ACTE DEUXIEME
LOl'l«E.
Je suis indiscrète?
ALBERT
Vous, Louise, indiscrète !.. . Croyez-vous que je n’aie ni cœur ni mémoire, ai-je pu oublier que nous avons commencé la vie ensemble, dormi dans le mémo berceau 1 Nous nous sommes, je crois, assez querellés, embrassés et battus pour que nous puissions à jamais nous parler à cœur ouvert...
LOUISE, gaiement.
Je vous battais, moi!
ALBERT, souriant.
Et ferme I... Mais je ne vous en veux plus. Et plus tard, le bon temps encore, où vous cachiez dans l’herbe, à l’endroit convenu, la tirelire où je puisais de quoi faire le monsieur à Paris! Ah l je sais bien au pied de quel arbre, allez!
LOUISE
Comment donc, alors, avt/. vnus pu vous éloigner de celte maison où tant de souvenirs sont attachés?
ALBERT, so dérobant.
Que voulez-vous ? j’avais vingt ans...
LOUISE, finemont.
A la bonne heure j voilà une raison...
ALBERT, alTcclant la légèreté.
Meilleure qu’on ne croit. A cet âge, il nous prend à nous autres, mauvais sujets, un impérieux besoin de voir, de savoir, de courir...
LOUISE
Où cela?
ALBERT
Droit devant nous au-devant des aventures.
LOUISE
Soyez franc, mon ami, vous aviez le cœur trop gros pour songer aux aventures ?
ALBERT
Qui vous fait supposer cela?
LOUISE
J’ai le malheur d’avoir de très-bons yeux...
ALBERT
Eh bien! c’est vrai, j’avais le cœur gonflé! Mon père se remariait, je voyais là une profanation et je partis, non avec l’arrière-pensée de protester, je ne me permettais pas déjuger la conduite de moD père; non, je partis parce que je ne ine sentais pas le courage d’assister à cela, sans pleurer. C’était dur, après tout, de penser qu’une inconnue allait s’asseoir à la place où, en clignant les yeux, j’apercevais l’ombre de celle qui m'avait tant gâté, tant choyé, tant aimé!
LOUISE
Et il ne vous en vint pas du regret!
ALBERT, se dérobant.
Si, un jour...
LOUISE, doucement railleuse.
Qu'il pleuvait I...