‹ Jacques Cartier, sa vie et ses voyages [microforme]Chapitre 14 sur 41 · LL · texte numérisé non relu

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ils s’arrêtèrent, le ro juin, pour s’approvisionner d’eau et de bois. Le lendemain, jour de la fête de Saint-Barnabé, ils y firent célébrer le saint sacrifice de la messe. Nous reviendrons sur cette question plus tard ; qu’il nous suffise, pour ie présent, de constater que c’est ici le premier acte de culte public, en ce pays, dont nos annales fassent mention. Nous disons le premier dont il soit fait mention, car on ne saurait douter que les raisons qui portèrent le pieux capitaine à faire

dire la messe en cet endroit ont dû lui inspirer la même

idée, un mois auparavant, dans la baie de Catalina, où il s'arrêta pendant dix jours, (y passant par conséquent un dimanche) et en d’autres endroits encore.

Après avoir laissé leurs navires dans le port de Brest, ils prirent leurs chaloupes et longèrent la côte, tirant à l’ouest. Ayant trouvé une baie de belle apparence, ils la nommèrent baie de Saint-Antoine, probablement la Rocky Bay d’aujourd’hui. Un peu plus loin, ils en découvrirent une autre à laquelle ils donnèrent le nom de baie de Saint Servan (actuellement connue sous le nom de baie des Homards). Au-delà de cette dernière, ils virent ‘un autre bon fleuve plus grand, auquel nous pêchames beaucoup de saumons.”

C'est dans cet endroit qu’ils aperçurent la ‘grande nave ?

de La Rochelle, qui cherchait sa route. D'après la Æe/afion Originale, cette rivière doit se trouver 4x lieues à l’ouest de Saint-Servan ; mais l'édition de 1598 et la version de Hakluyt ne donnent que deux lieues de distance, ce qui fait une différence considérable. S'il faut lire 4x lieues, nous ne savons pas trop ce qu’a voulu dire Cartier. Ce pourrait être la baie de Shecatica, et le #on Aable serait celui de Cumberland, quoique la distance de dix lieues soit bien trop grande pour s'appliquer à ces deux localités. S'il faut

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lire deux lieues, /e fleuve de Saint-Jacques serait la baie de Napetepe et, dans ce cas, le havre qu’il place à une lieue plus loin, et qu’il estime être ‘“ un des meilleurs ports du monde,” serait la baie de Mistanoque, dont l'entrée est protégée d’une manière remarquable par deux îles, hautes de 120 et de 150 pieds, respectivement. Si l’on considère que les explorateurs étaient alors dans leurs chaloupes, il semble plus plausible d'accepter la moindre des distances et de considérer la dernière supposition comme la plus acceptable.

Cartier ne peut se taire sur la beauté des havres qu'il découvre, mais il regrette de ne pouvoir en dire autant du sol, qu’il décrit comme étant une terre nue et rocailleuse, convenable seulement aux bêtes sauvages ; ‘ En somme,” dit-il, “ je pense que cette terre est celle que Dieu donna à Cain.”

Sur cette côte, Cartier remarqua, en plusieurs occasions, des hommes ‘“ de belle stature et corpulance, mais sauvages et indomptés.” Ils se livraient à la pêche et paraissaient étrangers à la localité, car l’auteur ajoute : “j'ai entendu qu’ils viennent des pays plus chauds ” situés vers le sud. D’après la description de ces sauvages, et l’assertion formelle de Cartier qu'ils venaient de pays situés au sud, on serait porté à croire que ce ne pouvait être des Esquimaux. mais quelque tribu nomade de la grande famille aizor.quine qui, à cette époque, commençait à se déplacer vers l’est de l'Amérique ; cependant, l'abbé Ferland ne partage point cette opinion, et son appréciation en pareilles matières est toujours d’ur:: grande valeur.

= Découragé par la stérilité persistante de cette côte inhospitalière, Cartier résolut de rebrousser chemin. Il retourna donc à ses navires et y passa le jour suivant qui tombait un

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dimanche ; ce jour-là, il fit encore célébrer le saint sacrifice de la messe. Le lendemain, 15 juin, ils levèrent l'ancre et traversèrent le détroit, le cap sur Terre-Neuve (sans cependant réaliser ce fait), attirés probablement par les terres hautes qui s'étendent en arrière de la pointe Riche, laquelle reçut le nom de Cap Double. Cinglant vers le sud, ils remarquèrent les montagnes élevées qui bordent cette partie de la côte. (Cartier les appela “es Monts de Granches” Ils rencontrèrent ici du mauvais temps, des brumes et d’épais brouillards qui leur dérobaient la vue de la terre. Mais sur le soir du mercredi, le brouillard se dissipa et laissa voir un cap, “et ce Cap en son sommet est sans pointe tout à “l’entour, et en bas vers la mer il finit en pointe, et pour ce “il fut appelé le Cap Pointu. Du coté du Nord de ce Cap, “il ya une Ile plate.” Si l’on en juge par cette description, le cap Pointu signalé par Cartier serait la Tête-de-Vache, au nord de laquelle se trouve l’île Steering. A partir de cet endroit jusqu'à /a baie des Chaleurs, le récit de Cartier est rempli d’obscurité; et les historiens sont loin de s’'accorder sur la route suivie dans cette partie du voyage. Nous avons soigneusement étudié la course entre ces deux points, et sans prétendre à une exactitude absolue, dans une question sur laquelle il y a plusieurs opinions différentes, nous croyons que notre manière de voir diffère moins du récit de Cartier qu'aucune autre interprétation émise jusqu’à ce jour. Et tout d’abord, nous tenons à exprimer ici le plaisir que nous avons éprouvé à lire le travail érudit de Mr. W. F. Ganong, M.A. sur le premier voyage de Jacques Cartier, travail qui fait partie des comptes-rendus de la Société Royale du Canada, pour l’année 1887. Nous avions déjà tracé les grandes lignes de notre interprétation

de cette partie du voyage quand son essai nous est tombé sous la main ; et, ne sachant pas que d’autres étaient déjà arrivés à la même conclusion, nous avions rejeté l'opinion portant que le ‘ Fleuve des Barques ” et le cap d'Orléans se trouvaient sur la côte de Nouveau-Brunswick, croyant qu'il fallait les placer sur l'Ile du Prince-Edouard.

Notre satisfaction fut donc bien grande de constater qu’un écrivain aussi bien renseigné partageait nos vues sur ce point. Et c'est pour nous un devoir de le remercier pour plusieurs renseignements importants qui nous ont été d’une grande utilité, lorsqu'il s’est agi d'établir la course suivie par Cartier, à travers les îles de la Madeleine, et le long d’Anticosti. Il nous a fallu cependant différer d'opinion avec M. Ganong sur le tracé au’il adopte pour la partie du voyage, le long de la côte de Terre-Neuve, comprise entre le cap Tête-de-Vache et le cap à l'Anguille. Pour établir d’une façcn aussi satisfaisante que possible en quoi nous différons, nous allons donner, d’abord, un résumé du récit de Cartier, ensuite l'interprétation de M. Ganong et notre manière de voir, en dernier lieu.

Cartier dit qu'après avoir dépassé le cap Pointu il fut assailli par un gros vent de nord-est. Il dut donc courir vers le sud-ouest jusqu’au lendemain matin, et ayant parcouru environ trente-sept lieues, il se trouva en face d’rne baie remplie d’iles rondes comme des colombiers, u’il appela, en conséquence, /es Coulonbiers. Et il ajoute: “Le Golfe Saixt-Julien est distant sept lieuëés d’un Cap nommé Æoyal, qui reste vers le Sud et un quart de Sur- Ouest. Et vers l'Ouest Sur-Ouest de ce Cap, yen aun È autre, lequel audessous est tout entre-rompu, et est rond audessus. Du côté du Nord il y a une Ile basse à environ

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