CHANTEURS ANGLAIS
Fut-il jamais telle besogne.
J'ai vu Binchois avoir vergogue '...
« Tapissier, Carmen, Caesaris,
N'a pas longtemps si bien chantèrent
Qu'ils esbahirent tout Paris
Et tous ceulx qui les fréquentèrent...
« Car ils ont nouvelle pratique De faire frisque concordance En haulle et en basse musique, En feinte, en pause et en nuance.
* Je trouve quelques d<^tails intéressants sur Binchois et les autres musiciens du quinzième siècle dans l'ouvrage de M. J -B. I.abat, organiste de la caihédrale de Monlauban, intitulé : Éludes philosophiques et morales sur l'histoire de la musique, Paris, 1862, t. I. — Kgide Binchois était attaciié à la chapelle des ducs d • Bourgogne. Une me.-se à trois voix de sa composition a élé récemment trouvée à Bruxelles par M. Fétis{p. 306). Un autre compositeur du même temps, Guillaume Dufav, a laissé des œuvres dont l'Iiarmonie est assez correcte el qui pourraient encore être entendues avec plaisir (p. 201). Il rér^ulte d'un compte relatif aux obsèques di^ Charles VII que la chapelle de ce prince se composait de cinq personnes, à la tête desquelles figurait Jean Ockeghen, qui inventa le Canon, et que ses contemporains eux-mêmes appelèrent le prince des musiriens (p. 264). Mais le grand compositeur du quinzième siècle fut Josquin des Prés, né vers 1 450, el dont un juge des plus compétents, M. Fétis. a apprécié les œuvres de la manière suivante : « .. . Les formes de sa mélodie sont entièrement neuves, et il a eu l'art d'y jeter une variété prodigieuse. L'artitice de l'enchaînement des parties, des repos, des rentrées, est chez lui plus élégant, plus spirituel que chez les autres compositeurs... Il avait compris la puissance de certains changements de tons, el il a quelquefois employé de la manière la plus lieureuse le passage, à la seconde mineure supérieure du ton principal, sorte de modulation qui, appliquée à la tonalité moderne, a été reproduite avec un grand succès, par Rossini et quelques autres compositeurs de l'époque actuelle... Josquin des Prés conserva son influence plus longtemps qu'aucun aulre, car elle commença à se faire sentir vers 1486, et ne cessa qu'après que Palestrina eut perfectionné toutes les formes de l'art, c'esl-à-dire plus de soixantedix ans après. » ( Biographie des musiciens, par M. Fétis, citée par M. Labat, ubi supra, p. 2T4.)