‹ Jacques Cernol comedie en trois actesChapitre 17 sur 51 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

ALBERT

Vous me blâmez donc, Louise?

LOUISE

Je n’en ai pas le droit...

ALBERT

Vous vous trompez. Il n’y a peut-être que vous au monde à qui je le reconnaisse.

LOUISE

Ce n’est pas un blâme, Albert, c’est un profond regret. Votre père a compris, et vous lui avez causé un violent chagrin. Eh ! tenez, c’est parce qu’il dure encore ce chagrin que j’ai abordé ce sujet. Ne voyez-vous donc pas, à la peine qu’il se donne pour amener de l’intimité entre sa femme et vous, que votre réserve le tourmente?

Ma réserve !... Je la connais à peine sa femme.

LOUISE

Avouez que vous trouveriez tout charmant de sa part, si elle ne s’appelait pas madame Cernol...

ALBERT

Tout charmant!... Vous allez un peu loin, peut-être.

LOUISE

Oui, je sais! Je sais qu’en dehors des questions de personnes, vous trouvez la maison sur un pied qui vous choque un peu. Mais à qui la faute? A vous, mon ami, à vous seul.

ALBERT

A moi ?

jàf

JACQUES CERNUL

LOUISE

Qui sait si, vous présent, le ton et les habitudes de la maison eussent été si sensiblement modifiés?

ALBERT, souriant.

Ah çà, mais, vous me grondez, Louise?

Non. Je me souviens seulement de tout ce que je dois de reconnaissance à ceux qui m’ont recueillie et je vous dis, à vous, Albert, prenez garde de vous laisser influencer par une idée préconçue.

(Depuis nn moment Albert regarde fixement dans le parc, lise 1ère.)

ALBERT, autre ton.

Vous avez de bons yeux. Louise? venez... Voyez-vous, ce jeune homme qui traverse la prairie?...

LOUISE, inquiète, h part.

Monsieur de Bliac !...

ALBERT

Voyez. Les domestiques sont si bien habitués à sa présence et à ses laçons qu’ils ne se dérangent même pas pour l’annoncer.

LOUISE, sur ses gardes.

Eh bien?

ALBERT

Savez-vous ce qu’on dit? On dit que ce jeune homme est l’amant de ma belle-mère.

AÈTE DEUXIÈME

LOUISE

Qui dit cela ?

ALBERT

Ah!... un être insaisissable : le monde.

LOUISE

Et vous le croyez?

ALBERT, loi prenant les mains et l’attirant près du siège où il s’assied.

Louise, ma mère vous a bercée sur ses genoux, vous avez grandi à l’ombre de ce toit, il ne se peut pas que l’honneur de la maison vous soit indifférent. Eh bien! moi, qui ai pour vous un respect et une tendresse infinis, je vous en conjure, la vérité?

LOUISE, sans hésiter.

C’est un mensonge!

ALBERT

Les domestiques ont d’étranges sourires pourtant.

LOUISE

Ahl... des domestiques!...

ALBERT

Toute ma famille se tient à l’écart.

LOUISE, virement.

Il ne m’appartient pas de parler librement de votre famille, mais... je la crois plutôt disposée à accueillir...

Un mensonge?

LOUISE, ferme.

Oui, un mensonge!

ALBERT

Pourquoi donc êtes-vous pèle en disant cela? pourquoi votre voix est elle brève et votre main tremblante?

LOUISE

Pourquoi? Parce que vous me faites peur; parce que je vous aime assez pour craindre de vous voir commettre une mauvaise action...

ALBERT

Une mauvaise action?

LOUISE

A mes yeux, oui, rien de moins! (Sur on moav«ment d’ Albert.) Ah ! il est possible que je n’entende pas les choses à votre gré, mais je devine vos intentions, et à cette idée, tout en moi se révolte et vous blâme absolument. Je veux oublier que votre père est mon bienfaiteur, je ne vois qu’une chose, c’est un homme de bien, dans la plus rigide acception du terme. Or, il est heureux, nul ne mérite plus que lui de l’être et je n’admets pas que, sur des soupçons, on l’expose à finir misérablement.

ALBERT

Mais si ces soupçons sont fondés; si.;.

LOUISE, l'interrompant, avec force.

Quand même! C’est votre père et votre premier devoir envers lui serait de respecter son erreur, si cette erreur le rendait heureux.

ALBERT

Ah!...

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