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mais et des fruits qui durent être appréciés par les voyageurs. L'île leur parut fertile et agréable, et couverte de vignes, c’est pourquoi ils l’appelèrent l'ile de Bacchus (/'ys% de Bacchus, B.R.)
Le lendemain, Donnacona, le seigneur de Canada, vint rendre une visite de cérémonie aux navires, suivi de douze canots, sur l’un desquels il débita un longue adresse, se tenant cependant à une certaine distance du rivage. Les interprètes répondirent à Donnacona et lui racontèrent leurs aventures, l’informant qu’ils avaie::i traversé la grande mer et avaient été bien traités par les Français. Le vieux chef parut très satisfait de leurs explications ; il se rendit sur la nef du capitaine et lui fit ses compliments, suivant la mode du pays.
Bien que Cartier affirme positivement que Stadaconé était la résidence de Donnacona et ‘des deux hommes qu'il avait pris dans le premier voyage,” M. Hawkins, dans son livre intitulé “ Picture of Quebec,” prétend qu'il était impossible que les habitants de Stadaconé connûssent les deux interprètes personnellement, et il suppose que les noms de Taignoagnv et de Domagaya ne désignaient pas spécialement ces individus, avant que Cartier fit leur rencontre à Gaspé, mais qu’ils ont plutôt rapport à leurs aventures dans la suite, servant à rappeler quelqu'événement important dans leur existence, par exemple, un voyage en quelque pays étranger, habité par des blancs et d'où celui qui l'avait fait serait revenu heureusement.” D’après lui, on ne peut pas raisonnablement supposer que les sauvages du Saguenay et de Stadaconé connaissaient les noms des deux jeunes sauvages pris à Gaspé—à plusieurs centaines de ‘milles de distance— tandisque la nouvelle d’une circonstance aussi extraordinaire,
communiquée, comme il ie suppose, par ces deux noms, serait une explication suffisante de l'effet qu’ils auraient produit, Il est cependant clairement établi, dans la relation de Cartier, que les sauvages qu'il rencontra à Gaspé différaient complètement de ceux qu'il avait déja vus.”
Il nous apprend même, en toutes lettres, qu’ils n’appartenaient point à cette région, mais qu’ils venaient de l’intérieur et ne se rendaient à la mer que pour y faire la pêche.
Bien plus, dans le récit qu'il fit du massacre de deux cents hommes de sa tribu, par les Trudamans, Donnacona mentionne qu'ils se rendaient à Honguedo (Gaspé), montrant, par là, que ses gens étaient dans l’habitude de visiter le bas du Saint-Laurent, pendant la saison de pêche. Il faut aussi remarquer que les interprètes furent loin de recevoir, des naturels du Saguenay, une réception aussi cordiale que celle dont ils furent l’objet à l'île d'Orléans.
Au Saguenay, l’un des interprètes se nomma aux sauvages, ‘ puis fit leur connaissance et les fit venir seurement à bord.” On peut supposer qu’il leur dit: “Je suis Taignoagny, neveu de Donnacona, le seigneur de Stadaconé. Vous n’avez rien à craindre des visages pâles qui sont nos amis.” Ilest évident qu’ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant. Mais l’entrevue qui eut lieu à lile d'Orléans, quelques jours plus tard, est bien différente, et les joyeuses démonstrations qui accueillirent les interprètes nous portent à croire qu'ils n'étaient pas regardés comme étrangers. Plus loin, nous verrons que Donnacona fit présent à Cartier de quelques enfants, dont un était le frère de Taignorny, comme il le dit lui-même au capitaine, lorsque la cérémonie
Notre. 35.—"[ls (les sauvages de Gaspé) n'ont ni la nature ni le langage des premiers que ous avons trouvés.” (Premier Voyage de Cartier. Edition de 1543.)
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fut terminée. Il est vrai que Taignoagny peut avoir fait un mensonge, car on verra plus loin qu’il n'était qu'un vaurien de la plus beile eau, ou, comme Hakluyt l’appelle, ‘ a craftie knave,” et son témoignage ne vaut pas grand’chose ; mais si on le rapproche de certains événements qui arrivèrent par la suite, et dans lesquels les interprètes jouèrent un rôle principal, il nous paraît évident que ces deux sauvages avaient autrefois demeuré à Stadaconé, et que le pays ainsi que ses habitants leur étaient bien connus.
Cartier ne mit pas de temps à s’apercevoir que cet endroit possédait des avantages naturels qui le rendaient le lieu le plus convenable qu’il pût choisir pour ses quartiers d'hiver. Après un court examen des environs, il fit appareiller les navires et donna l’ordre de remonter le fleuve, depuis le+bas de l'ile d'Orléans, jusqu’à l'endroit qu’on appelle aujourd’hui le havre de Quebec et qu'il nomma Sainte-Croix (sarncte-Croix, B.R.), parcequ’il ÿ entra, avec ses navires, le 14 septembre, fête de l’exaltation de la Sainte- Croix. Pour quiconque connaît la localité, il n’y a point lieu de s'étonner des louanges que Cartier fait de cet ‘affourc d'eau fort beau et plaisant,” et du magnifique panorama qui s’offrit alors à son admiration.
Le 16ème jour de septembre, Cartier fit avancer les deux plus grands navires dans la rivière Saint-Charles, laquelle : reçut le nom déjà donné au bassin, et il laissa / Zmérillon en rade pour s’en servir lorsqu'il serait prêt à aller à Hochelaga. On place généralement l’endroit où Cartier mit ses navires en hivernement et où il construisit ensuite le fort, au confluent de la petite rivière Lairet et de la rivière Saint- Charles, sur la rive gauche de la première.” En face, de
Norge 36.--Voir appendice F,
l’autre côté de la rivière, s'élevait Stadaconé, résidence du chef Donnacona et de sa cour. Cartier représente la ville sauvage comme ayant une certaine étendue, assez bien bâtie et munie de provisions. Le pays avoisinant devait être très fertile, et les sauvages paraissent avoir eu des notions de culture assez avancées ; car, quoique le narrateur nous dise qu'ils n’aimaient point beaucoup le travail, il ajoute “qu’ils labourent leurs terres avec petits bois de la grandeur d’une demie espée,” et ailleurs : “ ils deracinèrent les arbres pour cultiver et labourer la terre,” enfin il termine en disant que le lahour se faisait, en grande partie, par les femimnes. °
Le site de Stadaconé n'est point connu d’une manière précise. La bourgade devait certainement s'élever sur cette partie de l'emplacement de Québec qui fait face à la rivière Saint-Charles, à deux ou trois milles de distance de l'endroit où le Lairet se jette dans cette dernière. M. Ferland pense qu'il est assez probable que “Stadaconé était situé dans l’espace compris entre la rue de la Fabrique et le côteau de Sainte-Geneviève, près de la côte d'Abraham,” et nous avons la meilleure opinion possible de l'étendue et de l’exactitude des connaissances de l’abbé Ferland.
Si l’on en excepte Taignoagny et Domagaya, le premier surtout qui commença dès lors à s'éloigner des Français, les sauvages prirent un vif intérêt à voir ces derniers remorquer leurs navires ; le lendemain, Donnacona, accompagné par environ cinq cents de ses sujets, fit une visite à Cartier qui les reçut avec sa courtoisie habituelle et leur fit quelques menus présents. Les interprètes qui avaient, depuis leur arrivée, manifesté une certaine répugnance à accompagner les Français à Hochelaga, profitèrent de cette visite pour
apprendre au capitaine le chagrin qu'éprouvait Donnacona de voir les étrangers persister dans leur dessein, ajoutant qu'il ne voulait aucunement leur permettre de les y accompagner. A ceci Cartier répondit que son souverain lui avait ordonné de faire ce voyage, et que rien au monde ne pourrait l'empêcher de suivre les ordres qu’il avait reçus. Les sauvages partirent bien désappointés, mais ils revinrent le lendemain avec des présents, y compris une jeune fille et deux petits garçons, que Donnacona offrit au capitaine avec beaucoup de démonstrations ; un de ces derniers se trouvait être le frère de Taignoagny. La jeune fille était la nièce de Donnacona.
Lorsque la cérémonie fut terminée, Taignoagny avertit Cartier que ces présents lui avaient été donnés, expressément dans le but de l’empêcher d’aller à “ochelaga. D'un autre côté, Domagaya l'assura que les mêmes presents étaient offerts en gage de bonne amitié, qu’ils n'avaient aucun rapport à Hochelaga, et que Donnacona n'avait maintenant aucune objection à le voir entreprendre ce voyage. Une vive dispute s’éleva à ce sujet entre les deux interprètes, et il devint dès lors évident aux Français que Taignoagny les trahissait.
C’est un fait bien curieux que cette hostilité que les sauvages témoignèrent contre le projet qu'avait formé Cartier de remonter la rivière ; ostensiblement, les principales raisons qu’ils apportaient étaient :—
1°, Que la navigation était mauvaise.
2°. Que Hochelaga n’était d'aucune importance.
37. Que le froid y était tellement rigoureux que, lors même que les Français surmonteraient les périls du voyage, ils ne pourraient endurer la sévérité du climat.