CHAPITRE XVII
Duite de l'éloge de Cartier
Il nous a été agréable de constater dans nos recherches historiques sur le sujet qui nous occupe, avee quelle unanimité les biographes de Cartier reconnaissent en lui les quu'ités que nous avons déjà signalées, et sont pénétriés de respect pour sa mémoire. Les uns re plaisent à vanter son courage, son intrépidité. ‘Aucun navigateur de son temps, si rapproché de celui de Colomb, dit l'historien Garneau (1), n’avait encore osé pénétrer dans le cœur même du nouveau monde, et y braver la perfilie et la cruauté d’une foule de nations barbares. En s’aventurant dans le climat rigoureux du Canada, où, durant six mois de l’année, la terre est couverte de neiges et les communications fluviales interrompues ; en hivernant
(1) Hist. du Canada. Vol. I, p. 28
deux fois au milieu de peuplades sauvages, dont il pouvait avoir tout à craindre, il a donné une nouvelle preuve de l’intrépidité des marirs de cette époque.”
Pour d'autres, le courage de Jacques Cartier n'a été surpassé que par sa prudence; et l'estime que l’on a pour lui, s'accroît encore de la justice et de la bienveillance avec lesquelles il a agi avec les sauvages. Son habileté sut toujours découvrir et conjurer les orages, et pas une goutte de sang n'a été répandue, pas même une querelle sérieuse en apparence ne s’est élevée entre eux et lui, dans tout le temps qu’il a été dans leur pays.
Citons maintenant l'opinion d’un biographe français, M. Léon Guérin, l'auteur de la France Maritime, des Marins Illustres et des Naviga. teurs Francais. C’est dans le dernier ouvrage de ce publiciste distingué que nous avons puisé l'éloge suivant de Cartier :
‘“ On ne peut se défendre de faire remarquer avec quelle prudence, quel tact, quel jugement admirable, et en même temps avec quel courage, Jacques Cartier pénétra dans des pays ignorés, sans accident, quoique avec de tiès faibles moyens. En examinant sa conduite, on ne le trouve pas seulement un grand navigateur, mais un habile politique, un
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Mais de toutes les qualités que les écrivains et les historiographes attribuent à l'illustre navigateur Malouin, celle qui certainement augmente ses titres à notre admiration ct rendra son nom immortel, c’est son attachement à la religion catholique romaine, attachement dont il a donné de nombreuses preuves à toutes les époques connues de sa carrière. C’est au nom de Jésus-Christ qu’il prenû possession de ses découvertes, en plantanut des croix dansleslieux où les Sauvages vivaient stationnaires. Il apprend’ aux peuplades des bois à se prosterner devant cet emb'ême dont elles subissent le mystérieux ascendant, quoiqu'elles en ignorent la signification. Ne pourrait-on pas le proclamer le héraut de la Croix, ce précurseur des missionnaires qui viendront, trois quarts de siècle plus tard, évangéliser ces hordes encore plongées duns les tér èbres épaisses de l’infidélité ?
Ce qu'il fit pour le souverain souffrant et les malades de la bourgade de Stadaconé, témoigne de sa charité et de sa foi à toute épreuve. Impuissant à se faire comprendre, il s'adresse à Dieu, l’invoque de tout son cœur pour cux, qui s’approchaient de lui avec la même confiance que les malades dont parle l'Evangile venaient autrefois à Jésus-Christ, persuadés qu'ils seraient guéris, s'ils pouvaient seulement toucher le bord de sa robe. Puis il fait le signe de la croix sur tous ces infirmes, aveugles, borgnes et boiteux, et termine son œuvre de charité par la lecture de quelques versets da récit évangélique de l’Apôtre bien-
aimé.
Ce irait de piété n’est pas unique dans la vie du découvreur. Nous avons assisté déjà à ces scènes de désolation causées par un mal pestilentiel. il avait employé tous les moyens humains pour ramener à la santé ses compagnons frappés de scorbut, Voyant que tout est inutile, et que la mort continue à moissonner parmi eux, il commande une procession € fait célébrer une messe, afin d’apaiser la colère du Ciel. Et lui-même s'engage par un vœu de faire un pèlerinage, si Dieu lui fait la giâce de revoir son pays natal.
Dans les dernières années de sa vie, nous voyons ce chrétien fervent, fonder dans son
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église paroissiale trois messes, qui devront être dites à perpétuité pour lui et celle que Dieu lui a donné pour compagne de son existence.
Mais la piété de Cartier était aussi éclairée qu'elle était sincère Les indigènes de Stadaconé, alléchés par l’appât de la nouveauté et leur penchant enfantin à limitation, lui demandent le baptême, comme ils auraient demandé une arquebuse où un chapeau européen. (Cartier, sager >nt inspiré, ne veut pas con*entir à cet abus du sacrement, que nous considèrerions, comme il a dû le penser lui-même, uno profanation.
Le zèle apostolique de notre héros ne pouvait recevoir un plus bel éloge que celui de l’abbé Faillon dans son Histoire de la Colonie Française en Canada. Nous pourrions terminer le nôtre par cette citation, que nous croirions avoir répondu suffisamment à l’attente géné.
rale des admirateurs de Cartier.
Aux yeux de la religion catholique, de laquelle il a si bien mérité, Jacques Cartier est l’un des hommes qui l’ont servie le plus utilement, en frayant le premier aux hommes apostoliques le chemin de ces terresauparavant inconnues. Le zèle de François I pour la conversion de ces pays barbares était digne d'être secondé par un homme aussi intrépide,
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aussi constant, aussi prudent ct surtout aussi religieux que le fut Jacques Cartier. Si ce navigateur pénétra le premier dans ces régions lointaines, s’il affronta avec tant de résolution la furie des flots, s’il brava la cruauté et la perfidie de tant de peuplades au milieu desquelles il passa deux hivers, s’il souffrit tant de privations, et endura avec tant de confiance les rigueurs d’un froid si persévérant et si cruel, c’est qu’il trouva, dans sa foi vive et ardente, cette magnanimité de courage:
cette force d'âme, cette sainte audace qui font les héros chrétiens, comme le démontrent les traits de religion qu’on a rapportés de lui, et qui ont fait paraître au-dehors le véritable espriv qui l’animait.”
Il ne nous reste plus qu'à mettre en lumière les véritables motifs qui ont présidé à la découverte et à la fondation du Canada. Nous croyons en effet que ce travail serait incomplet, si nous ne faisions pas connaître les sentiments religieux de François I et de son capitaine Cartier lorsqu'ils travaillaient de concert à découvrir des terres vierges où la semence divine n’avait pas encore été jetée. Des écrivains mal inspirés, ne voient dans ces premières tontatives d'établissement que l’appât du lucre. Comment peut-il en avoir été
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ainsi, quand on lit les déclarations répéiée:, que le dessein d'une colonie française en Canada eut pour principale mobile l'extension de la foi catholique. Nous avons déjà cité Lescarbot. Cet historien est forcé d'avouer que les rois de France, en se mettant en mouvement pour les découvertes, ne respiraient que l'avancement de la religion chrétienne, sans aucun profit présent.
‘ IL'est certain, dit Faillon, que se glorifiant du titre de Rois très chrétiens et de Fils ainés de l'Eglise, ces princes eurent pour motif principal, dans les dépenses considérables qu’ils firent, l'espérance de porter en Canada la connaissance du Rédempteur, et d'y étendre les limites de l'Eglise catholique. 1ls n’ignoruient pas que, en ordonnant à ses apôtres et à leurs successurs d'enseigner toutes les nations de la terre, de les baptiser au nom du Père, et du Fils,et du Saint Esprit, le divin Rédempteur des hommes avait indirectement invité les princes chrétiens, dépositaires de sa puissance, à préparer les voies à l'Evangile, en lui frayant le chemin dans les pays lointains où il n’a pas encore pénétré; et tel fut, en effet, le dessein que se proposèrent les rois de France, en essayant, à plusieurs reprises, d'établir des colonies en Canada. Quel plus noble usage
pouvaient-ils faire de leur puissance, que de s'en servir ainsi, non comme des conquérants, pour ravager des provinces, mais comme des envoyés célestes, pour procurer aux hommes les plus abandonnés les biens véritables qui, souls, pouvaient les rendre heureux, même dès cette vie ?”
Dans la dédicace de sa deuxième expédition, Jacques Cartier exprime les motifs religieux qui le font agir en des termes tellement explicites, qu'on ne saurait douter de leur sincérité. S'adressant à François I, il dit dans son langage imagé: ‘“ Considérant, 6 mon très redouté Prince, les grands biens et les dons de grâce qu’il a plu à Dieu de faire à ses créatures, Je vois que le soleil, qui chaque jour se lève à lorient et se couche à l'occident, faisant le tour de la terre, donne sa lumière et sa chaleur à tout le monde : à l'exemple de quoi, je pense, en mon simple entendement, qu’il plaît à Dieu, par sa divine bonté, que toutes les créatures humaines qui habitent sur le globe de la terre, aient connaissance et créance de notre sainte foi, comme elles ont la vue et la connaissance du s016i].. scene
Et maintenant, en la présente navigation, faite par votro royal commandement, pour la découvorte des terresoccidentales, auparavant
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inconnues à vous ef à nous, vous pourrez voir (par cette relation) la bonté et la fertilité de ces terres, la quantité innombrable de peuples qui les habitent, leur bonté, leur douceur, et aussi la fécondité du grand fleuve qui les arrose, le plus vaste sans comparaison, que l’on sache avoir jamais vu ; lesquels avantages donnent une espérance certaine de l’augmentation fature de notre très sainte foi ”. | Cette épitre confirme ce que nous avons dit du motif qui inspira Cartier dans ses expéditions périlleuses. Enfant dévoué de l'Eglise catholique, il ne perdit jamais l’occasion de donner des preuves de sa foi chrétienne. Et, si nous avons proposé cette vertu, qui sauve les nations comme les individus, comme la plus digne d’être admirée dans le découvreur du Canada, c’est qu’en réalité, son nom n'aurait jamais conquis, sans elle, l'éclat et le prestige
qui rayonnent au front des hommes vraiment grands,
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