‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 250 sur 359 · LA DUCHESSE DE BOURGOGNE ET LA REINE · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE BOURGOGNE ET LA REINE

Au plus fort de ses chagrins domestiques, Marie d'Anjou reçut la visite de la duchesse de Bourgogne. Celle-ci reprochait, non sans raison, à son mari, les mêmes désordres dont Charles YII ménageait si peu le spectacle à la reine. Les deux princesses confondirent leurs douleurs et se lièrent de grande amitié. Le chroniqueur bourguignon qui raconte ces détails ajoute, en ce qui concerne Marie d'Anjou, qu'elle avait bien raison de se plaindre. « Le Roy, ajoute-t-il, avoit nouvellement élevé une pauvre damoiselle, gentil femme, nommée Agnès du Soret, et mis en tel triomphe et tel pouvoir que son estât estoit à comparer aux grandes princesses du royaume : et certes, c'estoit une des plus belles femmes que je vey oncques, et fit, en sa qualité, beaucoup de bien au royaume de France; elle avançait devers le Roy ieunes gens d'armes et gentils compaignons dont le Roy fut depuis bien servy^. » i

Des accusations plus formelles furent dirigées contre' Agnès Sorel, et elles ont trouvé un écho dans les œuvres d'un évêque français contemporain. A la vérité, Thomas Basinj écrivit dans l'exil. Suivant lui, Charles VII et sa maîtresse se' trahissaient réciproquement^. De leur côté, les chroniqueurs bourguignons sont unanimes pour blâmer le scandale qu'il causait. Comparant la situation de la reine avec celle d'Agnès Sorel, l'un d'eux dit que la dernière « avoit son quartier de maison à l'ostel du Roy, mieux ordonné et appointé que

* Olivier de La Marche, collection du Panthéon littéraire, p. 40C et 407.

* « Unde tempore treugarum (au temps des trêves avec l'Angleterre, correspondant ù l'année 1444), habuit in deliiiis unam precipuam satis formomm iinilierculam quiitn vulgo pulchram Âgnetem appellabani. Nect eam quippe solatn, nec \vsk egm solcm, sed cum ipsa eliam satis co-\ piosimi greyem miitiercularum, onini vanitatis generi dedilanim. » (Tho-; ma» Basin; lib. V, cap. xxii.) i

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