‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 210 sur 359 · JEAN VAN EYCK · texte numérisé non relu

JEAN VAN EYCK

presque sans transition, aux plus hautes sphères qu'il lui ait été donné d'atteindre. Longtemps comprimé par l'influence de l'école byzantine et par l'imperfection des procédés employés pour l'apprêt des couleurs, l'art populaire par excellence attendait le génie qui le débarrasserait de ses langes. Cet honneur fut réservé à Jean Van Eyck. Jamais révolution plus heureuse et plus féconde que celle dont la peinture lui fut redevable. Van Eyck ne perfectionna pas seulement la préparation des couleurs , il fut aussi un peintre de génie. Déjà, depuis des siècles, les rois avaient, dans leur domesticité, des hommes chargés tout à la fois de peindre la sellerie, les armures, la pâtisserie des cuisines, et de conserver à la postérité les traits des princes et de leurs familles^. Le duc d'Orléans, qui fut assassiné à Paris par Jean sans Peur, avait réuni dans un cabinet secret divers portraits qu'il montrait à ses familiers et qui représentaient ses maîtresses. Quelques années plus tard, l'incendie du château de Bicêtre, propriété du duc de Berri, consumait une suite de portraits originaux des empereurs d'Orient et d'Occident, et des rois de la troisième race*. Mais les lignes de ces portraits étaient dures, les couleurs fausses et heurtées; la vie, l'âme enfin était absente. Le premier, parmi les peintres du Nord, Jean Van Eyck, reproduisit les grands caractères de la figure humaine. Fier de posséder à sa cour un tel peintre, Philippe le Bon écrivait en 1434 « qu'il n'y en avoit point de pareil à son «gré, ni si excellent en son art et science'. » Lorsque l'illustre artiste mourut en 1440, il laissa, du moins, des

' M. de Laborde, Ln renaissance des arts, etc., p. 38. « Collection Pelitol, Tableau du règne de Charles Vil, p, 266 et 298. 3 Le mo;ien âge ci la renaissance, M. A. Michiels, Peinture sur bois, cuivre et toile, t. V.

Page 1