‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 248 sur 359 · AGNÈS MAITRESSE EN TITRE DU ROI · texte numérisé non relu

AGNÈS MAITRESSE EN TITRE DU ROI

de longues obsessions, lui permit de s'établir à sa cour. L'empire de l'babitude l'emportait. Le voile qui avait, pendant plus de dix ans , enveloppé leur intimité tomba complètement. Aux mystérieuses et discrètes amours de la jeunesse avaient succédé les passions moins contenues de l'âge mûr. Agnès Sorel devint la maîtresse en titre du roi. Fière du triomphe qu'elle venait d'obtenir, elle ne négligea rien pour le rendre aussi public que possible. En peu de temps, grâce à l'éclat de sa maison, au luxe et aux hardiesses de sa toilette, à la hauteur de ses manières envers la reine, le scandale fut aussi grand qu'il pouvait l'être. Le changement qui s'opéra dès lors dans les mœurs de Charles VII a été signalé par la plupart des chroniqueurs contemporains.

« Iceluy roy Charles, a dit l'un d'eux, ains (avant) qu'il eust paix au duc de Bourgoigne, menoit moult saincte vie et disoit ses heures canonniaulx ; mais depuis la paix faite au dit duc, jà-soit ce qu'il continuast au service de Dieu, il s'accointa d'une josne femme, venue de petit lieu d'envers Thours, nommée Agnès, laquelle feust depuis appelée la belle Agnès; laquelle belle Agnès menoit plus grand estât que la royne de France. Et se tenoit peu ou néant la dite royne Marie avec le dict Roy Charles, combien qu'elle feust moult bonne et très-humble dame ; et, comme on disoit, moult estoit saincte femme. Icelle belle Agnès estoit, sy comme on disoit, une des belles femmes du royaulme *... »

' Mémoires de Jacques Du Clercq, p. 17 5. — Jacques Du Clercq, écrivain bourguignon, est, dit-on, assez peu bienveillant à l'égard de Charles Vil, et 11 en sérail de même de Georges Chastelain, d'Olivier de la Marche, de Monslrelet et de l'auteur du Journal d'un bourgeois de Paris, que nous allons citer. Sans défendre, sur tous les points, l'imparlialité de ces chroniqueurs, je montrerai que l'appréciation qu'ils

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Les témoignages de la faveur dont jouissait Agnès Son! ne se firent pas attendre. La couronne possédait, dans le? environs de Paris, sur la rivière de la Marne, un joli château, appelé Benulté; Charles VII en fit donation à sa maîtresse. — «Afin qu'elle eust aucun tiltre, a dit un historien du temps, le Roy lui donna, sa vie durant, la place et chastel deBeaulté, près le bois de Vincennes ^. » — «Et, comme entre les belles, observe un autre historien, elle estoit tenue la plus belle, elle fut appelée madamoysellede Beaulté, tant pour ceste cause, comme pour ce que le Roy luy avoil donné le chastel de Beauté-lez-Paris *. » Dans les années qui suivirent, Charles VII donna également à Agnès Sorel la châtellenie de la Roquecesière en Rouergue, une terre à Issoudun, une autre terre à Vernon-sur-Seine, la seigneurie d'Anneville, située sur la Seine, à peu de distance de l'abbaye de Jumiéges. Enfin, d'anciens registres de la chambre des comptes constatent en ces termes un don fait à Agnès Sorel : « A madame de Beaulté, baillé 3,000 livres « que le Roy lui a ordonnées pour sa pension de l'an mil a CCCC, XLVII '. »

font de la conduite privée de Charles VII est complètement conforme à ce qu'en disent les chroniqueurs et les anciens historiens français.

1 Chroniques et annales de France, par Nicolle Gilles, secrétaire du roy; Paris. 1513 ; citt^es par M. Vallet de Viriville, ubi supra, p. 312.

* Chronique de Monstrelet, etc., ubi supra.

3 M. Vallet de Viriville, loc. cit., p. 312 et suiv. — On a deux reçus d'Agnès Sorel des revenus de sa terre de la Roquecesière, qui lui rapportait près de 300 livres. Voici l'un de ces reçus :

« Nous Agnès Sorelle, dame de Beaulté et de Roquecesière, confessons avoir eu et réaniment reçeu de maistre Jean le Tainlurier, notaire et secrétaire du Roynostre Sire et son trésorier de Rouergue, la somme de deux cens soixante-quinze livres tournois, sur ce qu'il nous puet et pourra devoir à cause de la recepte de la revenue dudit Roquecesière, de la quelle somme de ij<= lxxv* t. sommes contente et en quittons ledit trésorier et voulons estre tenu quicte partout où il appartiendra.

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