AVANT LA RENAISSANCE
remarquables percèrent enfin les ténèbres des temps féodaux. A mesure que la nation se constituait, que la classe moyenne s'organisait, que les communes étaient rendues à la liberté, la langue se formait ^Villehardouin, Joinville, Froissart, servirent tour à tour de modèles. En même temps, les chansons de geste et les romans de chevalerie charmaient les imaginations, contribuaient à l'adoucissement des mœurs, et fixaient peu à peu la langue, à laquelle les masses seules avaient travaillé jusqu'aloi's. Déjà, dès le douzième siècle, les romans, écrits en langue française, se complaisaient dans les descriptions les plus raffinées. Le portrait suivant de la belle Yseult, extrait du célèbre roman de Tristan^ par Luce de Gast, mérité d'être cité:
« Ses biaus cheviaus resplendissent corne fil d'or. Ses frons sormonte la fleur de lys ; ses sourchis sont ploies comme petits archonciaus, et une petite voie de lait dessoivre (sépare) parmi la ligne dou nez, et est si par mesure qu'il n'i a né plus né moins. Ses iex sormontent toutes esmeraudes, reluisant en son front come deux esloiles. Sa face ensuit la biauté du matinet, car il li est vermel et blanc ensemble, en tèle manière que l'une né l'autre ne resplendissent malement. Ses lèvres auques (quelque peu) espessètes et ardans de hèle color, et les dans plus blans que parles; et sont establis par ordène et par mesure. Mais ne partère, ne espice nule ne puent estres comparés à la très-douce aleine de sa bouche. Li menton est assès plus poli que n'est marbres. Lait done color à son col et resplendit sur sa gorge. De ses droites espollesdecendent deux bras graisles et Ions et longues mains où la char est tendre
. * Il faut voir sur ce sujet les beaux travaux de M. Littré, nofammenl sa remarquable Histoire de la langue française, 2 vol. în-8 (1863),^