ACTE PREMIER
mari me tend la main... je ne suis pas précisément... bien fier! Mais je ne vois que vous au monde, et, pour vous, il n'est rien qui doive me coûter, jamais! Croyez donc, je vous prie, que, si j’en viens à parler de départ, c’est que votre sécurité seule me préoccupe.
AMÉLIE
Ma sécurité ?... où la voyez-vous menacée ?
MAUBICE.
Tout se sait, à la fin!
AMÉLIE
Mon Dieu! vous croyez?,..
MAUBICE.
Je puis vous affirmer une chose : c'est que, plusieurs fois, déjà, cet hiver, j’ai été l’objet d’allusions, d’insinuations...
Blessantes, oui ! . ,
MAURICE
Mais, je ne me plains pas! — Écoutez, Amélie. Je vous ai voué toute ma vie, à vous, à vous seule! Le reste, je m'en moque! Sincère et déterminé, je suis prêt à toute heure, et sur un signe de vous, je mettrais sans broncher le feu aux quatre coin du monde... Mais, si j’estime qu'un homme... j’entends, un homme! placé comme je le suis envers vous, a pour première obligation de faire complète abnégation de lui-même, je crois aussi qu’il doit parer, à l'avance, aux événements possibles, c’est-à-dire, ne laisser aucune part à l’imprévu. C’est pourquoi j'ai rendu ma fortune liquide, c’est pourquoi j'ai tout préparé, tout organisé, jusqu’aux détails, en apparence, insignifiants. Tout cela dût-il être sans emploi, qu’im-
porte! Du moins, vous êtes libre de réfléchir et de décider. S’il survient une menace, ou si vous changez d’idée, dites et je vous mets à l’abri!... voilà tout! voilà tout ce que j’ai à vous dire.
AMÉLIE, émue.
Ahf vous êtes...
MAURICE, l'interrompant en souriant.
Je suis... je suis à vos ordres, et, croycz-le, je me plais à m’y tenir...
AMÉLIE
Ainsi, pas un regret?
MAURICE
Moi ?...
AMÉLIE
Votre avenir perdu...
MAURICE, affectueux et souriant.
Chut!
AMÉLIE
Vos travaux, vos ambitions si légitimes pourtant, vous m’en faites le sacrifice!
MAURICE
C’est le moins que je vous doive. — Je vous en prie, ne pleurez pas... c’est cela qui me désole, moi. Est-ce vivre que d’éprouver ces émotions, ces terreurs maladives...
AMÉLIE
Vous n’avez donc pas peur, vous?
MAURICE, souriant. iV ,
S’il faut être franc... Que voulez-vous! je ne m’en vaine pas, certes; mais, seul, chez moi, ou dans le inonde,