SALUT
‘“ Vos soussignés, habitants d'Ho- ‘“ chelaga exposent très respectueusement, que “ müûs par un sentiment patriotique et voulant ‘“ conserver un souvenir durable de nos ancêtres, ‘ils ont cru devoir s'adresser à vous pour de- ‘“ mander l'appui de votre sanction en faveur d’un ‘ projet qui devra rappeler aux générations futures a Le défenseurs de la patrie et de nos libertés. ‘ Vous le savez, Excellence, au début de la co- ‘t lonie, lorsque la France avide de conquêtes, ‘“ offrait sa protection à l’héroïsme de quelques ‘ hommes faibles et sans ressources, un courageux ‘ marin venait sur nos bords jeter les premières ‘“ semences de la civilisation européenne.
Eh bien! Hochelaga se souvient encore avec ‘* bonheur de Jacques-Cartier, du hardi pionnier qui arbora sur cette terre le drapeau fleur-de-
‘ lysé et l’étendard de la foi.
‘ Des jours d’une gloire sereine semblaient se ‘ lever au seuil de cette entreprise sublime et al- ‘ laient couronner les espérances d’un jeune peuple, “ quand un fatal oubli s’est apesanti sur cette bril- ‘ Jante destinée et livra sans retour l’avenir d’une ‘“ poignée d’exilés aux calculs d’un étranger. Mais “si les souvenirs de la France étaient toujours chers ‘ à nos pères cesderniers n’ont jamais oublié,malgré ‘“ les épreuves et l’adversité, la sage protection de
# l'Angleterre sur eux. Les traditions de respect
‘“ et de soumission pour l'autorité établie se sont ‘“ transmises jusqu’à leurs fils comme des témoi- ‘t gnages de la fidélité héréditaire des familles et ‘ aujourd’hui les enfants du sol conquis, confon- ‘“ dant dans une même pensée les droits de leurs
OO RL ORE PENEREER EEE
nouveaux maîtres avec les fières aspire..cns de ‘“ leurs ancêtres viennent solliciter auprès des re- “ présentants d’une rioble race la réparation d'un “ acte de justice....Donnez donc, Excellence, un ‘ exemple généreux, qui en mettant d'une manière “ durable sous les yeux de notre population “la grande figure de Jacques - Cartier, puisse ‘ attirer sans cesse sa reconnaissance et son admi- ‘ration. Un monument ; telle est la récompense “ nationale qu'Hochelaga réclame de vous, au nom “ d'un héros, d'un patriote et d’un chrétien...
Parizor (arrachant avec excitation la lettre des mains d'Arthur et reprenant avec vivacité). —Mais, c'est la lettre de notre curé.
ARTHUR.—Comment ! |
ParizoT.—Ouil!...c'est bien cela. Je m'en rap- | pelle comme si c'était d'hier. C’est ici (indiquant | du doigt) qu’à signé Monsieur le maire....et moi donc... mais non, je ne savais pas signer....Qu'im- | porte ;.…j'en suis positif ; j'ai fait ..là...ma croix sur | le papier.…..Oh peut-on oublier si vite...C'était,… si je ne me trompe, (hésitant) Claude Mathurin qui : - À était témoin et puis ……… quel autre donc?
Jean Ladouceur je crois... Tenez... regardez- : ici, à Cet endroit. (Vivement) C’est bien cela, | mon cher monsieur., Nest-ce pas ?......ÆEh bien OUl js C'est la vérité vraie tout cela....Ah ! bon Dieu...est-ce possible,...non....ce n’est pas croya- | ble,.…c’est un rêve... (s’arrétant tout court et fixant le géolier). Mais comment! est-ce vrai, Monsieur | que vous laissez salir des papiers comme ça dans des appartements tout crottés f. .Misérable que vous
êtes !...Quand je songe que la surplique de toute notre paroisse roule comme ça..depuis des années | dans les ordures et le crotin des prisons !...Il ne | manquait plus que ça. (Marchant avec colère). ! Oh! j'en saurai le court et le long... ou ma
‘ tête descendra de mes épaules...…..Le père Lamer-
dei hey ae in er he : ir 2
luche avait bien raison de le dire en secouant sa sse tête échevelée : Oui! ils appellent ça des ommes d’affaires eux ;......des gens qui ne répondent seulement pas à nos lettres ;...mais quand il s'agit d’avoir nos votes....ils savent ben nous faire patte de velours et nous envoyer chercher en beaux carosses....Moi je pense aujourd’hui comme le père Lamerluche...Eh ! race d'ingrats, va !...Après tout ça,.…je vous le demande....s! les gens de par chez nous vont être bien fiers, mais que je leur conte ce vilain tour. (Se tournant du côte du géolier). Ah, rmordine Monsieur... plus de quartier... et adieu les courbettes et les airs cajoleux... En avant le nouveau régime et patte d'ours sur toute la ligne (% s'avance pour frapper le géolier).
ARTHUR (se recule à la hâte et évite le coup et d’un air ébahi).—Mais dites donc, l’ami,.… qu'’ai-je à faire avec tout cela, moi? Voyons, en douceur... et tachons d’arranger ce petit détail tranquillement.
PaRIZOT (reprenant haleine) —C'est bon... mais expliquez-vous vitement..…. car, comme .je suis là... je n’ai pas l’humeur‘fatile.
ARTHUR—Que voulez vous que je vous dise enfin... Tou’ ce que je sais, c’est que ce papier est tombé de la poche d’habit de Monsieur l’aide-decamp quand il est venu visiter le prisonnier que nous avons ici... Comme il paraissait usé et noirci, je n’ai pas songé à l’examiner, plustôt pour voir ce qu'il contenait.
ParizoT.— C’est une pauvre raison... mais je vous. excuse tout de même. Un qui n’est pas blanc de son affaire,. . je vous le promets sur les cheveux de ma tête... c’est Son Excellence. On dit qu'elle a fait ben Sn An coups déjà... Qui vivra, verra...
on peut en faire encore des surpliques par chez
nous, allez ;… et celle-là... elle se rendra... à la peine de l’envoyer à notre Dame la Reine... par la grande corde de fer... par dessous la mer.
AnTHUR— Vous vous fâchéz, l'ami... Ce n’est pas comme cela qu’on punit son monde. Croyez-vous
ue c’est la faute d: Son Excellence si cette affaire là à’été oubliée ?..Il y a gros d'ouvrage à faire dans un gouvernement, allez... Il n’y a rien d’étonnant que ce papier ait été écarté dans les bureaux ou jeté au panier.
Parizor.—En v'là une explication ;.… je vois ben que vous ne connaissez pas ‘ce que c'est qu'un habitant de la campagne... Eh bien, chez nous... si vous voulez le savoir... on n'oublie jamais de donner
votre respect. Votre Gouverneur... on le connait ben celui-là..S’il restait un peu plus à la charrue....il verraitmieux comment les bœufs labourent,.… et ne perdrait pas son temps à faire des croc-en-jambes..… Quant à vous... je m'en aperçois..… vous ne ferez jamais autre chose qu’un géolier...’et ma foi, si vous continuez, vous courrez dés chances d'aller vous faire'garder à votre tour...à Beauport...Ayieu. (J! revient sur ses pas).; Mais dites donc, avant de partir et de régler nos M Lee :...un petit mot, s’il vous plait. Comment s'appelle cet homme que vous avez là bas. au fond... sous: vos soins.
ArTHUR.— Vous l’avez nommé tout.à l'heure.
Parizor.—Comment.
ARTHUR—Eh bier: oui, quand vous avez parlé du père Lamerluche 2t de ses histoires: vous avez prononcé son nom.
PARIZOT (avec surprise).—Jean Canada !
ARTHUR.—Oui.
Parizor.—Mais ce n’est pas possible ; vous voulez vous moquer de moi.
ARTHUR.—Pas du tout, c’est la pure vérité. Si vous en doutez, approchez et nous lui demanderons son nOM. ‘
du foin aux vaches... et de l’eau aux cochons sous
ParizoT (de plus en plus surpris et approchant de la grille et regardant avec stupéfaction et puis à part).—ÆEn effet c’est bisn lui! Mais cela est incroyable !.. Jean Canada... l'arrière neveu de Jacques-Cartier,.…:la victime innocente jugée ei condamnée par le roi Louis XV... celui que le père de cet infâme géolier gardait sous les verroux... et que j'ai connu moi-même vieillard très avancé en âge à l’époque des troubles de 37 ?...Comment ?.. ilest encore ici, vivani! Non, c’est impossible. (Haut à Arthur). Quel âge à ce prisonnier.
ARTHUR.—On l’ignore.
ParizorT.—Mais enfin ?...…..
ARTHUR.—L'histoire de cet homme est légendaire....Les chroniques rapportent que la destinée de ce malheureux lui avait été annoncée dès sa bas âge et qu'il verrait se succéder ‘avant sa mort plusieurs génerations d'hommes.
PARIZOT.—Et puis...
ArTHuR.—(Cette prédiction s’est réalisée...Depuis il a souffert la persécution ;...il a vu se déchaïiner sur son pays des malheurs et des revers de toutes sortes....Du fond de sa prison, ses yeux ont suivi dans les larmes, les luttes et les déchirements de ses compatriotes pour la conquête de leurs droits et de leurs libertés...Aujourd’hui encore. il est l'esclave tourmenté et opprimé de l'autorité... À Songe cruel !.….affreux destin !...c’est moi,.…l’infime paria du crime... qui meurtris tous les jours ce squelette vivant abandonnné à mon odieuse servitude.
ParizoT.--(Se crispant les mains de rage) Ah ! pardine, vous n'avez pas besoin de faire des phrases ; je m'aperçois ben, Monsieur le tourne-clef, que vous avez des affaires malpropres à brasser, (4 part) ma foi !...il doit y avoir anguille sous roche | tachons de le faire parler davantage...(Haut). Continuez votre triste histoire.
ARTHUR—Vous me traitez bien mal. Ayez au moins pitié d'un mâlheureux comme moi, qui pour avoir son pain est forcé de troquer ses titres de noblesse et de naissancé pour une placé de gardien.
PanrizoT.—Vous, malheureux...Ah ! je plains plutôt ce pauvre prisonnier !...Homme sans entrailles ; ‘en mourrai avant de voir le bout de tout cela... Rte sl maudit brigand, car j'enrage de voir a fin.
ARTHUR.—C'est en pleurant que je vous conte ces choses, cher Monsieur, allez: pourquoi m'en vouloir s1 cruellement. .
ParizoT.—Allez ! allez, on règlera nos comptes plus tard...(à part) Comme il a le cœur tendre tout d’un coup : |
ARTHUR.—Eh bien! s’il faut en croire la même tradition, une époque nouvelle et pleine d’espérance doit s'ouvrir bientôt pour ce vieillard persécuté ..Lui-même avait annoncé des temps meilleurs. L'acte d'union, disait-il, est une première conces- Sion faite à la liberté de mes ‘compatriotes..….Puis viendra plus tard la confédération de toutes les provinces,.….fruit d’une grande pensée patriotique...et la base de l’émancipatiou nationale...Son œil prophétique plongeant dans l'avenir entrevoyait à la suite de ces évènements remarquables une période
de trouble au milieu de laquelle les --nrits seraient
bouleversés,.…les notions du droit et de la justice seraient renversés...le mépris des lois publiquement et hautement affiché,.….et moi-même devant servir d'instrument à ces attaques contre l’ordre et le pouvoir établi...Mais dernièremen tencore,...malgré que ses yeux soient depuis longtemps fermés à la lumière du jour...,su paupière s’est illuminée d’un éclat soudain....Ses lèvres presque clouées par le souffle de la mort ont commencé à murmurer des mots de gloire et de liberté...Ce sera, disent encore
RS
de mme het tem
am (C4
les chroniques, le temps sg pour le triomphe et la délivrance....Alors se soulevant sur sa couche humide, par un suprême effort, il a dirigé sa main amaigrie du côté de la mer immense,.….et un profond soupir de soulagement s'étant échappé de sa poitrine,.….de sa bouche expirante est tombée cette parole pleine de mysière: ‘Jacques-Cartier ou Canada vengé.”
ParizoT.—Juste ciel, conduisez-moi de suite vers ce vieillard.
(Tous deux se dirigent vers la grille. L’habitant le reconnait, entrouve la porte et va lui dire un mot, puis il revient précipitamment vers Arthur. Il prend sa bouteille en passant et en met une autre sur la table et laisse Arthur seul.)