‹ Jacques Cernol comedie en trois actesChapitre 16 sur 51 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

LOl'l«E.

Je suis indiscrète?

ALBERT

Vous, Louise, indiscrète !.. . Croyez-vous que je n’aie ni cœur ni mémoire, ai-je pu oublier que nous avons commencé la vie ensemble, dormi dans le mémo berceau 1 Nous nous sommes, je crois, assez querellés, embrassés et battus pour que nous puissions à jamais nous parler à cœur ouvert...

LOUISE, gaiement.

Je vous battais, moi!

ALBERT, souriant.

Et ferme I... Mais je ne vous en veux plus. Et plus tard, le bon temps encore, où vous cachiez dans l’herbe, à l’endroit convenu, la tirelire où je puisais de quoi faire le monsieur à Paris! Ah l je sais bien au pied de quel arbre, allez!

LOUISE

Comment donc, alors, avt/. vnus pu vous éloigner de celte maison où tant de souvenirs sont attachés?

ALBERT, so dérobant.

Que voulez-vous ? j’avais vingt ans...

LOUISE, finemont.

A la bonne heure j voilà une raison...

ALBERT, alTcclant la légèreté.

Meilleure qu’on ne croit. A cet âge, il nous prend à nous autres, mauvais sujets, un impérieux besoin de voir, de savoir, de courir...

LOUISE

Où cela?

ALBERT

Droit devant nous au-devant des aventures.

LOUISE

Soyez franc, mon ami, vous aviez le cœur trop gros pour songer aux aventures ?

ALBERT

Qui vous fait supposer cela?

LOUISE

J’ai le malheur d’avoir de très-bons yeux...

ALBERT

Eh bien! c’est vrai, j’avais le cœur gonflé! Mon père se remariait, je voyais là une profanation et je partis, non avec l’arrière-pensée de protester, je ne me permettais pas déjuger la conduite de moD père; non, je partis parce que je ne ine sentais pas le courage d’assister à cela, sans pleurer. C’était dur, après tout, de penser qu’une inconnue allait s’asseoir à la place où, en clignant les yeux, j’apercevais l’ombre de celle qui m'avait tant gâté, tant choyé, tant aimé!

LOUISE

Et il ne vous en vint pas du regret!

ALBERT, se dérobant.

Si, un jour...

LOUISE, doucement railleuse.

Qu'il pleuvait I...

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