‹ Jacques Cartier, sa vie et ses voyages [microforme]Chapitre 16 sur 41 · LE DEUXIEME VOYAGE · texte numérisé non relu

LE DEUXIEME VOYAGE

Gracieux accueil du Roi.—Cartier reçoit une nouvelle commission.—Préparatifs d'un deuxième voyage.—ZLa Grande Hermine—La Petite Hermine—L'Emérillon.—Départ de Saint-Malo.—Rendez-vous au Blanc-Sablon.—Le havre Saint-Nicholas.—La baie de Saint-Laurent.—Découverte de l’île d’Anticosti.—À la recherche d’un passage au Nord- Ouest.—Le Saguenay .—L'île aux Coudres.—Cartier avaitil des prêtres avec lui ?—L'île d'Orléans.—Donnacona.— Réception faite à Taignoagny et à Domagaya.—Le havre de Sainte-Croix.—Cartier choisit la rivière Saint-Charles pour y mettre ses vaisseaux .— Stadaconé.—Donnacona lui fait une visite en grande tenue.—Echange de civilités.— Les Sauvages cherchent à dissuader Cartier d’aller plus loin.—Leur stratagème déjoué.—Départ pour Hochelaga. Ochelay.—Obligé de laisser son navire près de l’embouchure du Richelieu.—Arrivée à Hochelaga.—Réception amicale par les sauvages.— Visite à la bourgade.—Description de cette bourgade.—$a situation. —Fortifications.— À quelle tribu appartenaient ces sauvages ?—L’'Agouhanna.— Sa rencontre avec Cartier.—On apporte des malades à Cartier pour qu’il les guérisse.—Il s'efforce de leur donner quelque connaissance de la religion Chrétienne.— Visite au Mont Royal.—La rivière Ottawa.—Départ d'Hochelaga.— Rivière de Fouez.—Retour au havre de Sainte-Croix.

ANS avoir atteint définitivement le but que ses organisateurs avaient en vue, l’expédition n’en avait pas moins produit de bons résultats qui promettaient daÿantage

pour l’année suivante. Cartier s’empressa de présenter un

rapport détaillé de son voyage au Roi qui en fut très satisfait, ainsi que les gentilshommes de la Cour, et particulièrement le vice-amiral, Charles de Mouy, à la demande duquel Cartier fut nommé capitaine et pilote.général ; il fut en même

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temps, investi de pouvoirs plus amples pour le mettre en état de continuer les découvertes qu’il n'avait encore fait qu'ébaucher. François ler, enflammé d’un beau zèle pour les expéditions maritimes, fit armer, équiper et approvisionner trois navires, pour un voyage de quinze mois. L’escadre se composait de /a Grande Hermine, du Cour lieu, dont le nom fut changé pour la circonstance en celui de Za Petite Hermine, sous lequel nous le désignerons à l'avenir, et de /’Æmérillon. En vertu d’une commission, datée du 30 octobre 1534°', et portant la signature de l'amiral Chabot, le roi confère à Cartier qui y est appelé “ Capitaine et Maitre-Pilote de Saint-Malo ” le commandement suprême de l'expédition et le revêt de pouvoirs étendus, avec l’entente que le voyage ne devait pas durer plus de quinze mois; quant à l'équipement des navires et au choix des hommes, il reçut carte-blanche, avec ordre de continuer et de compléter les découvertes commencées dans le voyage précédent. La date de la nouvelle commission indique que Cartier dut produire une impression favorable sur l'esprit du Roi, car 1l y avait à peine deux mois qu'il était de retour de son premier voyage lorsqu'elle lui fut remise.

De même que l’année précédente, les préparatifs se firent à Saint-Malo, et tout fut terminé vers le milieu de mai 1535. Le 16 du même mois, jour de la fête de la Pentecôte, d’après les ordres du capitaine, les hommes de l'équipage se confessèrent et reçurent la sainte communion, puis ils se rendirent dans le chœur de la cathédrale de Saint. Maio

Note 21. -Voir appendice D.

et s'agenouillèrent devant l'évêque, Mgr. François Bohier,2? qui les bénit solennellement et les mit sous la protection du Dieu Tout-Puissant. Cette démarche caractérise éminemment Jacques Cartier, dont toute la vie témoigne d’un esprit profondément religieux. Dans n'importe quelle entreprise, il ne commença jamais rien sans invoquer d'abord le secours d'en Haut, La fortune le comblait-elle de ses faveurs, il en renvoyait tout l'honneur à “ l’Auteur de tous les dons.” Dans ses heu::5 d’épreuve et de difficultés, il chercha tou. jours un refuge dans la prière ; et les contrées qu’il visita dans le Nouveau-Monde virent s'élever dans les airs le signe sacré de notre rédemption, pour proclamer autant qu’il était en son pouvoir, la bonne nouvelle de l'Evangile.

Trois jours après cette imposante cérémonie, le mercredi : 19 mai, les trois navires levèrent l'ancre et quittèrent la Ë rade de Saint-Malo Za Grande Hermine, de 100 à 120 à tonneaux, était commandée par Cartier en personne, avec

NoTE 22—Dans son ‘Histoire de la Colonie Française,” Vol. 1, p. 12. l'abbé Faillon dit que le nom de ce prélat était Denis Bricounet, mais il est évidemment enerreur, François Bohier, successeur de Denis Briçonnet, était alors évêque de Saint-Malo, et avait, en cett: capacité, pris le serment d’allégéance à François ler., le 5 janvier de la même année.

NoTE 23.—La relation originale de ce voyage est intitulée, ‘‘ Brief Recit & succincte narration, de lanauigation faicte es ysles de Canada, Hochelage & Saguenay & autres, auec particulivres meurs, langaige, & cerimonies des habitans d'icelles : J'ort delcctable à veoir.”

Le seul examplaire connu de l'édition originale de cet nuvrage se trouve au British Museum et porte la date de 1545. La version italienne de Ramusio, et celle de Hakluyt, en anglais, sont évidement des traductions du Brief Recit dont M. D'Avezac nous a donné une bonne édition, en 1868. La version, publiée en 1843 par la Société Littéraire ek Historique de Québec, a été rédigée d'après trois relations manuscrit s du deuxième voyage de Cartier, déposées à la Bibliothèque Royale, à Paris, (nos. 5653-5589-5644). Quoique ces relat ons manuscrites semblent être l'œuvre de lamême personne, etles différent cependant sur certains points de peu d'importance, L'éditeur de la version publiée par la Société par ît avoir inséré dans le texte de son ouvrage certains passages de Lescarbot, qui a ajouté au récit de Cartier ses appréciations personnelles ainsi que des extraits de Cl:amplain, au porn qu'il est parfois difficile de dire sur a aelle autorité il appuie les faits qu'il rapporte.

Nous avons, dans cette étude, suivi généralement le Brief Recit, qui nous paraît être l’œuvre de Cartier lui-même.

Thomas Fourmont, commandant en second. Macé Jalobert, de Saint-Malo, beau-frère de Cartier, fut nommé capitaine de la Petite Hermine (60 tonneaux), avec Guillaume le Marié, aussi de Saint-Malo, agissant en qualité de second. Z'Æmérillon (40 tonneaux), était commandé par le capitaine Guillaume le Breton-Bastille, et Jacques Maingard, maître d'équipage, tous deux de Saint-Malo.

Cartier avait aussi avec lui, sur la Grande Hermine, plusieurs personnages de distinction, tels que Claude de Pontbriand, fils du seigneur de Montreuil, et échanson du Dauphin, Charles de la Pommeraye, Jehan Poullet, et autres gentilshommes. La rôle des hommes de l’équipage est conservé, au moins en partie, dans les archives de Saint- Malo. (Voir appendice E.) Il s’y trouve 74 noms. Si lon y ajoute ceux des trois gentilshommes que nous venons de citer, celui de Jehan Gouion, qui accompagna Cartier dans sa visite à Hochelaga et celui de Philippe Rougemont qui mourut, paraît-il, du scorbut pendant l'hiver de 1535-36, ainsi que les noms des deux interprètes, Taignoagny et Domagaya, qui jouèrent un rôle important dans l'expédition, nous arrivons à un total de quatre-vingt-un noms connus,?* sur les 112 personnes?5 qui partirent de Saint-Malo, le 19 mai 1535.

Note 24. —Nous n'avons donné que les noms mentionnés dans le Brief Recit. Dans l'édition des voyages de Cartier publiée à Québec, en 1848, il est fait mention d'un nommé Charles Guyot, domestique du capitaine, mais ce nom ne se trouve ni dans le Brief Recit ni dans Hakluyt. Le Brief Recit ne par'e de ce personnage qu'une fois, dans les termes suivants :—"*Voyät ce le cappitaine enuoyu son serviteur uccompaigné de Iehan poulet.’ &e, L'eliteurde la version publiée par la Société L. & H. de Québec a suivi Lescarbot qui insère ce nom dans son compter endu du voyage de Cartier, (Voir Lescarbot, Histoire ae la Nouvelle Fr'unce, Vol, 2, p. 360. Edition Tross )

De plus, où tronve dans une étude sur Cartier, publiée dans les comptes rendus de la Société L. & H. de Québec, pour l’année 1862, les noms de Jean Gartier, sieur de Chambeaux, de Garuier de Chambeaux, et de Goyelle, comme faisant partie de l'expédition, Aucun de ces noms ne paraît dans le Brief Recit ni dans Hakluyt. Charlevoix mentionne cependant de Goyelle. (Edition de Shea, Vol. I., p. 118.)

NorTe 25 —Nous adoptons le chiffre de 112, parceque Cartier nous dit lui-même que lorsque ses gens furent attaqués du scorbut, ils étaient au nombre de 110, or, nous savons qne les deux interprêtes sauvages l'avaient alors abandonné pour aller demeurer avec Donnacona, ;

Tout alla bien pendant les premiers jours de la traversée, mais il s’éleva bientôt de violentes tempêtes, et, en plein océan, les navires furent séparés les uns des autres, le 25 juin. Le 7 juillet suivant, la Grande Hermine, qui, grâce | sans doute à son tonnage supérieur, semble avoir moins | souffert que les autres, arriva à l’île Funk, et y fit une bonne | provision d'oiseaux. Le lendemain, ils entrèrent dans le havre du Blanc-Sablon où il avait été convenu que la flotille se rencontrerait le 15 juillet ; mais ce ne fut que le 26 du même mois, que les deux autres vaisseaux purent rejoindre le premier. Ils naviguèrent alors de conserve, longeant la côte, et reconnurent en passant les îles Meccatina qu’ils nommèrent les îles Saint-Guillaume (/s ys/es Sainct Guillaume, B.R.) et la pointe de Natashquan à laquelle Cartier avait donné, l’année précédente, le nom de cap Thiennot.

Le rer août, ils jetèrent l’ancre dans un port qu’ils nommèrent SainteNicholas ; ils y élevèrent une croix et y demeurèrent jusqu’au 7. Ilest tout probable que ce havre est celui connu aujourd’hui sous le nom de Pashasheebu ; il ne faut pas le confondre avec la baie de Saint-Nicholas qui se voit sur les cartes modernes, à plusieurs centaines de : ! milles plus en amont.

Tirant toujours à l’ouest, le ro août, ils entrèrent dans la baie du Pillage,2° à laquelle Cartier donna le nom de baie Saint-Laurent (/4 baye Sainct Laurens, B.X.), en commémoration du saint dont la fête tombait ce jour-là ; ils prirent

Ë NoTEe 26.— Aussi appelée la baie Sainte-Genevidve. Voici ce que dit M. Plamonf don, missionaire au Labrador: — ‘‘j'ai été fiappé de la ressemblance de la baie Sainte- Geneviève avec la baie Saint-Laurent, décrite par Jacques Cartier, Iln'y a pas à s’y tromper. J'ai reconnu ia montagne faite comme un tas de blé: on la nomme auj urd'hui Tête de la perdrix, ei vu la grande île comme un cap de terre qui s'avance plus horsque les œutres.” Voir Ferland ‘ Cours d'Histoire du Canada,” Vol. 1, note au bas de la page 23.

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