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CHAPITRE IV

LE DEUXIEME VOYAGE (suite)

Visite à Stadaconé,—Description de la ville.—Les Trudamans- Histoire du massacre.—Habitants de Stadaconé.—Çulte religieux.—Mœurs et coutumes des sauvages .—Le Petun- L'Esurgny. —Histoires merveilleuses sur le pays du Sague-

nay.—L'hiver s'annonce. —Neiges et gelées.—Le scorbut.— Etat pitoyable des Français. —Ils implorent le secours d’en haut.—Service religieux.—Le remède est trouvé. — Guérison. — Premiers signes du printemps.—Préparatifs du retour en France.— Abandon de la Petite Hermine.—Conduite alarmante des Sauvages.—Cartier projette d'enlever Donnacona.—Sa conduite en cette circonstance. —Erection d’une croix.—Prise de possession du pays, au nom du roi de France.—Les chefs sont faits prisonniers.—Départ de Sainte-Croix. — Arrivée à Saint-Malo.

CRENPANT l'absence du capitaine, ceux qui étaient demeurés à Sainte-Croix avaient construit, le long JW de la rivière, un retrañchement de pieux, armé de pièces de canon. Ce fut en arrière de cette palissade, et dans la petite rivière Lairet, qu'ils ancrèrent leurs navires et attendirent résolument l'approche de l'hiver. Lorsqu’en 1608, Champlain visita cet endroit,” il y trouva des vestiges, indiquant que des hommes blancs y avaient habité : une cheminée en ruines, un fossé presque rempli, des boulets de canon et autres débris ; ce qui porta Champlain à supposer que Jacques Cartier devait avoir hiverné en cet endroit.

Il ajoute que ces ruines furent trouvées ‘ vne lieue dans la riuiere,” voulant sans doute dire à une lieue de l’habitation de Québec.

NorE 49.—Voir appendice F

Le lendemain de leur retour de Hochelaga, Cartier reçut la visite de Donnacona et de ses gens, qui manifestèrent une grande joie de le voir revenu à Stadaconé sans accident. Le capitaine, feignant de croire à leur sincérité, leur fit un bon accueil, quoique, ajoute la relation, ‘‘ #s ne l'avaient point mérité” Il y a raison de conjecturer que, pendant l'absence de Cartier, les sauvages n'avaient point témoigné aux gens qu'il avait laissés derrière lui, la même cordialité dont ils avaient fait preuve en présence des équipages réunis. Le capitaine prit cependant la résolution de ne point faire de cas de ce qu’on lui avait rapporté sur leur conduite ; seulement, il se mit en garde contre toute surprise de leur part. Il accepta donc l'invitation de Donnacona d'aller le voir, à Canada ; et le lendemain, accompagné de cinquante de ses gens bien armés, il traversa la rivière pour se rendre à Stadaconé. Comme il approchait de la ville, les habitants vinrent à sa rencontre et se rangeant sur deux lignes, les hommes d’un côté, et les femmes de l’autre, l’escortèrent à leur résidence, après avoir reçu les présents d'usage en pareilles circonstances. - D’après la relation, les maisons étaient assez bien bâties et suffisamment approvisionnées pour l’hiver qui s’'approchait. Cartier ne dit rien des fortifications, mais il ajoute qu’on lui montra les peaux de cinq têtes d'hommes, enlevées, paraît-il, à des ‘Toudamani) (ou Trudamans, B.R.), lesquels, d’après Donnacona, ‘ demeuraient devers le sud, et qui leur menaient continuellement la guerre.” C'étaient probablement des Iroquois, lesquels, au temps de Champlain, occupaient Je territoire qui forme aujourd'hui la partie ouest de l'Etat de New-York. De toutes les tribus sauvages, c'était la plus féroce, et pendant longtemps ils furent la terreur des autres

nations, surtout des Hurons auxquels ils avaient déclaré une guerre d’extermination.

Le récit de cette affaire, tel que Donnacona le fit à Cartier, et que nous tenons pour bien digne de foi, nous paraît confirmer l'identité de ces Trudamani avec les féroces guerriers de la confédération iroquoise. Deux ans avant l’arrivée de Cartier, un parti de gens de Donnacona, au nombre d'environ d2ux cents, tant hommes, que fer mes et enfants, se rendait à Gaspé ; * pendant qu'ils étaient tous plongés dans un profond sommeil sur une île dans le fleuve, vis-à-vis l'embouchure du Saguenay, ils furent assaillis par les 7rudamans, qui mirent le feu à la caverne dans laquelle ils s'étaient réfugiés, et les brûlèrent ou massacrèrent tous, à l'exception de cinq, qui réussirent à s'échapper. Or, il y a dans le bas Saint-Laurent, en face du Bic, une petite île, connue aujourd’hui sous le nom d’/# au Massacre, Sur laquelle il y a une caverne où l’on trouvait, il n’y a pas encore bien longtemps, des ossements humains, témoignages irréfutables de la véracité du récit de Donnacona.

Pendant le mois d’octobre, Cartier paraît avoir consacré ses loisirs à instruire les sauvages et à leur donner, autant que possible, une juste idée de Dieu. Ils n'avaient qu’une notion bien confuse de la divinité, le rôle de leur dieu Cudragny se bornant à prédire le beau ou le mauvais temps, avec plus ou moins de succès, comme nous l'avons déjà vu.

NorE 50.—La Relation comporte, ‘* tendant aller à Honguedo (Gaspé) leur mener guerre ” ; ce qui ne peut être qu'une fausse supposition de Cartier, car s'ils fus: ent partis en guerre, ils n'auraient pas été accompagnés de leurs femmes et des enfants. Le compte rendu que le Révyérend M: DeCosta fait de cet épisode

est très confus et rempli d’inexactitudes. Il dit qu'on montra huit scalpes à Cartier et que Donnaconna informa le capitaine qu'ils les avaient enlevés à nn parti de leurs ennemis, lesquels, au nombre de 200, ils avaient massacrés quelque temps auparavant. Ce qu'ils firent des autres 192 scalpes, Monsieur DeUosta n'a pas . jugé à propos de nous le dire.

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Ils apprirent à Cartier qu'après leur mort ils étaient transportés dans les étoiles, et que, descendant avec elles à l’horizon, ils allaient, dans des champs très agréables, rejoindre leurs ancêtres et chasser avec eux.

Comme nous l'avons dit plus haut, Cartier leur parla du ‘A vrai Dieu, leur enseigna qne tous les hommes doivent croire en lui et être baptisés. Nous avons déjà vu qu’ils partagèrent bien vite l’opinion que le capitaine avait de Cudragny, qu’ils acceptèrent le Dieu qu’il leur enseignait et demandèrent à être baptisés ; nous connaissons aussi la réponse que leur fit Cartier, en cette occasion.‘!

Il ne faut pas oublier que les interprètes, Taignoagny et Hi Domagaya, accompagnaient alors Cartier, qu'ils compre- Li naient, au moins jusqu’à un certain point, la nature de cette

| cérémonie, ayant eu occasion, pendant leur séjour en |

France, de voir plusieurs enfants recevoir le baptême. Il est donc impossible que Cartier ait voulu tromper les sauvages, en leur donnant les excuses que nous avons rapportées plus haut. Toutes ses démarches, en cette circonstance, détruisent la supposition que des prêtres de l'Eglise catholique accompagnaient cette expédition.

Cartier donne des détails sur la manière de vivre des sau- «| vages, sur leur nourriture qui consistait principalement de 1 dl blé d'Inde, et des légumes de provenance étrangère dont A | faisaient usage les gens d’'Hochelaga. Une plante surtout |l attira son attention, celle que les Anglais associent générale- Al ment avec le nom de Sir Walter Raleigh ; cependant, voici {l une description de la préparation et de la manière de se

Notre 51 —Les aumôniers de Cartier (s’il en avait avec lui) montrèrent beaucoup l plus de prudence que le missionaire qui accompagnait Poutrincourt à Port-Royal, l 1l$ en 1640 : celui-ci (avec trop d’empressement, sans doute) baptisa, en un seul jour, | | 21 sauvages qui ne pouvaient avoir reçu les enseignements que l'Eglise catholique f exige de ceux qui désirent recevoir ce sacrement.

servir du tabac, écrite dix-sept ans avant la naissance de Raleigh.

‘* Ils ont aussi une herbe de quoi ils font grand amas durant l'été pour l'Hyver, laquelle ils estiment fort, et en usent les hommes seulement, en le façon qui ensuit. Ils la font sécher au soleil, et la portent à leur col er une petite

eau de beste en lieu de sac, avecque un cornet de pierre ou de ois. Puis à toute heure, font poudre de la dite herbe, et le mettant à l’un des bouts du dit cornet, puis mettent un charbon de feu dessus et souftlent par l’autre bout tant, qu'ils s'emhrs le corps de fumée, tellement qu’elle leur sort par la bouche et les nasilles, comme par un tuyau de cheminée ; ils disent que cela les tient sains et chaudement, et ne vont jamais sans les dites choses. Nous avons expérimenté la dite fumée, apres laquelle avoir mis dedans notre bouche, semble y avoir de la poudre de poivre, tant est chaude.”

Le tabac, comme les melons et les concombres, doit avoir été importé des tropiques, ce même que leur ‘éswrgny (wampum) qu’ils considéraient comme ‘“ la plus précieuse chose qu'ils eussent en ce monde.” Lors de sa visite à Hochelaga, les sauvages racontèrent à Cartier une histoire des plus improbables sur la manière dont ils obtenaient cet Sesurgny’; d'après eux, ils le trouvaient dans les blessures des cadavres qu’ils plongeaient dans la rivière de Cornibotz, après leur avoir fait des incisions dans la chair ; au bout de dix à douze heures, ils les retiraient et trouvaient les précieux coquillages dans les blessures qu’ils avaient ainsi faites. En justice pour les habitants d'Hochelaga, il faut reconnaître que nous donnons ici ce que Cartier crut comprendre par leurs signes, qui pouvaient bien se rapporter à toute autre chose qu'à cette pêche au moyen de cadavres. Il est cependant bien certain que les coquilles dont les naturels du Canada se servaient pour la confection de leurs ornements ne se trouvent que dans le golfe du Mexique et qu'ils ne pouvaient se les procurer qu’en trafiquant avec les tribus avoisinantes. Donnaccna,

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lui-même, donne à entendre qu’ils avaient des relations avec les tribus qui vivaient plus au sud. Parlant de l'endroit où Cartier avait laissé /'£mérillon, lors de son voyage à Hochelaga, il apprit aux étrangers l’existence de la rivière Richelieu, ajoutant qu’en la remontant, ils arriveraient, après un mois de navigation, à une contré: où il n’y avait ni glaces, ni neiges, et où les oranges, les amandes, les noix et les pommes croissaient en abondance. ‘“ J’estime, à leur dire, le dit lieu estre vers la Floride,” dit Cartier ; ce qui n'indique rien de bien précis. Il est très probable que les naturels du Canada connaissaient le moyen de se rendre à la mer, par le Richelieu, le lac Champlain et la rivière Hudson, et que par cette voie, ils entretenaient certaines relations commerciales avec les tribus situées plus au midi. Mais c’est surtout lorsque Donnacona vient à parler du royaume du ‘“ Saguenay,” de cette contrée mystérieuse qui s'étendait indéfiniment au nord et à l’ouest, que le vieux chef donne libre cours à son imagination. Avec quelle satisfaction il débite aux Français, avides de l’entendre, les merve‘lleuses histoires de gens habillés de draps, comme eux, demeurant dans des villes, où l'or et les pierres précieuses se trouvaient en abondance. Au dire de Donnacona, il y avait aussi une race d'hommes n’ayant qu'une jambe ; d’autres vivaient sans manger—enfin les merveilles de ce pays sans pareil dépassaient toute description.

Ces conversations aidant, les jours d'automne se passèrent assez agréablement.® Mais l’hiver approchait et il se fit bientôt sentir aux Français avec une rigueur dont ceux-ci n'avaient aucune idée. En quelques jours, la glace ferma la rivière et emprisonna les navires. Puis la neïge, tombant

Note 52. Voir Appendice G.

incessamment en tourbillons, et poussée par la tempête sur le petit fort, l’eut bientôt presque complètement recouvert. A leur grande surprise, l’eau dont ils se servaient gela dans les tonneaux ; mais ce qui les émerveilla davantage fut de voir les sauv?ges, par les froids les plus intenses, traverser sur la glace, à travers les bancs de neige, et se rerdre aux navires, la plupart tout nus,—‘qui est chose incroiable qui ne le voit.”

Pour comble de malheur, un fléau bien plus redoutable que les glaces et la neige allait frapper la petite colonie. Vers les premiers jours de décembre, les Français remarquèrent, sans toutefois en connaître la raison, que les visites des sauvages devenaient de plus en plus rares. Ils surent bientôt pourquoi. Le scorbut s'était déclaré à Stadaconé ; la maladie et la mort ravageaint la bourgade. Le fléau se communiqua bientôt aux navires, et les uns après les autres, les hommes de l'équipage tombèrent victimes de cette funeste épidemie ; vers le milieu de février, sur les cent-dix personnes qui accompagnaient Cartier, huit étaient morts, plus de cinquante étaient dangereusement malades, et il n’y en avait point dix qui n’en eussent plus ou -moins ressenti les effets. Malheureusement cette infection était complètement inconnue aux étrangers ; ils en ignoraient également la cause et le remède. Ils furent bientôt réduits à une si triste condition qu'ils n'avaient plus la force d’enterrer leurs morts, pouvant à peine les enfouir sous la neige. Il ne restait plus personne qui fut en état de soigner les malades, car presque tout l'équipage était attaqué, à l’exception du capitaine ‘“ qu’il plût à Dieu de toujours conserver en santé.”

On pourrait difficilement imaginer une situation plus

désespérante que celle de ces pauvres gens. A miile lieues de leurs familles et de leurs amis, au sein de forêts sauvages sans limites, où pas un Européen ne les avait encore précédés ; emprisonnés par la neige et les glaces ; entourés de sauvages dont l’amité ieur avait plus d’une fois paru douteuse, et, pour comble de malheur, assaillis par un fléau qui avait déjà fait vingt-cinq victimes et mettait le reste en danger de mort ; leur condition était certainement des plus pénibles et de nature à détruire tout espoir dans les cœurs les plus résolus.

Réduit à la dernière extrémité, Cartier eut recours au « Tout-Puissant, par une démonstration d’un caractère par: ticulier, Il ordonna que tout le monde se mit en prières, et fit ensuite porter une image de la Sainte-Vierge,* qu'il plaça contre un arbre, distant du fort d’une portée d'arc. Puis il organisa une procession solennelle, à laquelle prirent part tous ceux qui étaient en état de le faire, chantant les psaumes de la pénitence et les litanies, et implorant la Mère de Dieu d’intercéder auprès de son Divin Fils pour qu'il eut pitié de ses serviteurs. ‘“Celuy jour,” selon la chronique, ‘ trépassa Philippe Rougemont, natif d'Ambroise, de l’âge d'environ vingt ans.” Parkman profite de cette circonstance pour décocher un de ces traits railleurs, contre la foi et le culte de l’église catholique, dont la rencontre, à notre avis, dépare singulièrement ses brillants écrits. ‘“ La Sainte-Vierge ” dit Parkman, ‘‘ne daigna point répondre autrement.” Et cependant, sur la même page, il ajnute que quelques jours après, toute cette troupe de moribonds (woebegone men) qui, les yeux hagards, chancelants, et les

NOTE 53.--Le Brief Recit porte, “et ficct porter ung ymuge en remembrunce de la Vierge-Marie contre ung arbre."

membres tuméfiés par des plaies nombreuses, avaient marché en procession vers le sanctuaire de la Vierge, furent merveilleusement guéris du fléau et rendus à la santé, sans en excepter un seul.

Il est vrai que Parkman ne fait'point ressortir le contraste, entre la maladie et la guérison, d’une manière aussi tranchée que nous la donnons ici: ‘“L'épidémie diminua ses ravages ” ; voilà les termes dont il se sert pour raconter la cessation du fléau, Mais le Brief Réai qu'il a fidèlement suivi, dans le détail de cette maladie, ajoute au sujet de la guérison : ‘* Zout incontinent qu'ilz en eurent beu, !!3 eurent l'udnantage qui se trouua estre vng vray Ë euident myracte. Car de toutes maladies dequoy ils estoiit ‘ntachez, apres en auoir beu deux ou trois foys, recouurerent santé & guarison.”

Il nous semble qu’il serait difficile d'imaginer, à part une intervention miraculeuse, une réponse plus efficace à la prière. Voyons comment la chose arriva. La cérémonie fut bientôt finie. Agenouillés dans la neige autour du signe sacré, la petite troupe, se servant des paroles inspirées du Psalmiste, avait imploré la miséricorde Divine, par l'intercession bienveillante de la Mère de Dieu. Puis, lentement et avec difficulté,ils reprirent le chemin de leurs navires, pour y apprendre la triste nouvelle qu’un autre de leurs compagnons venait de succomber au fléau qui les menaçait tous. Leur condition était réellement désespérée, et personne n’était cependant plus à plaindre que le vaillant capitaine qui dut alors éprouver une anxiété bien naturelle en cette circonstance. Sur lui retombait la responsibilité de tous, et tous semblaient attendre de lui un secours que, malheureusement, il lui était impossibie de leur rendre. Mais Dieu, que Cartier avait toujours aimé à prier, lorsque

la fortune lui souriait, ne l’oublia point dans sa détresse. Un jour, qu’en proie aux plus vives inquiétudes, il se promenait sur la glace, auprès du fort, redoutant, comme Hagar dans le désert, de voir ses compagnons mourir sous ses yeux, il remarqua quelques sauvages de Stadaconé, qui venaient vers lui, et parmi lesquels il reconnut Domagaya. Or, ce dernier avait été sérieusement attaqué du scorbut quelques jours auparavant. Quel ne fut pas l'étonnement de Cartier de le voir parfaitement rétabli. Interrogé aussitôt par le capitaine, sur les causes de cette prompte guérison, Domagaya lui apprit que le remède se trouvait dans les feuilles et le suc d’un certain arbre qui croissait aux environs et que les sauvages nommaient ÆAmeda. Cartier le pria de lui montrer cet arbre, ajoutant, afin de cacher à ses voisins les ravages que la maladie avait faits dans son camp, qu’il voulait s’en servir pour guérir un de ses hommes qui avait imprudemmenit traversé la rivière et contracté la maladie à Stadaconé.”

Domagaya, qui semble avoir toujours été favorablement disposé envers les étrangers, tant que Taignoagny n'était pas auprès de lui, envoya immédiatement deux femmes chercher des ram aux de cet arbre, que l’on croit être l’épinette blanche ; les Français s’en servirent de la manière qu'on leur avait enseignée, laquelle consistait à faire bouillir ensemble les feuilles et l'écorce de l'arbre, à boire copieuse. ment de cette tisane et à appliquer le marc en compresses. Au bout de cinq ou six jours, la médecine avait ‘“ fait telle opération, que si tous les médecins de Louvain et de Montpellier y eussent esté avec toutes les drogues d'Alexandrie, ilz n’en eussent pas tant faict en ung an, que le dit arbre a faict en six jours ; car il nous a tellement proffité, que tous ceulx qui en ont voullu user ont recouvert santé et guérison, la grâce à Diéu.”

Cette guérison est d'autant plus remarquable que le même remède, employé plus tard, n'eut plus la même efficacité. Roberval, au Cap-Rouge, en 1542, et Champlain à Québec, pendant l'hiver de 1608-9, virent un grand nombre de leurs gens mourir du scorbut ; ils ne pouvaient pourtant pas ignorer les résultats obtenus par Cartier dans une pareille circonstance, et ils durent employer le même remède, sans avoir le même succès.” ?:

Quelle que soit l'appréciation de la science moderne sur ce sujet, on peut être certain que Cartier et ses gens attribuèrent leur guérison presque inattendue à l'intervention du Tout-Puissant, et que, quelques jours plus tard, il dut y avoir une autre procession à l’autel de la Vierge, où ils ex. primèrent leurs sentiments de gratitude par ce magnifique hymne d'actions de grâces qui, depuis St Ambroise, a toujours été le sublime interprète de la reconnaissance des peuples chrétiens. Depuis ce jour, le 7e Deum a retenti bien du fois sur les rives du grand fleuve du Canada. Nous avons entendu, nous-même, ce chant d’allégresse, tout près de l'endroit où s’accomplirent les faits que nous racontons maintenant, mais jamais, que nous sachions, même à l’heure des grands triomphes militaires, les paroles sublimes du cantique sacré furent-elles lancées vers le ciel, du fond de poitrines plus émues et pour des raisons mieux senties, qu’en ce jour d'hiver, où les braves compagnons de Cartier, abandonnés au milieu d’un désert de neige et de glace,

Notre 53, b.—‘ Nous fismes ce jour quelque quatre lieux, et passames par vne baie (la baye dé Casco, sur la côte du Maine,) où il y a quantité d'isles ; et voit-on d'icelle de grandes montaignes à l'ouest, où est la demeure d'un Capitaine sauuage appelé Aneda, qui sé tient proche de la rivière de Quinibequy. Le me persuaday par ce nom que c'estoit vn de sa race qui auoit trouué l'herbe appelée Aneda que lacques Quartier a diet auoir, tant de puissance contre la maladie appelée Seurbut, dont nous auons des-ia parlé, qui tourmenta ses gens aussi bien que les nostres, lors qu'ils yuernerent en Canada.”

Champlain, Edit de Laverdière, Vol, ITI, pp. 80. 51.

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firent résonner la forêt primitive des accents de leur reconnaissance envers Dieu, qui les avait arrachés à la mort la plus horrible.

Nous nous sommes attardé quelque peu sur le côté religieux de cet incident, parce que nous étudions la vie d’un homme qui ne séparait jamais la religion des affaires de ce monde ; il ne faut cependant pas oublier de mentionner que, tout en adorant les décrets de la divine providence, Cartier reconnaissait que Dieu aide ceux qui s’aident. Doué d’un esprit pratique et d’un grand sens commun, il ne négligea aucun moyen de combattre le fléau qui sévissait si cruellement parmi ses gens. Après le décès de Philippe Rougemont, il fit faire l’autopsie du cadavre, dans l'espoir d'apprendre quelque chose sur la nature de la maladie qui avait jusque-là déjoué leurs efforts, |

Quoique rempli de sollicitude pour les malades, il ne perdit jamais de vue la responsabilité qui lui incombait pour la sûreté générale des gens de l'expédition. De crainte que les sauvages, venant À soupçonner la cause du silence qui régnait auprès des navires, ne saississent cette occasion pour les attaquer, Cartier faisait sortir, en dehors de l’enceinte du fort, deux ou trois de ses gens les moins malades, avec ordre de se promener comme s'ils n'avaient rien à faire. Alors apparaissant tout à coup, il les rappelait brusquement, leur disant, assez haut pour les sauvages l’entendissent, que leur présence était requise à bord, et qu'ils n'avaient point de temps à perdre. Pour donner à ces ordres un air de vraisemblance, il commandait aux malades de faire autant de bruit que possible avec des maillets, des bâtons etc, pour faire croire aux sauvages qu’ils étaient ocrupés à des travaux qui ne leur permettaient point de sortir

hors du furt. -Et, ajoute le courageux capitaine : “ pour lors estions si esprins de la dicte maladie, qu’avions quasi perdu l'espérance de jamais retourner en France ” ; mais son courage inébranlable ne faiblit pas un instant.

En même temps que la santé et les forces revenaient aux équipages affaiblis, des signes certains leur apprirent que ce long hiver touchait enfin à son terme ; les jours devinrent plus longs, la chaleur du soleil plus forte ; et il est facile de se peindre la joie avec laquelle ces pauvres prisonniers caressèrent l'espoir de revoir encore leur France bienaimée.

Enfin les glaces et la neige disparurent, et les navires, délivrés de leurs entraves, quittèrent leur quartier d'hiver ; mais il n’y en avait plus que deux, car les vides que le fléau avait faits dans les rangs de l’équipage avaient obligé Cartier à abandonner “ /a Petite Hermine,” dont la coque, ensevelie dans la vase pendant 307 ans, a été retrouvée en 1843. Le retour du printemps fut signalé par un surcroît d'activité parmi les habitants de Stadaconé, dont Cartier se méfiait de plus en plus. Le refroidissement qui existait déjà envers la capitaine fut encore augmenté par le fait qu'il donna, en présent, le navire abandonné aux sauvages de Sidatin,* qui demeuraient dans le voisinage, et qui s'étaient toujours montrés sympathiques aux Français, afin qu’ils en retirassent les clous, que les sauvages recherchaient avidement. Nous croyons trouver, dans ce détail, l'explication du fait que l’on

NOTE 54. - Caitier fait mention de quatre ‘ villes peuplées’ situées le long du Saint-Laurent, 4 l’est de Stadaconé. ‘‘Ara-te ou Ayraste, Starnatan, Tailla, bâtie sur une montagne,” (peutêtre le cap Tourmente) et ‘ Scitadin ou Sitadin,” la plus rapprochée de Stadaconé, ‘ sous laquelle ville, vers le nord, est la rivière et hable de Sainte Croix ; auquel lieu avons été dempuis le quinzième jour de septembre Jnsqu'au sixième jour de mai 1536, auquel lieu les navires demeurêrent à sec, comme ei-devaut est dit.” Cette dern ère phrase suffit pour iuentifier l'endroit cû Caitier hiverna avec ses navires,

a découvert les débris de /a Petite Hermine dans le ruisseau Saint-Michel, et non dans la petite rivière Lairet, comme on serait naturellement porté à le supposer.”?

Les naturels de Sitadin faisaient de fréquentes visites aux Français—‘alloient & venoient entour nous ” (B. R.), et il est probable que ces derniers, sur le point de partir, voulurent se débarasser de gens qui devenaient importuns. En leur donnant la vieille barque, Cartier doit avoir mis comme condition, qu'ils la conduiraient hors du Lairet, pour en extraire les clous ; et le ruisseau Saint-Michel est certaine: ment l'endroit le plus convenable qu’ils auraient pu choisir pour l’échouer à marée basse. * x

Vers le fin de l'hiver, Donnacona était parti pour la chasse, en compagnie de Taignoagny et de quelques sauvages, donnant à entendre aux Français que son absence ne devait durer qu’une quinzaine de jours ; mais ils ne revint qu’au bout de deux mois. (Cette ahsence prolongée éveilla les : soupçons de Cartier, et il crut s’apercevoir que les gens de Stadaconé cherchaient à soulever les tribus voisines contre lui. Peu de temps après leur retour, la présence d’un grand

NorTE 55.— Voir appendice F.

Nore 56,—L'auteur de cette étude avoue entretenir quelques doutes sur l'authenticité de la découverte, faite dans le ruissrau Saint-Michel, de ce que l'on suppose généralement être la coque de {« Petite Hermine. D'abord les débris n'ont pas été trouvés précisément là cù Cartier hiverna Nous avons cherché à expliquer cette objection d’une manière plausible, mais il se présente une difficulté bien plus sérieuse. Comme on vient de le voir, Cartier nous dit qu'il fit don de la vieille barque à une certaine bande de sauvages, pour qu'ils en retirassent les clous (pour auoir Les viel cloud—B.R.) qui devaient être d’une grande valeur pour des gens chez qui l'usage du fer était encore une chose inconnue, On peut donc raisonnablement conclure que, si les sauvages laissèrent quelques débris du navire, ils durent, au moins, en extraire tous les clous et chevilles defer., Cependant, nous lisons dans le compte rendu de la découvert: faite dans le ruisseau Saint-Michel, tel que publié dans la Gazette de Quebec, le 30 août 1843, ‘‘le vaissean avait été construit en chène, lequel était encore dans un bon état de préservation, quoique ayant perdu sa couleur, et les carvelles de ter ainsi que les chevilles n'étaient pas trop détériorées."”

La solution de cette objection serait reçue avec beaucoup de plaisir par les antiquaires.

nombre de visages étrangers, dans la bourgade de Stadaconé, justifiait en partie les craintes du capitaine ; “ #/s éfaient beaulx et puissants” dit-il, “ef n'avions accoustumé de les veoir.

Cartier ayant été mis au fait, par Domagaya, de ce qui se tramait à Stadaconé, crut prudent d'y envoyer deux de ses hommes, pour se rendre compte de la situation. Jehan Poullet, que les sauvages estimaient d’une manière toute particu: lière, ” et le domestique du capitaine furent chargés de cette mission. Ils entrèrent dans la bourgade, sous prétexte qu’ils étaient porteurs de présents à l'adresse de Donnacona ; mais le rusé sagamos, feignant d’être indisposé, ne voulut pas les recevoir. Alors les envoyés se rendirent chez Taignoagny, dont ils trouvèrent la résidence toute remplie d'étrangers, Surpris de cette visite inattendue, ce dernier se montra très empressé de ramener les visiteurs à leurs navires, leur refusant la permission d'entrer dans aucune autre cabane. Il alla même les reconduire jusqu’à une certaine distance hors de la ville, pour s'assurer qu’ils retourneraient tout droit chez eux. Il profita de cette occasion pour faire dire à Cartier qu’il lui ferait un grand plaisir, ainsi qu'à Donnacona, s’il voulait s'emparer d’un certain chef, nommé Agouna, qu’il représenta comme un homme d'un esprit turbulent et un fauteur de discordes dans la tribu, et l'emmener en France. Nous verrons, plus tard, ce même Agouna succéder à Donnacona en qualité de sagamos, et on peut supposer avec raison, qu'en faisant cette demande, Taignoagny parlait surtout dans son intérêt,

NoTE 57.—I1 est assez probable que Jehan Poullet n'a pas été étranger à la rédaction du Brief Recit.

et ne cherchait qu'à éloigner du ‘“ Trône ” un aspirant qui se trouvait dans son chemin.

Cartier fut bientôt mis au fait du désir exprimé par Taignoagny ; à la vue du grand nombre de sauvages étrangers qui rôdaient aux environs, et dont les desseins étaient pour lui un mystère, il conclut qu’il était grandement temps de songer au départ pour la France, On lui avait demandé de prendre un sauvage avec lui ; l’idée était bonne, mais il allait choisir son homme. Le capitaine et ses compagnons pouvaient bien rendre compte, à la cour du Roi, des immenses rivières, des déserts sans fin, du climat rigoureux et des peuples barbares qu’ils avaient rencontrés ; mais qui serait là pour décrire cette contrée mystérieuse, où l’or, les rubis et autres pierres précieuses, se trouvaient en abondance ? Ce pays qu’habitait une race blanche vêtue à l’européenne-—cette région inconnue où la nature capricieuse se plaisait à jouer avec la forme humaine, —qui pourrait en parler si ce n'était Donnacona lui-même qui avait vu ces merveilles ? Les interprètes avaient aussi un‘rôle à remplir dans le plan du capitaine ; pourquoi ne les emmenerait-il pas ? C'était plus qu’il n’en fallait pour le décider à devancer 5es ennemis, en saisissant les chefs du complot pour les conduire en France.

Certains écrivains ont fortement reproché à Cartier cette finesse “ prettie prancke,” suivant l'expression de Hakluyt, et la considèrent comme une tache ineffaçable à sa réputation. Or, le but que nous nous sommes proposé dans ce travail est de dépeindre Cartier tel qu’il était et de juger ses actions d’après les documents écrits. Nous ne prétendons point qu’il fut toujours, et en toute occasion. exempt de tout blâme, et nous admettons avec franchise que cet enlève-

ment des sauvages, si l’on met de côté la pratique des explorateurs, au temps de Cartier, et les circonstances difficiles où il se trouvait alors, cet enlèvement, disons-nous, fut un acte entaché de cruauté et de perfidie. Maintenant, quel droit avons-nous de juger ainsi les actions de cette homme ? Quels sont les héros de l’histoire, qu’on veuilie bien nous le dire, dont la conduite pourrait subir, sans échec, l’application rigide d’une morale absolue ? Donc, en examinant cette question, il faut absolument prendre en considération les circonstances mêmes qu'il est nécessaire de mettre de côté si l’on veut condamner la conduite de Cartier D'abord, il ne faut pas oublier qu'à cette époque, c'était la coutume de tous les explorateurs, lorsqu'ils retournaient au pays, d'amener avec eux, quelques habitants des pays qu’ils avaient visités. Nous avons vu que Cabot ramena avec lui trois naturels, enlevés sur les côtes d’'Amérique ; et rien ne porte à croire qu'il les ait consultés d’avance sur cette promenade forcée. Aubert de Dieppe, à son retour, était accompagné d’un sauvage, et Corte-Real en captura cinquante pour les vendre en esclavage. Lorsqu'il s'empara de Donnacona et des interprètes, Cartier ne fit que suivre la coutume de l’époque où il vivait, avec cette différence, néanmoins, que, tandis que les premiers découvreurs traitaient les naturels avec beaucoup de cruauté, les pillaient et souvent les massacraient par centaines, il fit plusieurs voyages au Canada, passa au moins deux hivers dans le pays, entouré de sauvages qui ne lui voulaient aucun bien, et personne ne peut dire qu'il ait jamais versé une goutte de sang humain, ni enlevé le moindre cbjet que ce soit. On ne peut lui reprocher que ces deux enlèvements

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à Gaspé et à Québec, et tout le monde s'accorde à reconnaître qu'en ces occasions, il traita lescaptifs avec beaucoup de bonté et d’attention. Sa conduite, en cette circonstance, contraste étrangement avec celle de ses contemporains," de Menendez ou de Pizarre, par exemple, ou bien de Drake ei de Hawkins, et loin de blâmer le capitaine breton de s'être montré injuste et cruel envers le peau-rouge, nous serons étonnés de voir avec quelle humanité et quelle générosité il traita les sauvages qu’il rencontra, et combien sa manière d'agir le distingue honorablement des explorateurs de cette époque grossière, lesquels, comme nous l'avons déjà dit, semblaient, la plus part du temps, ne tenir aucun compte des sentiments les plus légitimes des races aborigènes.

Le 3 mai, fête de l'invention de la Sainte-Croix, Cartier, en l'honneur de la solennité du jour, fit planter une belle croix, de la hauteur d’environ trente-cinq pieds, sur la traverse de laquelle un écusson en bosse, aux armes de France, portait l'inscription suivante : ‘ FRANCISCUS PRIMUS DEI GRATIA FRANCORUM REX RKRE:- GNAT.”

Il ne lui restait plus maintenant qu’à s'emparer des sauvages qu'il avait résolu d'emmener avec lui. Et pour y parvenir, il se servit d'un stratagème qui est entaché, nous lavouons à regret, d’une certaine duplicité Le piège réussit à merveille, et le soir du jour qui vit l'érection de la

Note 58.—Lorsque l'on considère la conduite des explorateurs qui suivirent immédiatement Cartier, tels que Poutrincourt et Champlain, nous les voyons, à peine débarqués sur le sol du Nouveau-Monde, s'engager dans des démêlés avec les sauvages, Il faut cependant, en justice, ajouter qu'ils furent portés à cette extrémité par la nécessité de se défendre contre des attaques qu’ils n'avaient point provoquées, et que, dans leurs rapports ordinaires avec les sauvages, ils marchèrent généralement sur les traces de Cartier,

croix, Donnacona, Taignoagny, Domagaya et quelques autres,” étaient sous bonne garde à bord des navires.

Apparemment épouvantés par ce coup de main énergique, les sauvages n'offrirent aucune résistance ; Donnacuna se laissa consoler par quelques présents, surtout par deux poëlons en cuivre, et par la promesse que lui fit Cartier de le rainener à Stadaconé, dans dix cu douze lunes.

Le samedi, 6 mai 1536, les navires levèrent l'ancre et quittèrent le lieu de leur hivernement. Ils passèrent la nuit un peu en bas de l’île d'Orléans, à laquelle Cartier avait déjà donné ce nom. La nouvelle de l’enièvement les avait déjà devancés, le iong du fleuve; mais ces bandes éparses, effrayées par un coup de main aussi hardi, ne firent aucune tentative pour délivrer les captifs. Ils ne paraissent pas avoir été d'humeur belliqueuse, en aucun temps, ce qui rend Cartier moins excusable de s'être emparé de leur chef. A l’île aux Coudres, qui formait la limite-est de son royaume, Donnacona harangua, du pont du navire, un certain nombre de ses sujets, les assurant qu'il était bien traité et qu’il reviendrait, dans douze lunes, reprendre possession de son autorité. Cette nouvelle réjouit grandement les sauvages qui, comme dernier tribut d'hommage, présentèrent à leur monarque quelques paquets de peaux et ‘un

Nore 59,11 est difficile de donner le chiffre exact des sauvages enlevés, en cette occasion, La relation dit d'abord ? ‘Et commanda le dit capitaine à ses gens de prendre le dit Seigneur Donnacona, Taignoagny, Domagaya,” (lequel paraît avoir été complice en cette affaire) ‘et deux autres des principaux qu'il montra.” Puis, un peu plus loin-‘®Nostre capitaine voyant qu'ii n'y avait autre ordre se prit à crier qu'on les prit, Auquel cri sortirent les gens du dit capitaine, lesquels prirent le dit seigneur, et ceux qu'on avoit délibéré de prendre.”

Dans le premier chapitre de la narration du troisième voyage, Hakluyt dit que le nombre des sauvages que Cartier emmena avec lui, lors de son second voyage, se montait à dix. Or, il en avait déjà quatre avec lui avant l'enlèvement : deux garçons et une fille que Donnacona avait donnés au capitaine, peu de temps après son arrivée, et la petite fille dont le chef d'Ochelay lui avait fuit présent. Il paraîtrait done, qu'en cette occasion, Cartier s'empara de six personnes, savoir, Donnacona, Taignoagny, Domagava et trois autres sauvages.

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