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leurs vaisseaux qui avaient nécessairement beaucoup souffert des glaces qui bordaient la côte. Le 21 mai, ils firent voile vers le nord-est et aperçurent bientôt l’île maintenant connue sous le nom de “Funk Island,” latitude 49° 46’, longitude 53 11. Cartier l’appela ‘ l'Ile des Oiseaux,” (Isle des Ouaiseaulx, R.O.) à cause de la grande quantité d'oiseaux de mer qu'il y trouva et dont il donne une description détaillée. J remarqua de plus que, malgré que l'ile soit à environ quatorze lieues de la terre ferme, (la distance est en réalité de trente-un milles marins) les ours s’y rendaient à la nage, en quête des oiseaux dont ils sont très friands. Et à l'appui de cette assertion, le chroniqueur ajoute que les matelots ayant interrompu le diner d’un de ces visiteurs, l'animal, qu’il décrit “aussi gros que vache et aussi blanc que cygne,” s’élança à la mer sous leurs yeux étonnés ; quelques jours après, ils le rejoignirent avec leurs navires, l'ours rivalisant de vitesse avec eux. Après une lutte acharnée, ils réussirent à s’en emparer, le dépecèrent et en trouvèrent la chair excellente."
Continuant sa course vers le nord-ouest, Cartier arriva à l'entrée du détroit de Belle-Isle qu’il trouva remplie de glaces. Il s'arrêta dans la baie de Quirpon, qu’il appelle Carpunt, (Æapont, dans la R. OC.) et y passa quelques jours à attendre le beau temps. Il y a dans ce havre une petite île que l’on trouve sur les cartes marines de Bayfeld portant le nom de “ Jacques Cartier Island ;” plus au sud-ouest on voit la ‘ Rade de Jacques Cartier” (Jacques Cartier Road). Il est
généralen. *: :Jrnis que le cap Degrat, ainsi nommé par Cartier r 1 : ‘re que le cap Bauld qui se trouve à la Nore ic. : . 8 ajouter, sur bonne autorité, qu'il n'y a rien d'incroy-
able ni même Gunprouxre dans cette anecdote,
pointe nord de l’île de Quirpon ; cependant il nous paraît plus probable qu’il donna ce nom au promontoire qui fait partie de la côte orientale de l'ile, lequel est bien plus élevé que le cap Bauld, puisqu'il atteint une hauteur de 500 pieds tandis que l’autre dépasse à peine 100 pieds d’élévation.
Arrivé à l'entrée du détroit de Belle-Isle, que les navigateurs connaissaient dijà sous le nom de “Za Baye des Chasteauix""*, Cartier témoigne que le souvenir du foyer domestique est toujours présent à sa pensée ; il donne le nom de son épouse à une île des environs. Mais il nous est impossible de préciser quelle île, située au.nord de Terreneuve reçut cette marque d'amitié. D'ailleurs la course du capitrine malouin, depuis son départ de l’île des Oiseaux jusqu’à son arrivée à la côte du Labrador, est une des pages les plus obscures de la relation de ce voyage. Aussi avonsnous consacré plus de temps à localiser l’île de Sainte- Catherine que nous n’aimerions à le confesser. Voici ce que dit la version d'Hakluyt sur ce point :
‘Going from the point Degrad, and entring into the sayd bay toward the West and by North: there is some doubt of two Islands that are on the right side, one of the which is distant from the sayd point three leagues, and the other seven, either more or lesse than the first, being a low and plaine land, and it seemeth to be part of the maineland. Inamedit Saint Katherine's Island ; in which, toward the Northeast there is very dry soile: but about a quarter of a league from it, very ill ground, so that you must go a little about. The sayd Island and the port of Castles trend toward North North east, and South South west, and they are about 15 leagues asunder.”
L'édition de 1598 donne en substance la même chose que ce qui précède, mais la ‘* Relation Originale ” s'exprime comme suit :
NorTe 14. —Voir appendice A.
ENT Te)
RERRERENNSS - - .
EEE
‘ Partant de lappointe du Degrat et entrant en ladite baye, faisant l’Ouaist, vng quart du Norouaist, l’on double deux isles qui demeurent de babort, dont l’vne est à trois lieues de la dite pointe et l’autre enuiron sept lieues de la premiere, qui est,” &c.
Les textes diffèrent ici sur deux points importants. Hakluyt dit: “ There is some doubt of” et la Relation Originale porte : “/'ox double" Hakluyt prétend que les îles sont à droite et la Z. O. qu’elles sont à gauche.
Le rocher de Belle-Isle s'élève à 600 pieds audessus du niveau de la mer ; il est donc impossible que ce soit l’île de Sainte-Catherine que Cartier décrit: “une platte et basse terre ;” de plus, Belle-Isle n'apparaît point ‘‘estre de la grant terre” (R.O.), ou terre ferme ; ce ne peut être non plus l’île du Sacre qui a 269 pieds de hauteur. Immédiate. ment à l’ouest du cap Bauld il y : l'île Gull, l'île Verte et la petite île du Sacre, mais elles n’ont aucun point de ressemblance avec la description de l’île Sainte-Catherine par Cartier. Quanx à l’île de Jacques-Cartier dont il a été fait mention plus haut, elle a environ un demi-mille de longueur et est relativement basse (138 pieds). Il faut ici remarquer que Cartier emploie souvent le mot ‘île’ dans un sens très large ; et il n’y aurait rien de surprenant si l'ile de Sainte- Catherine n'était, après tout, qu’une pointe de la terre ferme, quoiqu’on puisse soulever de sérieuses objections contre une semblable interprétation.
Laissant derrière lui l’île de Terre-Neuve, Cartier se dirigea vers la côte du Labrador et reconnut le Port des Buttes (R.O.) ou des ‘Gouttes” suivant d’autres versions, et le ‘ Hable de la Balaine,” (Xe/ation Originale) ou Port des Balances, selon Æak/uyt ; le premier porte aujourd’hui le nom de baie Verte et le second celui de baie Rouge. Continuant dans la direction du sud-ouest, il arriva au
havre de Blanc-Sablon dont le nom n’a pas changé depuis, Au sud sud-ouest de ce havre, il mentionne deux les qu'il nomma, l’une, l’île au Bois (/5/e de Bouays, dans la Relation Originale et Isle de Brest, dans l'édition de 1598 ainsi que dans Æakluyt) et l’autre, l'île des Oiseaux A une lieue plus à l’ouest, ils découvrirent ‘les Islettes,” aujourd'hui la baie de Bradore, qu’il déclare être un meilleur havre que celui de Blanc-Sablon. La baie de Bradore fut lonstemps après connue sous le nom de “ Za Baie de Phélypeaux,” où se trouvait le fort de Pontchartrain construit pour la prarees tion des pêcheurs français.
Il est évident que cette partie de la côte était assez bien connue des Européens lorsque Cartier la visita, car la plupart des havres étaient déjà nommés. Ceci est surtout le cas pour le havre de Brest, rendez-vous important à cette époque, pour les pêcheurs basques qui fréquentaient ces parages. Un peu plus loin dans son récit, Cartier mentionne comme chose ordinaire la rencontre qu'ils firent d’un grand navire de La Rochelle, cherchant le port de Brest.
On rapporte que vers la fin du 16° siècle, un fort en pierre fut construit à Brest ; il était défendu par des canons et protégeait une nombreuse population qui habitait sous ses murs. On a même porté le chiffre de ses habitants à 1000 âmes et plus. Il nous semble, cependant, très peu probable qu’au temps de la visite de Cartier, Brest fût autre chose qu’un rendez-vous d'été pour les pêcheurs basques et bretons qui, redoutant les attaques des Esquimaux et des autres tri-
NoTr 15,—L'ile au Bois porte encore ce nom. L'ile des Oiseaux s'appelle aujourd'hui l'ile Verte,
Noïe 16.—Voir Appendice C
bus sauvages, auraient été obligés de prendre des mesures pour se protéger. Le fort était situé vers le fond de ce que nous appelons aujourd’hui le “ Port du vieux Fort”, qui est une anse dans la baie des Esquimaux, lat 51° 24’, long. 57° 48". Depuis des années, le détroit de Belle-Isle était célèbre comme lieu de pêche pour la baleine et était, comme nous l'avons vu, très fréquenté par les Français, les Espagnols et les Basques ; le souvenir de ces voyages s’est conservé dans les nombreuses traditions que l’on retrouve sur ces côtes, et même, jusque sur les rives du grand fleuve.
En face des Trois-Pistoles, paroisse du comté de Témiscouata, il y a dans le Saint-Laurent une petite île que l’on appelle aujourd’hui “l'Ile aux Basques,” sur laquelle on a découvert de grosses briques creuses, dont la présence en ce lieu est d’une grande importance pour les antiquaires. Les Basques ont dû s’en servir pour la construction de fourneaux destinés à réduire la graisse des baleines, marsouins, &c., qu'ils capturaient dans le voisinage de l'ile. A cause de leur légèreté et par conséquent d’un transport plus facile, les briques creuses étaient de beaucoup prétérables aux autres. L'on retrouve aussi, dans les environs, les vestiges des chauffaux dont se servaient les Basques pour sécher leur poisson, etc’, surtout dans une petite île, sur la rive nord du Saint-Laurent, environ six milles à l’ouest de l'embouchure du Saguenay, et que l’on appelle encore ‘* Echafaud à Basques.” Ilya tout lieu de croire que ce sont les ruines d'établissements qui étaient en pleine activité avant l’arrivée de Cartier. La ‘Route des Basques,” qui était connue sous ce nom du temps de Champlain, se voit encore sur les cartes modernes.
Il nous faut maintenant revenir à Jacques Cartier et à ses compagnons que nous avons laissés au havre de Brest, où