‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 23 sur 359 · XXX- PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXX- PRÉFACE

ques Cœur. Le jugement qu'il en a porté mérite d'être reproduit*.

« Le nom de Montpellier, le commerce de Languedoc ne me permettent pas de garder le silence sur l'illustre et malheureux Jacques Cœur, que la France a droit de mettre en parallèle avec tout ce que Gênes et Venise ont de commerçants habiles et opulents.

« Doué de ce discernement qui fait apprécier les hommes et les événements, de ce coup d'oeil sûr et rapide qui voit et juge les chances du commerce dans les différentes places, de cette force de volonté qui marche à son but sans se détourner, de cette heureuse assurance qui saisit le moment où il faut commencer, celui où il faut s'arrêter à propos dans les entreprises et les spéculations, Jacques Cœur avait vu le ralentissement qu'éprouvait le commerce dans le port de Marseille, par suite des guerres malheureuses de la maison d'Anjou pour recouvrer le royaume de Naples.

« Le moment lui parut favorable pour augmenter l'importance de Montpellier; il en fit le centre de ses opérations. Elles furent calculées et exécutées avec lant de prudence et de sagesse, que toutes furent couronnées de succès ; les profils qui résultèrent des premières expéditions lui procurèrent le moyen d'en augmenter le nombre; en peu de temps, il fut en état d'armer et d'entretenir dix ou douze navires* qui trafiquaient sans discontinuation en Egypte et au Levant. On assure que sa fortune commerciale fut portée à un point tel que, seul, il fit, pendant vingt ans, plus d'affaires que les plus célèbres commerçants d'Italie, dont il excita la jalousie... »

J'ai dit plus haut comment MM. Michelet et Henri Martin avaient Jugé Jacques Cœur. Un autre historien moderne, M. Théophile Lavaliée, dit que Charles VII témoigna l'in-

* Collection des lois maritimes; introduction, 3^ partie, p. cix.

* Des pièces officielles de son procès constatent que Jacques Cœur n'avait jamais eu plus de sept navires.

PRÉFACE. xvit

gratitude la plus odieuse contre son argentier. « Des cour" tisans déhontés, ajoute-t-il, mirent à profit l'insouciance et Tégoîsme du roi pour commettre d'abominables iniquités. La plus grande fut la condamnation de Jacques Cœur^. » Enfin, deux autres écrivains, le baron Trouvé'^ et M. Louis RaynaP, ont récemment écrit, avec plus de détails qu'on ne l'avait fait jusqu'ici, la biographie de Jacques Cœur, et tous deux ont vu dans sa disgrâce, comme la plupart des chroniqueurs et des historiens, le résultat d'une intrigue de cour contre un marchand enrichi par de grandes et fécondes spéculations *.

1 Histoire des Français, depuis le temps des Gardois jusqu'en 1830 ; 7* édition, l. 1, p. 417.

2 Jacques Cœm\ commerçant, maître des monnaies, argentier du roi Charles II, et néifociateur ; 1 vol. in-8 ; Paris, 1840.

9 Histoire du Berrij, depuis les temps les plus anciens jusqu'en 1789 ; f. m, p. 51 à 96.

* Un volume spécialement consacré à Jacques Coeur a été publié en Angleterre, il y a quelques années, sous ce litre : « Jacques Cœur, ilie french argonaut, and his limes, » by Louisa Stuart Costello. (London, Richard Bentley, 1847. 1 vol. in-8 de 433 pages, avec un portrait de Jacques Cœur.)

Adoptant l'opinion du baron Trouvé, à l'ouvrage duquel elle a fait, ainsi qu'aux deux Mémoires de Bonamy, des emprunts considérables, l'auteur voit dans son personnage, qu'elle appelle le Médicis de Bourges, d'une part, le fondateur des relations commerciales de la France avec le Levant, d'autre part, une victime de l'envie et de la trahison. « Jacques Cœur, dit-elle dans son introduction, était un des plus remarquables personnages de son temps. C'est avec raison qu'on l'a, à cause de sa richesse et de ses spéculations, appelé le Rothschild du quinzième siècle. Le roi de France lui dut» en grande partie, de rentrer dans la possession de son royaume, et c'est de lui que date l'importance commerciale de la France. » L'ouvrage de miss Costello ne contient, d'ailleurs, en ce qui concerne Jacques Cœur lui-même, aucun fait nouveau.

Un autre écrivain anglais, M. Johnes, qui a publié une édition anglaise du curieux voyage dans le Levant, de Bertrandon de la Broc-

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