‹ Jacques Cartier [microforme]Chapitre 23 sur 58 · DE SAINT-MALO A STADACONÉ · texte numérisé non relu

DE SAINT-MALO A STADACONÉ

Après son retour en France, Cartier avait fait un rapport circonstancié de son voyage, et l'avait présenté à François I, qui l’accueillit do la meilleure grâce du monde. Et, dès l’automne de la même année 1534, il fut décidé que Cartier reprendrait la mer au printemps suivant, afin de continuer ses explorations, et de pénétrer plus avant dans les terres. Le grand amiral de France lui fit expédier, sous sou propre seing, une nouvelle commission, datée du 31 octobre, par laquelle le Roi ordonnait d’armer et d'équiper pour quinze mois, trois navires, qui devaient composer la seconde expédition.

(1) Voir Note A, ch. V,

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Durant les huit mois qui s’écoulèrent entre le premier et le second voyage, Cartier ne s’occupa pas seulement du choix de ses marins etde l’armement de ses navires, ils’intéressa de plus aux affaires de la communauté de Saint- Malo. Ilavait d’abord présenté à une assemblée générale des bourgeois, sa commission provenant du grand amiral. Puis on le voit ensuite assister à une autre assemblée où l’on s’occupait d’une collisionssurvenue entre les gens du procureur des bourgeois et les ‘ gentilshommes ” chargés de réquisitionner les charettes pour les travaux faits d'ordre du roi au Sillon (1). Cartier est enrore présent, quelques jours plus tard, à une assemblée moins nombreuse, où les bourgeois prennent diverses mesures au sujet de la peste qui venait d’éclater.

Le capitaine malouin termina son armement vers le milieu de mai 1555, et il décida de mettre à la voile aussitôt que le vent serait favorable. Avant son départ, il voulut, pour attirer les bénédictions du Ciel sur son voyage, que tous ses hommes missent ordre aux affaires de leur conscience. Mais citons plutôt (2) :

{1) Voir Note B, ch. V, (2) Brief Récit, édition 1545, p. Ga,

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“ Lo Dimenche jour et feste, de la Penthecoste, soiziesme jour de May, en l’an mil cinq cens trente cinq du commandement du Cappitaine et bon vouloir de tous, chascun £0 confessa, et receusmes tous ensemblement nostre Créateur en lesglise cathédrale de Sainct Malo, Après lequel avoir reçu, feusmes nous presenter au cœur de la dicte esglise, devant reverend Père en Dieu monsieur de sainct Malo, lequel en son cstat épiscopal nousdonna sa benediction.”

Ccvénérable Prélat était monseigneur Bohier qui venait de prendre charge du diocèse de Saint-Malo, succédant à Mgr Denis Briçonnet que la maladie avait forcé d'abandonner les rênos épiscopales (1).

Ce fat donc’sous les plus heureux auspices que l'équipage de Cartier quitta trois jours après la rade de Saint-Malo. Cet équipage montait trois petits navires dont le plus grand, de 120 tonneaux, portait Cartier et Thomas Fourmont dit La Bouille, ce dernier comme maistre de la nef, la Grande Hermine.

La Petite Hermine ou le courlieu, de 60 tonneaux, avait pour capitaine et pilote Macé Jalobert. Le capitaine de l'Emérillon (2) ou du

(1) Voir Note C, chap. V, (2) Les manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Paris écrivent l’ZZemerillon,

galion, de 40 tonnoaux, était Guillaume Le Breton Bastille. L'équipage au grand complet comprenait 110 hommes, à part Taisnoagny (1) et Domagaya (2) que Cartier ramenait au Canada, aussi bien pour lui servir d’interprètes

que pour se rendre à la promesse faite à leur 4

père de les rapatrier.

La traversée de l'Océan fut très orageuse.

Ballottés par des vents contraires, les trois vaisseaux durent se séparer le 25 juin. Ce ne fut qu'un mois après, le 26 juillet, que la flottille put se réunir au rendez-vous fixé, à l'entrée du détroit de Belle-Ile. La Grande Hermine était arrivée, le 7, à l'Ile aux Oiseaux que Cartier avait visitée l’année précédente, et où il y avait fait ample provision de godets et de margaux. |

Ce retard malencontreux ne découragea point le commandant de l'expédition. L'ordre fut donné de mettre à la voile sans plus de retard. Son intention était de longer la côte nord ct de s’avancer aussi loin que possible dans cette mer,qu'il avait prise l’année précédente pour un golfe. Le 10 août, il arrivait dans une baie qu’il nomma Baie de Saint-

(1) Lescarbot et l'édition canadienne des Voyages de Cartier écrivent ’uiguragny.

(2) L'édition de 1863 réimprimée à Paris par Tross écrit ce nom en deux mots, comme suit : om Agaya,

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par Tross : Agaya,

Laurent, en l'honneur du saint dont on célèbre la fête ce jour-là. “Ce nom,” fait remarquer le P. Charlevoix (1), ‘s’est étendu à tout le golfe dont cette baio fait partie ; et, parce que le fleuve qu’on appelait auparavant la rivière de Canada se décharge dans ce même golfe, il a insensiblement pris le nom de Saint-Laurent qu’il porte (2).” Cette baie de Saint-Laurent correspond exactement à la description donnée par le capitaine Bayfeld du port de Sainte- Geneviève. C’est aussi l'opinion d’un ancien missionnaire du Labrador, M. Plamondon :

‘ J'ai été frappé, dit-il, (3) de la rossemblance de la baie Sainte-(reneviève avec la baie Saint- Laurent, décrite par Jacques Cartier. IL n’y a pas à s’y tromper. J’ai reconnu la montagne faite comme un tas de blé; on la nomme aujourd'hui Tête de la perdrix. J'ai vu la grande île comme ung cap de terre qui s'avance plus hors que les autres. La baie de Sainte- Geneviève peut avoir trois quarts de lieue de profondeur. Il y a trois groupes d'îles boisées : les îles Saint-Charles, les Betchouannes ct les îles Sainte-Gencviève.”

Le 15 du même mois, Cartier s’avança entro l’île de l'Assomption et la côte nord. C’est l’île

(1) Hist, de la N, France, liv, r, (2) Voir Note D, chap. V.

(3) Ferland I, p. 23, Note.

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connue aujourd’hui sous le nom d’Anticosti (1). Après en avoir doublé la pointe occidentale, los vaisseaux arrivèrent dans le voisinage de la rivière Trinité. Ici les deux sauvages Taignoagny et Domagaya lui dirent que c'était l'entrée du royaume de Saguenay, d'où l'on tirait le cuivre rouge; que c'était aussi, ‘le chemin et commencement du grand Silenne (2) de Hochelaga,et chemin de Canada : lequel allait tousjours en estroissent jusques à Canada, puis que l’on treuve l’eau doulce qui va si loing que jamais homme n’auroit esté jusques au bout qu'ilz eussent ouy, et que autre passaige n’y avoit que par bateaulx (3).

Le premier septembre Cartier aperçut l'embouchure du Saguenay, où il rencontra quatre barques remplies de sauvages en quête de pêche.

Nous nous permettrons ici une courte digression,dans le but de mieux faire connaître la géographie au pays, telle que comprise par les aborigènes, du temps de Cartier.

Charlevoix nous dit, qu’il est certain que, dès les premiers temps,les sauvages donnaiont le nom de Canada à tout le pays qui est lo

(1) Voir Note E, chap, 5.

(2) Dans le manuscrit on trouve le grand fleuve de Silenne.

(3) Brief Récit, p, 94,

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long du fleuve Saint-Laurent, des deux côtés, particulièrement depuis son embouchure, c’estàdire depuis le golfe en remontant vers les grands lacs.

A l’arrivée de Cartier, le Canada était donc un immense royaume subdivisé en trois cantons. Le grand Capitaine s'arrête lui-même, dans sa relation, à trois divisions territoriales ; et il établit, d’après le témoignage des sauvages, l'existence des royaumes de Saguenay, de Canada, et d’Hochelaga, chacun desquels était soumis à un chef principal ou seigneur nommé agouhanna. Le royaume de Saguenay s’étendait depuis la rivière Saint-Jean jusqu’à Canada, dans les environs de l’île aux Coudres, Ici commençait le royaume de Canada qui se prolongeait en montant le fleuve jusqu’à Hochelaga. Le royaume d’'Hochelaga comprenait l’île de Montréal et les contrées avoisinantes. :

D'après les traditions, le Canada était toute cette vaste région, arrosée par le grand fleuve et ses tributaires ; ce n’est que plus tard qu’on le trouve divisé en trois parties distinctes, décorées du nom pompeux de royaumes.

Après avoir quitté le Saguenay, les trois vaisseaux remontèrent le fleuve jusqu’à l’île aux Coudres, où la sainte Messo fut célébrée pour la première fois dans l’intérieur du

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