PRÉFACE. XXVII
même manière que Thomas Basin, que Belle-Forest, que du Haillan, la disgrâce de Jacques Cœur.
« Ce personnage estant en tel crédit envers le Roy, remarque Tlievet, avoit aussi les plus grands seigneurs du royaume pour ses amys. Mais l'envie {domestique de la court des frinces) prenant pied au cœur d'aucuns, ne le permit jouir longtemps de ces faveurs... Quant à moi, je croy que les richesses par luy acquises ont esté plutôt cause de son malheur que nulle autre chose *... »
Nous arrivons aux historiens du dix-septième siècle.
La violence de Mézeray à l'égard des financiers, traitants et partisans est bien connue. Jacques Cœur ayant, en réalité, participé à des opérations de finances, on pouvait croire que, fidèle à ses habitudes, Mézeray le jugerait sévèrement. Cependant, il n'en fut rien.
« Les uns pensent, dit-il au sujet de l'argentier de Charles Vil, que le Roy esloit animé contre luy, pour ce qu'il prestoit de l'argent au Dauphin; les autres qu'il n'estoit rien de cela, mais que les calomnies des courtisans luy jouèrent ce tour pour se gorger de ses biens *. »
1 Les vrais poiirtraits et vies des hommes illustres, recueillis par André Tlievet, Angoumoysin, premier cosmograplie da Roy. Paria, 1584, 1 vol. in-folio, p. 150.
* Histoire de France, par Mézeray ; Paris, 1646, in-folio, t. II, p. 70. Je n'ai pu découvrir quel est, antérieurement à Mézeray, l'tiislorien ayant exprimé l'opinion que Jacques Cœur avait prêté de l'argent au daupliin, fait sur lequel s'est fondé M. Michelet pour l'appeler conspirateur, — Voici comment s'exprime Mézeray dans la même page, au sujet d'un trésorier de France, Jean Xaincoins, à qui la cour avait fait faire son procès en 1449, pour avoir, disent quelques historiens, eetle chose formidable que, dans la langue administrative, on nomme un précédent. Xaincoins, dont les biens avaient été distribués à quelques courtisans, et qui avait, en outre, été condamné au gibet, ayant obtenu la vie sauve, moyennant cent vingt mille écus, Mézeray entre à ce sujet dans une de ses colères ordinaires. « Pour(juoi, s'écrie-t-il,
XIVIII PREFACE.
En 1661, on voit apparaître pour la première fois cette fable dont j'ai parlé, d'après laquelle Jacques Cœur aurait fait, à Famagouste, dans l'île de Chypre, où il se serait remarié, une nouvelle fortune non moins grande que la première. A quelle source Godefroy avait-il puisé ces détails ? On l'ignore. La Thaumassière, dont V Histoire du Berry * contient des particularités précieuses sur les biens et les enfants de l'argentier, adopta cette version que suivirent aussi, environ quarante ans après, dom Bernard de Montfaucon^ et le Père Daniel. Les mémoires de Bonamy à l'Académie des inscriptions et belles-lettres, rectifièrent cette erreur. Un auteur très-peu estimé, Villaret, se prononça formellement contre Jacques Cœur, et admit comme vraies les relations avec le dauphin, relations dont Mézeray semble avoir le premier parlé, sans preuve aucune, doux siècles après le procès. Villaret ajouta que ces « liaisons ne « pouvoient manquer de déplaire au roi, et qu'ûwcwn des « historiens contemporains ne s'étoit récrié contre l'injustice « de la condamnation ^. » Or, on a pu voir, par les extraits qui précèdent, que la plupart des chroniqueurs l'avaient, au contraire, taxée d'injustice. Quelques années après, le Père Griffet émettait une opinion diamétralement contraire à celle de Villaret dans une dissertation sur Jacques Cœur. « Ses grandes richesses , dit-il , et le crédit
permettre â ces voleurs de se racheter de ta mort ? N'est-ce pas folie de composer avec chx d'une partie, puisque l'on peut avoir le tout ? »
1 Histoire du Berry, par Gaspard Thaumas de la Thaumassière, 1vol. in-folio; Paris, 1689; passim.
* Les monuments de la monarchie françoixe, qui comprennent l'histoire de France, avec les figures de chaque régne, que l'injure des temps a épargnées; 4 vol. in-folio, Paris. 1731. —T. 111, p. 246.
' Histoire de France, depuis l'établissement de la monarchie jusqu'à Louis XIV, par ViUar«t, année 14S0.