INIMITIÉ UU DAUPHIN
Cependant, ces marques si publiques de l'attachement de Charles VII pour Agnès Sorel avaient de nouveau jeté le trouble dans la famille royale depuis longtemps divisée par les démêlés du dauphin avec son père. Le dauphin avait, dit-on, témoigné de tout temps à Marie d'Anjou, sa mère, une affection sincère, en reconnaissance des soins particuliers qu'elle avait eus pour son enfance. On a, il est vrai, la preuve qu'il donna, vers 1444, à Agnès Sorel, diverses tapisseries rapportées d'une expédition contre le comte d'Armagnac ^. Mais cette bonne entente n'avait pas été de longue durée, et des scènes violentes y avaient succédé. Un jour, outré de colère à cause de quelques propos qu'elle avait tenus contre la reine, le dauphin aurait frappé la favorite. Quant à Marie d'Anjou, malgré sa résignation et sa douceur, elle ne pouvait supporter les airs triomphants et le luxe d'Agnès. Ces discussions préoccupèrent vivement Charles Vil. « Alors, dit un annaliste du règne suivant, parce que l'on voyoit que le Roy estoit fort pensif et peu joyeulx, et qu'il estoit expédient de l'esjouir, parla délibération du Conseil^ fust dict à la Royne qu'il estoit expédient que le dict seigneur fit bonne chière à la dicte damoiselle (Agnès Sorel), et qu'elle (la reine] ne montrast aucun semblant d'en estre mal contente, ce que la femme fist et dissimula, combien qu'il luy grevast beaucoup*. »
En tesmoing de ce, nous avons sign^ ceste présente quiclance de nostre seing manuel el icelle fait escrire et signer par Pierre d'Ard-iine, notaire royal en la seneschau>sée de Rouergue, le xxiij* jour d'avril, l'an mil cccc quarante-huit ; Agnès. P. d'Ardaine.
' Lettre de Louis XI, alors dauphin, du 8 juillet 1442, concernant certaines tapisseries prises par lui au château de l'Isle- Jourdain, sur le comte d'Armagnac, et pnr lui offertes à Agnès Sorel. (M. Vallet de Viriville, loc. cit., p. 307.)
• Les chroniques et annales de France, par Nicole Gilles, années 1445.