‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 106 sur 359 · LE CHANCELIER MARTIN GOUGE · texte numérisé non relu

LE CHANCELIER MARTIN GOUGE

Le connétable de Ricliemont, Dunois, les Chabannos, La Hire, Xaintrailles, Jean et Gaspard Bureau et quelques autres, tels que Pierre de Brézé, dont la faveur fut grande auprès de Charles VII, à partir de 1440, et le maréchal de France, Gilbert de La Fayette, gentilhomme d'Auvergne, qui avait blanchi sur les champs de bataille, représentaient principalement l'esprit militaire. Or , il y avait aussi, dans les conseils du jeune roi, des hommes spécialement chargés de l'administration civile du royaume et dont les services, pour avoir eu moins d'éclat, ne furent pas moins honorables ni moins utiles. Le plus ancien d'entre eux était Martin Gouge de Charpaigne, d'abord évêque de Chartres, puis de Clermont, ensuite chancelier de Berry et d'Auvergne. On l'accusait bien , « d'avoir « moult profité durant le brouillis, à l'époque où il avoit « le gouvernement des finances du duc Jean de Berry ^. » On avait même fait signer à Charles YI une ordonnance portant confiscation des biens de Martin Gouge, comme partial des Armagnacs. Mais cette dernière accusation explique les autres. En 1421, Charles YII le nomma chancelier de France, reconnaissant par « expérience, « disaient les lettres patentes, les très-grands sens, pru- (c dence, loyauté, et suffisance, ensemble la bonne con- « duite, diligence et autres conimendables vertus et mérites . « estant en la personne dudit seigneur de Clermont. » Martin Gouge fut remplacé en 1428, comme chancelier de France, par Rcgnauld de Chartres, cardinal et archevêque de Reims,

Celui-ci jouissait, conjointement avec Georges delaTré-

Et b^soiguûient ouvriers sans pose ■ A asseoir rartilierie.

' Godefroy, Vie de Charles VI, édition du Louvre, p. 355.

fi2 REGNACLD DE CHARTRES.

mouille, d'un grand crédit auprès de Charles VU, quand Jeanne Darc était venue délivrer Orléans et changer la face de la guerre. Chacun d'eux espérait alors relever, au moyen de sa propre influence, les affaires du roi. et se grandir encore par le service qu'il lui aurait rendu. L'arrivée de l'héroïque jeune fille, la faveur qui s'attacha aussitôt à son nom, leur avait été un vif sujet de jalousie, et, tacitement, sans s'être communiqué leur projet, ils avaient travaillé à la perdre. Prélat de cour, négociateur habile, Regnauld de Chartres comptait sur son adresse diplomatique pour sauver le royaume. Mais subjugué par Jeanne, il ne savait la combattre qu'absente. Quand elle eut été faite prisonnière, il écrivit aux habitants de Reims « que Dieu « avoit souffert prendre la pucelle parce qu'elle s'étoit « constituée en orgueil, soit pour les riches habits qu'elle « avoit pris, soit pour ce qu'elle avoit fait sa volonté au « lieu de faire la volonté de Dieu.» — «Eîlenevouloit croire «conseil, ajoutait l'archevêque de Reims, ains faisoit tout « à son plaisir. Au surplus, un pâtre du Gévaudan s'étoit « présenté au roi, avec commandement de Dieu d'aller dé- « confire sans faute les Anglois et Bourguignons. » Tels étaient les regrets que la prise de Jeanne Darc et la certitude de sa mort prochaine avaient inspirés au chancelier de France, Regnauld de Chartres*. Quant à Martin Gouge, son prédécesseur, il resta à la cour et il exerça jusiju'ea 1444, époque de sa mort, principalement dans les affaires de l'Église, une influence dont nous verrons les traces plus loin *.

* M. Quiclierat, Aprrçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, p. 28 et 92.

* F. Duchesne, Histoire des dtanccliers et gardes des sceaux de France depuis Çlovis jusqu'à Louis XIV, p. 478 et suiv.

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