PRÉFACE. XXV
effet, Agnès Sorel avait, dans le cours de la maladie à laquelle elle succomba, désigné les exécuteurs de ses volontés, et Jacques Cœur était au nombre des trois personnes chargées de ce soin. Eût-elle agi de la sorte si l'assertion de Jean Chaumeau n'était pas une pure supposition?
Deux ans après la publication de V Histoire du Ben^y^ paraissait l'Histoire des neuf rois Charles de France, par Belle-Forest, qui consacra les ligues suivantes à l'épisode de Jacques Cœur :
« En ce temps vivoit en France ce riche Jacques Cueur, ratif de Bourges, lequel fut tant affligé pour, comme l'on soupçonnoit, avoir eu intelligence avec les Turcs et leur avoir despéché harnois et autres munitions de guerre. Mais je crains que sa richesse et deniers contens luy feirent plus de tort que les crimes que l'on luy avoit mis sus^. n
Belle-Forest était historiographe de Charles IX. Sa protestation n'en est donc que plus significative. Il est curieux d'ailleurs de voir que le jugement le plus libre et le plus indépendant sur Jacques Cœur ait été porté (1584) par un historien, du Haillan, qui remplissait les mêmes fonctions auprès de Henri III. L'extrait suivant de son histoire, trop peu connue peut-être, donnera une idée de son talent et de la nature élevée de son esprit * :
« Jacques Cueur, natif de la ville de Bourges, argentier du Roy et hardi marchant, trafiquant avec toutes les nations de l'Europe et de l'Asie, fut le premier marchant françois qui descou-
1 Histoire, etc., 1 vol. in-folio, Paris. 1568. Liv. XllI, p. 331.
* Histoire de France, par Bernard de Girard du Haillan, liistoriograplie du Roy. 1 vol. in-folio, Paris, là" G. — On ne lira pas sans intérêt ce passage de l'Éjjistre au Roy Henri III, qui ouvre 1(; volume en forme de dédicace : u Mon seul but est la vérité qui est l'œil de