurs cœurs ulcérés de la patrie ingrate l...Ah ! oui, tout cela importe peu, et il importe guère ( avec ironie ), que Jacques-Cartier, le héros immortel, mais trop tôt oublié de vos annales, reçoive la vengeance de la postérité... Mais l’Angleterre n’oublie pas et elle n’oubliera pas, que l’orgueilleux vaincu viendra signer sa défaite et qu’il cherchera l’oubli dans le triomphe du vainqueur...

Jean Moreau ( avec colère). — Que voulez-vous dire infâme valet ?... C’est la honte que vous demandez de signer. Non, jamais.

Sir Wm. Malborough. — Pardon, lâche insulte ur!... ce que je veux ; c’est le prix de la victoire, la rançon de la justice obtenue sur les champs de bataille ; c’est le sang des braves que je viens réclamer.

Jean Moreau (à part). — Ignominie ! ô race deshonorée ! se peut-il faire qu’un roi soit la cause de tant de malheurs et d’humiliation ?... Jacques-

Cartier ! . Jean Canada ! . Pauvre France ! .

Ah ! pardon ! .

Sir William Malborough (s’approchant du roi et lui présentât la plume. Il supporte le roi défaillant et lui indique sur le papier l’endroit ou il doit signer. Le roi signe.)

Louis XV (se levant et se portant la main au front s'écrie): — France ! Canada ! Adieu ! ! .

(Le ministre Jean Moreau jetant un regard de tristesse sur le roi.)

FIN DU Hlme ACTE .

QUATKIÈ1Ë ACTE.

La scène se passe à Hochelaga. Après les évènements de 1837. Ouverture. Des paysans sont réunis au coin du feu , à la veillée. Chant Canadien. Souvenirs à la France.

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