‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 247 sur 359 · AU SUJET D'AGNÈS SOREL ET DE CHARLES VII · texte numérisé non relu

AU SUJET D'AGNÈS SOREL ET DE CHARLES VII

« et quittant sa chasse et ses jardins, prit le frein aux dents, « si bien que, par son bonheur et vaillance, chassa les Ance glois de son royaume ^. »

Ce récit d'un écrivain qui vivait environ un siècle après l'événement '^j ne repose par malheur sur aucune donnée authentique. Nul chroniqueur du temps, ni même du siècle suivant, ne parle, en effet, de l'influence heureuse attribuée depuis à la maîtresse de Charles VII. L'histoire apprend, au contraire, que ce prince n'eut pas seulement quelques accès de courage, et qu'il partagea, dans un grand nombre de sièges, les dangers de ses compagnons d'armes. Naturellement pacifique, il lutta toute sa vie contre ses goûts, car il fit la guerre pendant trente ans. Mais le quatrain de François I" et le conte de Brantôme sont depuis trois cents ans dans toutes les mémoires ; ils ont, d'ailleurs, un côté poétique par lequel les romanciers, les peintres, la plupart des historiens eux-mêmes ont été séduits, et pendant des siècles encore, toujours peut-être, on répétera que c'est grâce aux mâles inspirations et aux nobles reproches d'Agnès Sorel que Charles VII sortit de sa torpeur pour délivrer la France des Anglais.

La date de la naissance de la favorite est incertaine; on

' Brantôme, Vies des dames galantes, discours VI. — On trouve dans une Histoire des favorites^ imprimée sous la rubrique, Constantinople, cette année précédente, et attribuée à mademoiselle de La Rocheguiilon, une sorte de notice sur Agnès Sorel ; c'est un véritable roman où l'imagination de l'auteur joue le plus grand rôle. — L'Essai critique sur l'histoire de Charles VIl^ d'Agnès Sorelle et de Jeanne d'Arc, par Delort, renferme sur Agnès Sorel et Clarles VU un très-petit nombre d'indications, qui sont d'ailleurs sans importance historique. 11 existe également un volume inlilulé : Chinon et Agnès Sorel^ par M. Cohen; mais les faits y sont présentés d'une manière tout à fait romanesque.

* Brantôme était né en 1527 ; il mourut en 1614.

23â ISABEAU DE LORRAINE.

suppose toutefois qu'elle vint au monde en 1409. Son père, Jean Soreau, écuyer, seigneur de Saint-Géran et de Coudun , et sa mère , Catherine de Maignelais , habitaient le village de Fromenteau, près de Loches, en Touraine. Entrée de bonne heure au service d'Isabeau de Lorraine, femme de René d'Anjou, Agnès Sorel était encore attachée à cette princesse en 1444 et recevait, à ce titre, vingt livres par an, alors que deux autres dames d'honneur, Marie de Maillé et madame de Manonville, damoiselle de Beauveau, en recevaient cent vingt ^. Des historiens ont raconté qu'Isabeau de Lorraine, dans un voyage fait à la cour de France en 1431, y avait amené Agnès Sorel, dont Charles VII s'était épris au point qu'il ne l'avait plus quittée depuis '. Or, Isabeau de Lorraine ne vint pas à la cour de France avant 1444*, et les relations entre Charles VII et Agnès Sorel avaient commencé bien longtemps avant cette dernière époque. Des lettres de donation de ce prince et de Louis XI constatent que, sur quatre des filles de Charles VII et d'Agnès Sorel, la première naquit vers 1434, et la seconde environ deux ans plus tard *. Agnès Sorel figura donc dans la maison d'Isabeau de Lorraine bien des années après être devenue la maîtresse de Charles VII. Vers 1444, un peu avant peut-être, celui-ci cédant sans doute à

1 Garjes des dames et officiers de Vhostel de la Reyne de Sicille. Isabelle de Lorraine^ femme de Reité d'Anjou, Roy de Sicille, pour six mois, finis en juillet 144 4. — Bibliothèque de l'École des Chartes, 3« série, t. 1, p. 297 et suiv. : Recherches historiques sur Agnès Sorel, par M. Vallet de Viriville.

* Ordonnances des rois de France, t. Xlll, préface, p. XJI.

' Œuvres du roy René, publiées par M. le comte de Quatre-Barbes, t. I, p. Lxvii, citées par M. Leroux de Lincy, Femmes célèbres de l'ancienne France, Agnès Sorel, t. I, p 436.

♦ M. Vallet de Viriville, loc. cit., p. 475 et suiv.

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