‹ Jacques Cartier, sa vie et ses voyages [microforme]Chapitre 17 sur 41 · D RE CT · texte numérisé non relu

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ensuite connaissance du mont Sainte-Geneviève et passèrent deux jours à explorer les îles de Mingan. S'étant approchés de la pointe occidentale de l’ile d’Anticosti, ils furent informés par les deux sauvages qu'ils avaient enlevés, l'année précédente, et auxquels leur court séjour en France permettait de se faire comprendre en français, que c'était l’extrémité d’une grande île, au midi de laquelle était la route de Honguedo (Gaspé); et, qu’à deux journées au-delà du cap, commençait le pays de Saguenay qui s’étendait, en suivant la côte nord, jusqu’à celui de Canada.

Le lendemain, 15 août, ils traversèrent à la côte sud afin d'examiner le cap de la Madeleine et le Mont Louis, ayant auparavant nommé l’île qu'ils laissaient derrière eux “ l'Isle de l’Assomption” (/'ys/e de lAssumption, B. R.)°7, en l'honneur de la fête de Notre-Dame que l’on célébrait ce jour-là, Puis ils revinrent à la côte nord, et reconnurent la baie de Trinité et la pointe des Monts, où selon les sauvages, commençait ‘le grand Fleuve d'Hochelaga, et le chemin du Canada, lequel allait toujours en étroississant jusques à Canada, et que là (à Canada), commençait l’eau douce et qu’elle remontait si loin que jamais personne n’en avait vu la source On serait naturellement porté à croire que les Français dûrent accueillir cette nouvelle avec joie, et qu'ils s'empressèrent de poursuivre leur découverte sans délai. Mais nous retrouvons ici un exemple frappant de la tenacité avec laquelle tous les explorateurs, à cette époque, persistaient à vouloir découvrir un passage au nordouest. Cette idée fixe d’une route par eau, pour atteindre

NoTe 27.—Charlevoix dit que l'ancien nom sauvage était Nasticotec. Le nom d'Anticosti lui aurait été donné plus tard par les Anglais. Les Montagnais l’appellent ‘‘Natashkouek” ce qui veut dire: lieu ou l’on va chercher l'ours,

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l'Orient par le nord-ouest, semble dominer toutes leurs entreprises ; à quoi bon ce chemin tout ouvert devant eux, s’il ne conduisait qu’au sxd-ouest et à l'eau douce, au lieu d'aller au #ord-ouest et à la mer des Indes. Aussi, malgré que cela paraïsse bien étrange, Cartier se décida:t-il à ne pas remonter plus loin dans le fleuve, “sans auoir veu le reste de la dicte terre & coste deuers le Nort, qu’il auoit obmis veoir depuis la Baye Sarnct. Laurens pour aller veoir la terre du Su pour veoir s’il y auoit aucun passaige.” Le capitaine fit donc retourner les navires en arrière et, les ayant laissés à la baie des Sept-Isles, il remonta la rivière Moisie?® avec ses barques.

Après avoir passé plusieurs jours à la recherche de l’introuvable passage au nord-ouest, ils durent renoncer à leur projet et revinrent aux navires qu'ils avaient laissés dans la baie des Sept-Iles, où le mauvais temps les retint jusqu’au 24 du mois. Ils appareillèrent ce jour-là, et continuèrent à remonter le fleuve jusqu’au havre du Bic, que Cartier trouva “ de peu de valeur” Il le nomma le able des Ysleaux Sainct Jehan, (B.R.), parcequ’il y entra le 29 août, jour auquel l'Eglise catholique célèbre la fête de lu décollation de Saint-Jean Baptiste.

Le rer. septembre, le Saguenay leur apparut avec les im-

Note 28 —Hakluyt dit: ‘“‘Et à l'extrémité de ces terres basses, qui contienneut environ dix lieues, il y a une rivière d’ean douce, qui se décharge dans la mer avec tant d’impétuosité, que pendant l'espace d’une lieue de terre, elle est aussi donce qu’eau de fontaine.”

Mr, Edward Cayley, B.A., dans un travail intitulé ‘Up the River Moisie,” dont il fit lecture devant la Société Littéraire et Historique de Québec, le ler avril 1863, parle ainsi de la rivière Moisie:— ee

“La rivière devient tellement gonflée à cette saison (en juin), et se précipite avec tait de force à travers les gorges de montagnes, qu’il est extrêmement difficile d'en remonter le cours, ete...... La rivière était tellement gonflée qu’il nous était presque impossible d'avancer et qu'il nous fallait passer d’un côté à l’autre pour profiter de tous les remous possibles et éviter ainsi la force extiême du courant...... La rapidité du courant était telle que notre marche en était nécessairement bieu lente, étant souvent obligés d'aller à la perche, et mème de nous servir de la ligne pour venir en aide & la perche.”

posantes montagnes qui en gardent l’entrée. A l'embouchure de cette rivière, quatre canots remplis de sauvages vinrent à leur rencontre ; ceux qui les montaient appartenaient, paraît-il, à la même tribu que les interprètes, car ces derniers, après s'être fait connaître d’abord, puis avoir introduit les Français, expliquèrent leur présence aux sauvages qui paru. rent satisfaits,

Le lendemain matin, la petite flotte, laissant derrière elle le Saguenay, continua à remonter le fleuve jusqu’à l'île aux Lièvres (ainsi nommée par Cartier, l'année suivante), où ils passèrent la nuit. Les marsouins, qu’ils virent s’ébattre autour des navires, les remplirent de surprise ; Cartier en fait une description minutieuse, et il ajoute : “les gens du pays les nomment ” ‘“‘Adhothuys” ; et nous ont dict qu'ils sont fort bons à manger.”

Le 6e jour du mois, ils vinrent mouiller à l’Isle aux Cou-

dres, (/ys% es Couldres, B.R.,) que Cartier nomma ainsi

à cause de la quantité de coudriers qu’ils y trouvèrent, “ fort chargés de noisettes aussi grosses et d’une meilleure saveur que les nostres.” Ils apprirent que cette île était le commencement de la terre de Canada. Le havre où les navires de Cartier passèrent la nuit est situé sur la côte nord de l'île, et est différemment appelé le ‘ Havre de Jacques Cartier,” son premier nom sans doute,—‘“la baie de la Prairie,” à cause de la prairie qui couvre une partie de la gr ve, et “le mouillage des Anglais,” parceque l'avant-garde de la flotte anglaise, sous la conduite de l'amiral Durell, y jeta l'ancre, le 23 juin 1750.

Le lendemain, veille de la Nativité de la Sainte-Vierge ??,

NoTr 29.—-Par conséquent, le 7 septembre 1535 ; car suivant le calendrier romain, actuellement er usage, la fête de la Nativité de la B. V. M. tombe le 8 gePtembre, Nous suivons ici Hakluyt, et voici comment il s'exprime: ‘The

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ils continuèrent leur course après avoir entendu la sainte Messe—"* Apres auoir ouy la Messe” —B, K,.

Comme il est généralement admis que c’est en cette occasion que fut célébrée la première messe en Canada, dont nous ayions une preuve authentique, il n’est pas hors de propos de laisser, pour quelques instants, Cartier et son équipage continuer leur route vers l'île d'Orléans, afin d'examiner ce point d'histoire assez curieux : quand et par qui le saint sacrifice de la mes:2 a-t-il été célébré pour la première fois en Canada ? ou bien encore : Cartier avait-il des prêtres avec lui, dans ses voyages au Canada? Si l’on admet l’affirmative, il n’y a point de doute que la première messe, dont la célébration est consignée dans nos annales comme ayant eu lieu sur le territoire canadien, tel qu’on l’entendait avant la Confédération, doit avoir été dite, par un de ses aumôniers, à l’île aux Coudres, le mardi, 7 septembre 1535. Si nous donnons au mot Canada l’acception plus étendue qu’il comporte aujourd’hui, supposant toujours la présence de prêtres sur les vaisseaux de Cartier, le saint Sacrifice aurait été offert, pour la première fois, sur cette partie du continent, au port de Brest, le 11 juin de l’année précédente. Nous allons maintenant examiner cette question un peu plus attentivement.

Les principales raisons qui semblent appuyer l'opinion que des prêtres accompagnaient l'expédition, sont les suivantes —

seventh of the moneth, being our Ladies’ even, after service,” etc. Le Brief Recit porte: ‘Le septiesme iour dudict moys iour nostre dame, apres auoir ouy la messe,” ete. Sur ce sujet nous allons citer ce que dit l'abbé Faillon: ‘Le savant pape Benoit XIV, fait remarquer que la tête de la Nativité de Marie n'a pas toujours été célébrée le 8 de Septembre ; et en effet, on la trouve marquée au 7 de ce mois dans plusieurs anciens martyrolugues auxquels on se conformait encore, en Bretagne, du temps de Jacques Cartier.” Voir, Faillon, Histoire de ia Colonie Franguise en Canada.” Vol. 1, p. 18, Note.

1’. La Æe/afion dit expressément que la messe fut dite; — l'expression “ Après auoir ouy la messe,” se rencontre sou vent dans le #r1ef Recit, que l'on suppose avoir été rédigé par Cartier lui-même ; la version de Ramusio emploie toujours le mot “ JZessa”"—% dopo vdita la messa,” et ailleurs “Et la domenica facémo dir la messa.” Hakluyt, il est vrai, traduit ‘ Messa ” par ‘ Service, ”* mais Hakluyt était un protestant qui écrivait à une époque de fanatisme outré, et que l’usage du mot propre, pour quelque raison difficile à comprendre, effrayait peut-être ; car c’est un fait remarquable que sa version diffère presque toujours du Ærref Recit lorsqu'il s’agit de rendre les expressions évidemment catholiques qui se rencontrent dans ce dernier, et sa traduction du mot qui nous occupe maintenant en est un exemple frappant.

2°. Le rôle d'équipage des vaisseaux de Jacques Cartier contient les noms de ‘“ Dom Guillaume le Breton,” et de ‘“ Dom Anthoine” ; or l’on prétend que la particule ‘ Dom” dénote le caractère sacerdotal de ces hommes.

3. Lorsque les habitants de Stadaconé s’efforçaienc de dissuader Cartier de remonter à Hochelaga, celui-ci leur ayant dit que leur dieu était un imposteur, ils lui demandèrent s’il avait “ parlé à Jésus”? Ce à quoi il répondit : ‘non, mais que ses prêtres lui avaient parlé et qu’il leur wait dit qu'il ferait beau temps.”

Ces raisons semblent suffisantes à l’abbé Faillon et à qulques autxes historiens pour affirmer, d’une manière certaine, que des prêtres accompagnaient l'expédition. Sans

Nork 30 —Sir Richard Clough envoyant de Bruxelles, à Sir Thomas Gresham, un eompte rendu des obsèques de l'empereur Charles-Quint, qui eurent lieu en cette ville, le 29 etle 3 décembre 155$, parle de la messe de Requiem, comme acte d’un caractère distinctif dans l’ensemble des cérémonies, précisément da ns les mêmes termes que ceux d'Hakluyt, ‘‘et Le service étant fini, un geutilhommemonta sur le Char funèbre, etc.” Voir Motley, ‘ Rise of the Dutch Republic.” Vol, I. p, 206

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prétendre absolument le contraire, nous croyons que cette question, comme beaucoup d’autres, est sujette à discussion, et qu’il est extrêmment difficile, pour ne pas dire impossible, d'arriver à la solution définitive de ce point d’histoiie ; d’un autre côté, on peut alléguer :

1. Que Cartier donne indirectement à entendre qu’il n'avait point de prêtres avec lui.

À leur retour de Hochelaga, les gens de l'expédition profitèrent du succès de leur voyage pour faire remarquer aux sauvages que leur dieu Cudragny était un imposteur, et qu'il ne savait point ce qu'il disait, quand il leur présageait toutes sortes de malheurs dans cette visite. Alors Cartier profita de cette occasion pour leur expliquer la doctrine catholique d’an seul vrai Dieu; il leur apprit aussi que ce Dieu Tout-Puissant avait commandé aux hommes de croire en Lui et qu’il fallait être baptisé. Ce discours fit une telle impression sur les sauvages ‘ qu'ils supplièrent instamment notre Capitaine (remarquez, notre Capitaine) de les faire baptiser, et y sont venus le dit Seigneur, Taignoagny, Domagaya, avecque tout le peupie de leur ville, espérant être baptisés, (pour le cuyder estre); mais parceque ne sçavio ns leur intention et courage, et qu’il n’y avoit personne qui leur remonstrast la Foy, pour lors fut pris excuse vers eux, et dit à Taignoagny et Domagaya qu'ils leur fissent entendre que retournerions un autre voyage et apporterion: des Prêires et du Cresme leur donnant à entendre pour excuse, que l’on ne peut baptiser sans le dit Cresme ; ce qu'ils crurent aisément, car Domagaya et Taignoagny avaient vu baptiser plusieurs enfants en Bretagne, pendant qu'ils y étaient.” "

‘mais par ce que ne scauios leur inteétio & couruige, & qu'il n'y auoit G leur

2. À part ies cas que nous venons de mentionner, on ne saurait trouver, dans le récit des voyages de Cartier, la moindre allusion à aucun ministre du culte, quoique l’occasion d’en parler se soit présentée assez fréquemment. Lorsqu’au premier voyage, les équipages s’agenouillèrent au pied de la croix qu’ils avaient élevée, à Gaspé, ce fut Cartier lui-même qui expliqua aux sauvages le sens de l'emblème sacré. Lorsque Cartier prend la peine de nous donner les noms des gentilshommes qui l’accompagnèrent à Hochelaga, il n'y fait pas mention de prêtres, quoiqu'il soit peu probable que s’il eût eu des aumôniers sur ses vaisseaux, il aurait entrepris cette expédition périlleuse, en pays inconnu, sans en prendre au moins un avec lui. A Hochelaga, c’est Cartier qui fait réunir les sauvages, pour leur donner la lecture de l'Evangile, qu’il fait lui-même, à haute voix. Lorsque les matelots, attaqués du scorbut à Stadaconé, imploraient l'assistance divine, ce fut ‘ Motre Capitaine” qui donna l’ordre de placer l’image de la Vierge à quelque distance du fort et de s’y rendre en procession.

Il nous semble donc très peu probable que Cartier se serait ainsi arrogé la conduite des offices religieux, chaque fois que l’occasion s'en présentait, s’il avait eu avec lu; des personnes autorisées, par leur état, à prendre la direction

remostrat la foy pour lors, feust prins excuse vers oulr, Et dict à Taignougny d Domagaya, qu'ils leur feisset entédre q retourneryôs vr4 aultre voyance, & üpporterüs des prestres & du cresme, Leur dônait « entédre pour escuse, QG lon ne peult baptiser sas ledict cresne,”

Bien que l’auteur du Brief Recit dise qu'il reviendrait bientôt et amènerait des prêtres et du chrême avec lui, faisant incidenmient la remarque que, sans chrême, il ne pouvait pas baptiser, M. Faillon prétend que jiauteur ne voulait pas donner à enteudre qu'il n'avait point de prêtres avec lui, Il suppose que Cartier trouva que les sauvages n'étaient point suthsanent préparés pour recevoir le sacrement de Baptême, et que, lorsqu'il ajoute ‘qu'il n’y avait personne qui leur remonstrast la Foy,” il vouiait dire qu'il n'y avait point de prêtres qui fussent en état de comprendre suflisamment bien la langue des sauvages pour leur donner les instructions nécessaires, <

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spirituelle de l’expédition. D'ailleurs, peut-on raisonnablement supposer qu’un homme, aussi profondément religieux que le capitaine malouin, n’ait pas cru devoir, une seule fois, faire la moindre allusion (si ce n’est pour nier leur présence) à ses aumôniers qui, eussent-ils fait partie de l'expédition, auraient, pendant le long hiver passé sur la rivière Saint- Charles, été constamment employés à secourir les malades et les mourants, et à célébrer, sur la dépouille mortelle de leurs compagnons défunts, les rites funèbres de la sainte Eglise.

Le chroniqueur se serait sans doute fait un devoir de mentionner, avec éloges, cet héroïsme qui distingue toujours le prêtre catholique en pareils cas ; il nous aurait décrit l'administration des derniers sacrements et la cérémonie solennelle du Xeguiem que l'Eglise chante sur la froide dépouille de ceux qui meurent dans son sein. Pourtant, il n'y a pas un seul mot de tout cela.

“Et pour l'heure y en avoit jà plusieurs de morts, lesquels, il nous convint mettre par foiblesse sous les neiges ; car il ne nous étoit pour lors possible d'ouvrir la terre qui estoit gelée, tant estions foibles.” (Voyages de Cartier. Edit de Québec.)

Voilà tout ce qu'il trouve à dire, à propos des services religieux qui auraient accompagné l'enterrement de ses gens. Quelle différence avec les autres relations des explorateurs de la Nouveile-France, où presque chaque page atteste la présence du clergé, annonçant l'Evangile, administrant les sacrements aux mourants, et bénissant la tombe de ceux que la mort avait pris !

3. Lorsque Champlain mentionne que les Récollets dirent la messe à la rivière des Prairies, le 24 juin 1615, il remarque

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