LE ROI FOUCÉ DE TOLÉRER LES ROUTIERS
« l'homme, et puis Tavoit fait battre et découpper, tant « que c'estoit pitié à voir. » Une action aussi abominable fit verser la mesure et parut un motif suffisant pour mettre fin à tant de violences. Sur l'ordre du roi, le connétable s'empara du bâtard de Bourbon et on lui fit sommairement son procès. Condamné à mort, il fut cousu dans un sac et jeté dans l'Aube, comme il le méritait ^
On peut juger, par ce qui précède, des désordres commis par les gens de guerre, et de la nécessité qu'il y avait de prendre enfin des mesures capables de retirer la France de sa triste situation. Charles YIl a été accusé, non-seulement de ne pas s'en être assez préoccupé, mais d'avoir longtemps prêté les mains à ces violences. On disait notamment, parmi le peuple, que les princes et les grands seigneurs qui criaient le plus contre les désordres, les entretenaient sous main, et que le roi lui-même en soutenait les auteurs*. Ces accusations étaient injustes. Charles VII déplorait au contraire sincèrement les crimes et les exactions des compagnies franches ; mais, se soutenant en partie par l'appui qu'elles lui prêtaient; hors d'état d'ailleurs, dans la détresse où il se trouvait, de payer la solde qui leur était due, il était obligé, en attendant des temps meilleurs, de fermer les yeux sur les brigandages qu'elles commettaient.
1 Chronique du connétable de Richemont, dans Godefroy, p. 776. — Le bâtard de Bourbon fut noyé par justice, dit Berry, ibidem, p. 412. — On a vu plus haut que le même genre de supplice avait été employé à l'égard du favori Pierre de Giac. Un autre supplice de l'époque était l'immersion dans l'eau bouillante. Je ne sais quel auteur du temps dit, en parlant des faux monnayeurs, que la coutume était de les faire bouillir.
* Bib.imp.Ms., l'abbé Legnud, Histoire de Louis XI, liv. I, p. 29, verso.