CHAPITRE XIII
Note A.-—200e et 350e ANNIVERSAIRES DE L'ARRIVÉE DE JACQUES CARTIER A QUÉBEC, (1535, 14 septembre.) —Trois cents ans après l’arrivée du célèbre navigateur dans la rivière Sainte-Croix, plusieurs citoyens de Québec se réunissaient en face de l'hôpital de la marine, édifice agréablement situé sur une pointe de terre appelée pointe-aux-Lièvres formée par un méandre de la rivière Saint-Charles, pour assister à la pose d’une croix de bois, en face de la porte d’entrée. C'était le lundi, 14
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septembre 1835 qu'avait lieu cette patriotique cérémonie. Pour en perétuer le souvenir et surtout pour rendre hommage à la mémoire du Français qui le premier avait conduit ses nefs dans ces lieux, on avait posé eur cette croix l'inscription suivante:
Erigée le 14e septembre 1835 ; en mémoire du débarquement du célèbre navigateur Jacques Quartier, natif de Saint-Malo; le jour de l’Exaltation de la Ste-Croix, le XIV Septembre, À. D, 1535.”
Aussitôt après cette cérémonie, les citoyens présents se réunirent dans une des salles de l'hôpital, et décidèrent qu'il était opportun de prendre les mesures nécessaires pour ériger un monument plus durable qu’une simple croix de bois et qui servirait à transmettre le souvenir de Jacques Cartier à la postérité.
Parmi les citoyens les plus marquants qui assistaient à cette fête-anniversaire, notons M. R. E. Caron, devenu plus tard lieutenantgouverneur de la province de Québec et M. G. B. Faribault, archiviste des plus érudits ot aïeul d’un jeune avocat de Québec M. Gustave Faribault Hamel, à qui nous sommes redevable de tous ces renseignements.
Douze jours après cette première assemblée en avait lieu une autre, au même endroit, sous
la présidence de M. le maire de Québec.
M. Faribault remplissait les fonctions de secrétaire. Celui-ci proposa la résolution
suivante :
‘“ Dans la vue de perpétuer un évènement d'un aussi grand intérêt dans les fastes du Canada, et afin de marquer l'endroit où Jacques Quartier, le célèbre navigateur qui a découvert Québec, y a passé l'hiver de 1535-36, il est expédient, dans l'opinion de cette assemblée, d’ériger un monument durable en son honneur, sur une des rives de la rivière Saint-Charles, dans laquelle rivière il est entré avec ses vaisseaux le 14me septembre A. D. 1535.
Pour mettre une sanction à ce projet, quinze per:onnes furent nommées séance tenante, par scrutin : ce furent:
M. lo Maire de Québec.
Messire Jérôme Demers.
M. le colonel Bouchette.
M. Michel Clouet.
M. G. B. Faribault,.
M. J. C. Fisher.
M. Edouard Glackemeyer.
M. EH, $. Iuot,
M. Joseph Légaré, fils.
M. W. B. Lindsay.
M. L. Massue.
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M. le docteur Morrin.
M. le doc‘eur Parant, M. P, Pelletier.
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Ces quinze ‘itoyens devaient recvaillir des souscriptions dans le but de défraver les dépenses de ce monument. L'ent-ils fait ?
Nous ne le croyons pas, car il n'appert point qu'il y eut d’autres assemblées relativement au monument de Jacques-Cartier. L'idée dut être abindonnée pour des motifs que rous ignorons, Mais la croix de bois resta pendant plusieurs années sur le terrain de l'hôpital, jasqu’uu jour où la vétusté la coucha sur le sol d’où elle ne devait plus être relevée.
Cinquante ans plus tard, les membres du Cercle catholique de Québec étaient convoqués pour prendre part à la célébration du 350e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier. La fête eu lieu le 23 au lieu du 14 de septembre. Par suite de la réforme du calendrier, en 1585, l'anniversaire de cette arrivée tombe,en réalité, le 24 septembre. La soirée, —car la fête eut lieu à huit heures du soir—, commença par le chant d’un magnifique chœur d’Ambroise Thomas : Dieu protège la France ! L'auteur de cet ouvrage lut ensuite une conférence sur la vie et les œuvres de Caitier. Le Courrier du
= Canada du 24 septembre a reproduit in extenso | cette page de notre histoire primitive que le déccuvreur malouin remplit de son seul nom.
La conférence terminée, l'Union musicale, représentée par plusieurs deses meilleures voix, redit avec talent un certain nombre de ces belles chansons bretonnes, harmonisées par : : M. Ernest Gagnon, que l’on entend aussi souvent sur les bords du St Laurent que sur les rives de la Loire. M. Honoré Chassé, avocat, vint réciter avec toute l’éloquenceet la chaleur d'expression dont il a le secret ce superbe morceau de poésie, intitulé: Donnacona, due à la plume de lhonorable Monsieur P. J, ©.
Chauveau, auteur de tant d'œuvres qui immor-
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s Puis vint l'heure du départ. L'Union ; Musicale battit la marche en entonnant ‘“ La Retraite” de Laurent de Rillé, charmante
ronde de nuit,
| Cette fête patriotique du septième cinquan- | tenaire de l’arrivée de Cartier à Québec était | terminée, mais l'écho qui en sortit devait se | faire entendre encse plusieurs années après. | Car, disons-le, l’idée qui a présidé à la démous LE tration du 23 septembre 1885, est la même | LES qui fit éclore le Comité littéraire et historique au | | | |
sein du Cercle catholique de Québec. C'est à
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ce comité que nous devons l’œuvre da monument national élevé à la gloire de Jacques Cartier ct des premiers missionnaires jésuites qui apprenaient le catéchisme aux petits sauvages sur les bords du ruisseau Lairet,.
Note B.—INAUGURATION DU MONUMENT Carrier-BRéBeur. - L'inauguration du monument Cartier-Brébeuf eut lieu le 24 juin 1889, au milieu d'un concours immense de peuple.
Cent mille Canadicas-français assistèrent à cotte grandiose démonstration qui n’a jamais eu dl’égale au Canada, Comme le disait le lendemain le Courrier du Canada, dans le compte-rendu de la fête, au milieu d’une pompe militaire et religieuse, dans un site grandiose et imposant, une ration affirmait sa vitalité, chantait ses immortels souvenirs, et proclamait à la face da ciel ses légitimes espoirs. Doux bataillons canadiens-français sous les armes, la grande voix du canon tonnant par intervalles, les notes triomphales du clairon, les accents émouvants d’un chœur immense faisant monter vers le ciel le Credo national, la célébration du divin sacrifice par un illustre pontife canadien-français revêtu de l’auguste pourpre des princes de l'Eglise, la présence d’un lieutenant gouverneur canadien-français digne successeur des Frontenac, des Vaudreuil
et des La Galissonnière, une foule innombrable, des milliers d'hommes, un peuple, s’agenouillant dans la même foi sur le sol historique où fut planté, il y a plus de trois siècles et demi, l'arbre de la nationalité canadienne: encore une fois, quel spectacle, quelle scène merveil leuse et superbe !
Nous renonçons à la décrire. Il fallait la voir, voir ce peuple, cette fête glorieuse, cette croix, ce monument, chef-d'œuvre de l’àrt national, cét océan d'êtres humains, de bannières, de drapeaux flottant au vent, voir ce magnifique décor naturel, à l’horizon les rives bleuesdes Laurentides, icile cabir-coubat des aborigènes avec sa flottille pavoisée, à l'arrière-plan la vicille Stadaconé, couverte d’une foiêt épaisse à l’époque de Jacques Cartier, et maintenant faisant briller au soleil ses milliers de toits, de coupoles et de clochers | Ceux qui ont vu cette scène ne ‘l’oublieront jamais.
L'arrivée de Son Eminence le cardinal
Taschereau et de Son Honneur le lieutenant gouverneur Angers, fut saluée par les fanfares- Avant la messe, ce dernier alla déposer une couronne sur l’écu:son de Saint-Malo qui ornait l’un des côtés du socle du monument :
puis, saluant : à la ville de Saint-Malo, cria-t-il,
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d’une voix forte, au milieu des applaudissements de la foule.
Le président de la société St-Jean-Baptiste lut ensuite à Son Eminence, une adresse à laquelle celui-ci répondit avec beaucoup de bonheur. Puis le service divin commença. Il fut annoncé par une salve d'artillerie. Un chœur nombreux accompagné de trois fanfares, a chanté le Credo du second ton etàl’Elévation, il y a eu salut royal par les corps de tambours et de clairons du 65e et du 9e. Quel spectacle imposant !
L’Agnus Dei, le Domine Salvum fac regem,— co dernier morceau alternant avec le God Save the Queen—,ont aussi été exécutés par le même chœur.
Après la messe, les musiques réunies de la Batterie :;, du 8e Carabiniers Royaux et du %e Voltigeurs, ont joué la mosaïque d’airs canadiens arrangés par M. Joseph Vézina.
A l’Elévation les bataillons ont présenté les armes. Imposant spectacle, qui fit s’humecter plus d’une paupière.
La présentation des médailles du concours ouvert sur la vie et les voyages de Jacques Cartier par Son Honnenr le lieutenant gouverneur eut lieu aussitot après. Monsieur E. E. Taché, président du Comité littéraire et
Bus historique du Cercle catholique, proclama les noms des lauréats dans l’ordre suivant :
Médaille d'argent (concours anglais), M. J.
Pope.
Médaille d'argent (concours frarçais), M.
N. E, Dionne.
Médaille de cuivre (concours anglais), M. I. B. Stephors.
Médaille d'argent, M. F. Joùüon des Longrais, de Rennes, France. Ce dernier n'avait pas pris part au concours, mais Île Comité jugea à propos de le récompenser des | IE découvertes précieuses sur la vie de Jacques | He Cartier qu'il a pibliées en un volume.
| Après la proclamation des lauréats, et la distribution des médailles, honorable M. P, J. O. Chauveau, shérif de Montréal, prononça an discours de circonstances, qui restera comme une des plus belles pages de sa glorieuse carrière oratoire. Ce discours a ét publié en brochure, et M. H. J.J. B Chouinard l'a inséré dans un splendide volume qui comprend un compte-rendu complet de la fête commémorative.
La procession des sociétés religieuses et nationales commença aussitôt à défiler, chacune d'elles venant saluer dans sa marche triomphale la croix et le monument. Quatorze corps
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de musique donnaient à la marche un entrain particulier. La foule qui s'était portée le long du parcours était énorme. La procession dura trois heures.
La fêto nationale fat couronnée par un grand banquet.
Le président de la société S:-Jean-Baptiste a été fort applaudi lorsqu'en réponse à un télégramme de la société il a lu la réponse du cardinal Rampolla chargé de transmettre la bénédiction du Saint-Père. Tous les convives se sont levés pour entendre la lecture de ce télégramme.
Parmi les invités à prendre place à la table d'honneur à côté de M. A. Robitaille président de la St-Jean-Baptiste, il y avait, M. le comte de Louvières, M. l'abbé Blais, chapelain de la société, le KR. P, Désy, &, J., les honorables MM. Laurier, Pantaléon Pelletier, Mercier, Garneau, P. J. O. Chauveau, Routhier, MM. L. O. David, Ph. Landry, Eug. Taché, Faucher de Saint-Maurice, le Dr Martel, représentant les Canadiens des Etats-Unis, F, Carbray', S. Lesage, IT. Price, etc.
Plusieurs discours furent prononcés à ce banquet, entre autres par les honorables MM. Mercier, Laurier, Blanchet, messieurs À. Robitaille, J. Tessier, C. Langelier,
L. O, David, Dr Martel, S. Lesage, P. Landry, T. Chapais, R. Lemieux, N. Olivier et G, Hamel.
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Le monument Jacques-Cartier est situé au confluent de la rivière Saint-Charles et du ruisseau Lairet, sur une légère élévation, d’où la vue peut s'étendre au loin etembrasser tous les points de l'horizon. C’est dans ce site historique que Jacques Cartier passa l'hiver de 1535-36, au milieu des transes les plus cruelles, causées par la maladie et le voisinage dangereux des aborigènes de Stadaconé, d'Hochelay et d’autres bourgades que le vieux chef Donnacona et le traître T'aignoagny avaient soulevés contre les Français. Ce fat encore dans ce lieu que fut probablement célébrée la première grand’messe au Canada,
C’est aussi sur ce petit coin de terre à jamais glorieux que furent déposés par l’immortel Découvreur les restes de ses 25 compagnons devenus durant leur premier hivernement victimes du mal de terre.
Le monument Jacques-Caiticr et la croix érigée en souvenir de celle que fit planter Cartier avant son départ pour la France, le 3 mai 1536, jour de l’Invention de la Sainte- Croix, sont l’œuvre du Comité littéraire ct historique du Cercle catholique de Québec.
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L'initiative de ses membres a rencontré un accueil chaleureux de la plupart de nos sommitésreligieuses, politiques etciviles. C'est grâce à une souscription presque spontanée «le la patt du plus gran nombre, que nous avons pu voir se réaliser cette patriotique entreprise. Belle œuvre, mais surtout belle et généreuse idée que celle-là, dont la conception revient de droit à M. Ernest (ragnon, qui dès 1882 écrivait dans les Nouvelles Snirées Canadiennes une chronique très accentuée dans ce sens-là, Ladémonstration faite par le Cerele catholique le 23 septembre 1885 pour commémorer le 330e anniversaire de l’arrivée de Jacques Cartier à Québec, contrioua aussi à entretenir le dessein éminemment louable de M. Gagnon, Le comité littéraire s’organi-a quelque temps après sous la présidence de M, E, E, Taché, député commissaire des terres de ja Couronne, et l'on a pu s’assarer de visu que les efforts de ce comité, loin d'être stériles, ont produit le magnifique résultat de doter Québec et le Canada d'un monument qui est un sujet d'admiration pour tout lo monde,
Ce monument mesure 22 pieds de hauteur, 8 piels à la baso et trois pieds au sommet. Il repose sur des fondations de 9 pieds carrés.
Au sommet, sur une corniche gracieusement
découpée en fleurs de lis et de rosaces, le sculpteur a placé un groupe représentant la Grande Hermine, la Petite Hermine et l'Emérillon. Au-dessus de la nef, du courlieu et du galion, plane la couronne royale de France.
Au-dessous de cette corniche, se trouve un bloc massif de granit poli sur lequel on a gravé quatre inscriptions; au haut et en bas de chacune se trouve un écusson.
Sur la face se trouve l’écusson de Cartier»
avec la devise Semper fidelis.
Immédiatement au-dessous, on lit l’inscription suivante : ;
ET SES HARDIS COMPAGNONS LES MARINS DE LA GRANDE HERMINE LA PETITE HERMINE ET DE L’'ÉMÉRILLON PASSÈRENT ICI L'HIVER DE 1535-36.
Au-dessous, l’écusson de iord Stanley de Preston, gouverneur du Canada, avec cimier ; - casque surmonté d’un aigle aux ailesdéployées, avec devise: Sans changer.
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nley de cimier ; ployées,
Au-dessus, l’écusson de l'honorable A. R. 1 Angers, lieutenant-gouverneur de la province \ de Québec: cimier, une tête d’ange étendant ses ailes au-dessus d’un bouclier, avec la devise : 2 Par droicts chemins. | 11
Le côté sud est surmonté des armes du Cercle catholique de Québec, représentant le Sacré-Cœur, avec la devise: 1n manifestatione : veritatis. ;
Voici l'inscription gravée du côté est : .
LE 23 SEPTEMBRE, 1625, LES PÈRES JEAN DE BRÉBEUF, ENNEMOND MASSÉ ET CHARLES LALEMANT PRIRENT SOLENNELLEMENT POSSESSION DU TERRAIN APPELÉ FORT JACQUES- CARTIER, SITUÉ AU CONFLUENT DES RIVIÈRES ST-CHARLES ET LAIRET POUR Y ÉRI- GER LA PREMIÈRE RÉSIDENCE DES MISSIONNAIRES JÉSUITES A QUÉBEC.
Inscription :