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point de preuve que Cartier se soit trouvé en France depuis mars 1543, jusqu’à février 1544 (à part une entrée bien peu claire, dans les registres de la Cour, portant la date du 3 juillet 1543, et où il fut très probablement représenté par un tiers.) ;
Nous croyons pouvoir émettre l'opinion qu'il entreprit son quatrième voyage vers le milieu d'avril 1543, et qu'il était de retour vers la fin de l’automne de la même année. Car, il est très probable qu'après avoir enduré des privations de toutes sortes, pendant deux hivers en Canada, Car tier devait être bien peu disposé à tenter un troisième hivernement.
Notre Découvreur paraît avoir passé les années qui suivirent son quatrième, et autant que nous sachions, son dernier voyage, tranquillement retiré à Saint-Malo. Sa maison de ville était située sur la we de PBulhen, entre le vieux manoir de ce nom et l'hôpital Saint-Thomas. Il avait une maison de campagne à Limoilou, petit village situé quelques milles à l’est-nord-est de Saint-Malo. Si l'on en juge par les gravures que nous avons vues, la construction, telle qu’elle existait encore en 1865, était d'apparence assez simple, et consistait en une maison de ferme avec dépendances et cour, le tout environné d’un grand mur de pierre. On arrivait au vieux manoir par deux portes assez rapprochées et de forme ancienne. Elles étaient connues dans le pays sous le nom de ‘Portes Cartier La grande porte d'entrée était ornée d’un écusson, travaillé dans la pierre et représentant les armes d’un boutgeois, c’est-à-dire, sans le heaume. La famille Cartier était en possession de ce domaine bien des années avant l’époque qui nous occupe. C'est ici que notre héros, loin des dissensions politiques et religieuses qui grondaient autour de lui, nassa
heureusement les dernières années de sa vie, dans la compagnie de sa femme. Hélas ! cette précieuse relique du passé n’a pas échappé aux attaques des vandales modernes. On a prétendu que François I‘ avait, sur les derniers temps de sa vie, reconnu les services éminents de son fidèle serviteur, en lui accordant des titres de noblesse. Nous serions heureux qu’il en fût ainsi, mais nous regrettons de ne pouvoir pas trouver de preuve suffisante pour établir que l'rançois I", ou Henri, son fils et son successeur, aient agi de la sorte. D’aprés l’abbé Faillon, le fait que le nom de Cartier parait sur le registre des baptêmes, en date du 5 février 1550, avec le titre de “Voële homme," (lequel titre ne s’appliquait jamais, dit-il, qu'aux personnes d’un rang noble) doit être considéré comme une preuve suffisante de son élévation à cette dignité. Malheureusement, on voit que ce titre avait déjà été appliqué à Cartier, sur le même registre, dix ans auparavant, le 13 novembre 1540 ; et personne n'a jamais prétendu qu’il ait été anobli avant son départ pour le troisième voyage. De plus, son nom paraît plusieurs fois . dans les archives civiles et religieuses de Saint-Malo, après le mois de février 1550," mais il n’y est aucunement fait allusion à ses titres de noblesse. Enfin, 27. /oüon des Longrais à découvert un document, en date du 9 mars 1557, dans
NOTE 75. — 5 Février, 1550.
‘Le jJeudy, cinquiesme jour de feubvrier, fut baptizé ung filz en l'église cathédrale de Saint-Malo, à Jacques Nouel ét à Robine Hervé sa femme, par Dom Ollivier Lemarque substitut de vénérable et discrète personne Maistie Lancelot Buffier chanoine et vicaire-curé de la dicte église, et nominé fust par noble homme Jacques Curtier, Jacques, et petit compère Jehan Guéridien, pour commêre Perrine Gaulthier, En présence de Etienne Nouel, Mery Rouxel et du soubsigné notaire, le dict jour et an. Signé : JACQUES CARTIER et F, TREHOUART.”
NoTE 74—Par exemple, à la date du 2 acût de la même année, on lit :
‘“ Le sabmedy second jour d'aougst, an predict mil Ve cinquante, par venerable & discret Me. Lancelot Rutlier fut baptisé ung fils à Raoulet Grout & Jeaune Cheville sa femme ; & fut nommé Jacques par honnestes gens Jacques Cartier, principal compere, & Robin Pestel, petit cp., & Ollive Lambert em., lesd. jour & an. G. Langevin.”
lequel il est établi une distinction entre Cartier et certains “ priseurs nobles,” et où il est simplement appelé, “ l’vn des priseurs de ceste ville.”
Il est bien vrai que dans ‘ ## ave du chapitre de Saint- Malo)’ daté du 26 septembre 1549, il est qualifié Szewr de Limoilou, mais il n’était pas du tout nécessaire qu'il fut anobli, pour recevoir ce titre. (Car, comme le dit Joüon des Longrais :— Tes plus petits propriétaires s’'intitulaient sieurs ou seigneurs de leur terre, quand il leur plaisait, quoique l'usage ca fût un peu moins général qu’à la fin du même siècle.” L'acte, auquel il est fait allusion, mentionne la fondation d’un ‘oëif, dans la cathédrale de Saint-Malo, par le sieur de Limoilou et sa femme. ‘Z'obif établissait la célébration de trois messes de 7eguiem, le 16 octobre de chaque année. Le capitaine malouin ne paraît pas avoir été favorisé des dons de la fortune, car pour constituer cet ‘os, dont le coût se montait à 4 livres, il lui fallut hypothéquer sa maison de ville.
Pendant les dernières années de sa vie, Cartier continua à faire acte de pré‘ence aux baptêmes et devant les tribunaux civils où ses connaissances variées et son expérience étaient fort appréciées." Nous avons déjà fait allusion à la dernière fois que Cartier prit part à un baptême, qui eut lieu le 17 novembre 1555. Le 26 juin 1557, il parut en cour, pour la dernière fois, afin de corroborer de son témoignage la déposition d’un certain Jehan Daniel.
Notre 75,—1.e portrait de Jacques Cartier orne encore la salle du Conseil de ville de Saint-Malo. On ignore le nom de l'artiste qui en est j'auteur, En 1847, la Société littéraire et historique de Québec fit faire une copie de ce portrait par M. Amiel, artiste de Paris. Cette copie fut malheureusement détruite lors de l'incendie des bâtisses du Parlement, à Québec, en février 1854. Nous devons à la lithographie de nombreuses reproductions de cette peinture, et les traits énergiques du hardi navigateur sont familiers à tout le monde.
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Nous voici maintenant arrivé au dénouement de la vie | de notre héros, à sa mort qui eut lieu le rer septembre | 1557, dans le 66ème ou la 67ème année de son âge." Catherine des Granches, son épouse, lui servécut près de dix-huit ans, et mourut au commencement de 1575. Comme | nous l'avons déjà dit, ils n’eurent point de postérité. Parmi | les descendants de Cartier, en ligne collatérale, nous pou- | vons mentionner Jacques Noël, petit-neveu du célèbre | navigateur ; par des lettres très intéressantes, écrites en | 1587," on voit qu’il était au fait des exploits de son grandoncle. Dans l’une d'elles, il prétend avoir visité le voisinage des Saults (rapides de Lachine,) et dans une autre, il parle de ses fils, Michel et Jean, qui, à la date où il écrivait, étaient en Canada.
Lorsque l’on étudie le caractère de Cartier, (si le peu de renseignements que nous possédons sur la vie du célèbre découvreur peuvent nous permettre d'employer un terme aussi général,) deux traits distinctifs nous frappent d’abord : l sa profonde piété, son courage extraordinaire et son indomptable énergie. Dans cette esquise de sa vie aventureuse, nous avons eu plus d’une fois l’occasion d'attirer l’attention de nos lecteurs sur ces qualités distinctives. Quant à sa | piété, on peut résumer nos remarques en disant que l'idée de Dieu l’accompagnait partout et gouvernait toutes ses
NorE 76.—M, des Longrais dit avoir découvert dernièrement, à la marge d'un des registres de la cour de Saint-Malo, l’annotation suivante, sous la date du ler septembre 1557.
‘€ Ce dict mercredy au matin environ cinq heures decedu Jacques Cartiur.”
M. des Longrais donne un fac-similé de cette entrée, Une épidémie qui sévis- À sait alors à Saint-Malo pourrait porter à conjecturer que Cartier fut une des victimes du fléau,
Nore 77.— Voir appendice L.
actions. Sincèrement attaché à l'Eglise catholique, il se montra soumis à ses commandements et dévoué aux intérêts du culte qu’elle prescrit. Sa vie toute exemplaire fut toujours conforme aux maximes de l’évangile. Maintenant, si l’on jette un coup d’œil d'ensemble sur ses voyages, il est difficile d'y trouver une seule infraction aux lois de la morale, sauf l'enlèvement des sauvages à Stadaconé, et les procédés quelque peu blâmables qui accompagnèrent cette mesure. Ilest bien vrai qu’il fut, lui-même, son propre historien, mais son récit est tellement empreint de simplicité et d’honnêéicic, que la vérité s’y manifeste à chaque page.
On ne saurait . îre ip d’éloges du courage et de l’indomptable énergie de lillustre Découvreur. Lorsque l’on considère avec quelles frêles embarcations on affrontait, à cette époque, les périls de l'océan, il faut admettre qu’un voyage au Nouveau-Monde était une entreprise presque surhumaine. Mais les quatre voyages que fit Cartier ne sont qu’une faible partie des actions d'éclat qui illustrent sa carrière. Au milieu de gens entassés les uns sur les autres dan: son misérable petit vaisseau, ballotté par les vents et les flots, pendant de longs mois, à chaque traversée, il sut faire respecter son autorité par ces hommes, dont quelques-uns, s’il faut en juger par leur extraction, ne pouvaient être des compagnons bien désirables. Et c’est avec des gens de cette sorte, qu’il explora des régions sauvages que le pied de l’homme blancn'’avait encore jamais foulées,avec eux il pénétra, à des centaines de lieues, dans l’intérieur d’un continent inconnu, et là, entouré de peuplades sauvages, seul représentant du monde civilisé, au sein des vastes solitudes qui s'étendent du golfe du Mexique au pôle nord,
suivi d’une poignée d’aventuriers, il résolut de passer un long hiver. Nous avons pu nous faire une faible idée des soutfrances inéaarrables qu'il lui fallut endurer pendant son triste séjour sur les rives de la Saint-Charles, nous avons vu aussi comment son indomptable énergie, loin d’être diminuée par les épreuves, lui fit embrasser généreusement la première occasion qui se présenta de renouveler une pareille tentative.
Nous connaissons bien peu sur choses sur Cartier, dans sa vie de famille. S'ilest permis d’en juger par les quelques incidents déjà mentionnés, on peut conjecturer qu’un bonheur constant bénit son union avec Catherine des Granches, et qu'il ne lui manqua que d'avoir des enfants; car nous sommes porté à croire que Cartier avait pour eux une prédilection spéciale. Il ne s’est presque point écoule une année dans sa vie, qu’il n'en ait tenu quelques-uns sur les fonts baptismaux. Le troisième voyage de Cartier, entrepris à une époque plus favorable, aurait peut-être été le point de départ de la colonisation de la Nouvelle-France, et les annales de l’histoire du Canada comipteraient cinquante années de plus. Mais la Providence en avait autrement décidé, et celui qui devait accomplir cette grande œuvre n’était pas encore né.
Avec François Ier, disparut tout espoir de l'établissement prochain de la Nouvelle-France. Son successeur, embarrassé par les affaires d’un pays aux prises, à l'extérieur, avec des ennemis étrangers, et déchiré à l’intérieur par les guerres de religion, ne put trouver le temps de s'occuper d’une entreprise qui ne promettait aucun profit immédiat. Les pêcheurs basques et bretons continuèrent À visiter les bancs de Terreneuve et la “ Grande Baie,’ comme ils en
avaient l'habitude depuis de longues années. De temps en temps, l’historien rencontre quelques faibles tentatives de la part d’aventuriers, désireux de suivre les traces de Cartier ; mais après sa mort, le nom du Canada cessa, pour quelque temps, de résonner aux oreilles du monde civilisé. En vain les naturels de Stadaconé tournaient-ils leurs regards inquiets vers le bas du fleuve ; aucuns d’eux, de cette génération, ne devaient plus revoir les hommes blancs mettre un pied profane sur leurs domaines. Non, pour le peau-rouge, le danger allait venir d’un autre côté; de l'ouest lointain, des sources de l’Ottawa, s’avancerait bientôt l'ennemi qui préparait sa ruine. Et de même que l’Algonquin remplaça le Huron à Hachelaga et à Stadaconé, une nation puissante grandissait vers le sud, dont la férocité sans pareille devait laisser une trace de sang dans les annales huronnes eta Igonquines.
À part ces quelques tribus éparses, le Canada tout entier n’était qu'une vaste solitude, à travers laquelle le majestueux Saint-Laurent roulait en silence ses ondes limpides jusqu’à l'océan. Et pendant soixante années, rien n'avait interrompu ce silence, lorsque, sur nos rivages, retentit la grande voix de l’immortel Samuel de Champlain.