‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 20 sur 359 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

vrantles mers par avant incognues à nos François, alla au Levain et eut commerce avec les Turcs. Il estoit si habile homme et avoit tant de vaisseaux sur mer, tant d'intelligences avec les estrangers et une si bonne réputation d'estre loyal marchant, qu'en peu de temps il devint exlremment riche, acheta plusieurs belles terres, fit baslir plusieurs belles maisons, et, à ses despens, décorer la ville de Bourges de plusieurs bastiments publics et de rues nouvelles. Mais comme en France un homme ne peut devenu riche par sa grande industrie qu'incontinent il ne soit envié, soupçonné et accusé d'user de moyens illicites, il fut(soubs umbre qu'il avoit commercé avecques les Turcs) accusé d'avoir intelligence secrette avecques eux, au préjudice et détriment des chresliens, de leur envoyer contre l'ordonnance eccléi^iastique des armes et des armuriers pour leur en faire à la façon de celles des chresliens, de sentir mal de la foy pour avoir practiqué avec eux , d'avoir envoyé à un Turc un chreslien esclave qui s'estoit eschappé de son maislre, d'avoir communiqué les secrets du Roy à ses ennemis, d'avoir mal administré ses deniers et avoir fait plusieurs grandes exactions en Languedoc. Voilà ce de quoi on Vaccusoit, mais la source de son accusation procédait de la jalousie qu'on portait à ses grandes richesses et à son industrie. Pour ces causes, il fut par le commandement de Charles mis en prison, et quelque temps après condamné en grosses amendes, et banny à perpétuité de la France. C'étoit un homme d'esprit et d'intelligence, mais trop entreprenant, qui se mettant trop en avant à la maison des princes et grands seigneurs, s'embarquant en fermes, receptes et pretz, donna du nez en terre, ne pouvfani sufiQre à tous, s'obligeant à trop et se rendant odieux à beaucoup*...»

Quelques années après, André Thevet expliquait de la

l'Histoire, et sans laquelle l'Histoire est borgne, m'estant proposé de blasmer, en la vie des Roys, de leurs ministres et de leurs peuples, ce qui sera digne de blasme et de répréhension.... Je n'ay voulu, Sire, flatter nos Roys, ny ma nation, ny faire du blanc le noir, pour faire mon Histoire estropiée d'un membre et ma réputation ditîamée du nom d'un ignorant et mauvais historien, et de menteur. » ' Histoire de France, etc., p. 1287.

Page 1