MESURES PRISES POUR RÉPRIMER
On en eut enfin la preuve, et dès que l'autorité royale fut suffisamment affermie, on le vit s'occuper sérieusement de réprimer ces excès trop longtemps impunis. Eu 1438, il rendit une première ordonnance portant que « des clameurs « et complaintes lui arrivoient de tous côtés au sujet des « griefs, maux et dommages causés par les gens de guerre « dans les environs de la capitale, » et il donna l'ordre au prévôt de Paris d'en exiger réparation. Un an après, le 2 novembre J439, une nouvelle ordonnance, provoquée par une assemblée des trois états (la plus importante de son règne), précisa encore mieux les intentions de Charles VIL « Le roi, disait-elle, ayant égard à la pauvreté, oppression « et destruction de son peuple, ne vouloit pas tolérer plus « longtemps de pareils excès. » Il décida en conséquence, qu'à l'avenir nul ne pourrait lever une compagnie sans son consentement formel et que tous les capitaines des compagnies seraient à sa nomination. En même temps, il défendit aux gens de guerre de rançonner les laboureurs et les marchands, de s'emparer des bestiaux, des blés ou autres marchandises, de mettre le feu aux gerbes ou aux maisons, d'aller dans les champs en estrade'^ a pour piller, rober et " destrousser les passans et jusqu'aux propriétaires dans « leurs maisons. » Les barons, seigneurs et capitaines des compagnies ne furent pas oubliés, et le roi leur parla enfin le langage de l'autorité. Non-seulement il leur enjoignit de restituer les forteresses, églises et châteaux dont il s'étaient emparés et d'où ils faisaient des excursions en toute sûreté, mais il leur ordonna de supprimer un grand nombre de péages qu'ils avaient établis de leur propre mouvement au
' Aller en estrade, battre la campagne. — Il y avait aussi les estradiols, sorte de cavalerie légère du temps. — Voir le P. Daniel, Histoire de la milice française, t. 1, p. 230.