AGNÈS ACCUSÉE D'INFIDÉLITÉ
celuy de la Reyne, plus beaux parements de lit, meilleure tapisserie, meilleur linge et couvertures, meilleure vaisselle, meilleures bagues et joyaulx, meilleure cuisine et meilleur tout. » Il ajoute que les seigneurs et le roi faisaient assidûment leur cour à la favorite, qu'elle avait des robes plus longues et plus coûteuses que les princesses du royaume, qu'elle passait sa vie à inventer des habillements ruineux, et qu'elle portait les épaules et la gorge découvertes ^. Enfin, le chroniqueur bourguignon, dont la paix d'Arras elle-même et le rétablissement de l'ordre dans le l'oyaume n'avaient pas calmé les rancunes, rend compte comme il suit d'une visite d'Agnès Sorel aux Parisiens.
» « La darraine sepmaine d'avril 1448 vint à Paris une damoiselle, laquelle on disoit estre aimée publiquement du Roy de France, sans foi et sans loi, et sans vérité à la bonne Royne qu'il avoit espousée; et bien y apparoisl qu'elle menoit aussi grand estât comme une comtesse ou duchesse; et alloit et venoit bien souvent avecques la
' Chroniques de Georges Chascelain, collection du Panthéon littéraire, p. 265. — La vérité est que le seul portrait du temps que l'on ait d'Agnès Sorel la montre avec une moitié de la gorge entièrement nue. C'est dans ce portrait, dont j'ai parlé dans le chapitre précédent et qui avait été offert en 1450 à l'tgiise Nciiv-Dame de Melun par Etienne Chevalier, conseiller du roi, qu'Agiiivs Sorel est représentée en vierge, entourée d'anges et d'enCants. D'après Sauvai et Dreux du Radier, Etienne Chevalier aurait été l'un des amants d'Agnès Sorel; mais les présomptions sur lesquelles ils se fondeut n'ont aucune portée, et le tableau même dont il s'agit prouve le contraire de leur assertion.
Le dessin de ce tableau se trouve 1° dans un opuscule publié par M. Eugène Grésy et intitulé ; Becherches sur les sépultures récemment découvertes en l'église Notre-Dame de Melun, suivies d'une dissertation sur les prétendues amours d'Agnès Sorel et d'Etienne Chevalier, Meliinois; Melun, 1845 ; 2° dans Le moyen ûrje et la rewaissa/jce, en chromolithographie, d'après une copie fournie par M. Vallet de Viriville, On a vu que l'original appartient à M, Brentano, de Francfort,