UN HISTORIOGRAPHE DANS L'EMBARRAS
calomnieux devaient être attribués à la méchanceté du peuple « plus enclin, dit-il, aujourd'huy à penser et dire mal que bien. » L'historiographe du roi reconnaissait d'ailleurs que, depuis qu'elle était au service de la reine, « Agnès Sorel avoit eu toutes sortes de plaisances mondaines et tous les passe-temps et joyes du monde, c'est à savoir de porter grands et excessifs atours de robes, fourrures, colliers d'or et de pierreries, et avoir eu tous ses autres plaisirs et désirs, comme estant jeune et jolie. Quant à Charles VII, pendant les cinq ans que ladite damoiselle demeura avec la Reyne, oncques ne délaissa de coucher avec sa femme, dont il a eu quantité de beaux enfans. Mesmes que c'estoit souvent contre sa volonté que la dite Agnès portoit si grand estât, mais pour ce que c'estoit le bon plaisir d'icelle Reyne, il temporisoit au mieux qu'il pouvoit, combien qu'il connoissoit et apercevoit bien que la chose luy redondoit et tournoit à opprobre. Et dirent eu outre les interrogez sur cette matière, que quand le Roy alloit voir les dames et damoiselles, mesmement en l'absence de la Reyne, ou qu'icelle Agnès le venoit voir, il y avoit toujours grande quantité de gens présens qui oncques ne la virent toucher par le Roy au dessous du menton, mais s'en retournoit après les esbatements licites et honestes faits, comme à Roy appartient, chacun en son logis, par chacun soir, et pareillement ladite Agnès au sien; et que l'amour que le Roy avoit en son endroit, comme chacun disoit, estoit pour les folies de jeunesse, esbatemens, joyeusetés avec langage honneste et bien joly qui estoit en elle, et aussy qu'entre les belles, c'estoit la plus jeune et la plus belle du monde; car pour telle estoit-elle tenue. »
Satisfait de ces explications, le bon religieux de Saint- Denis veut bien convenir qu'Agnès Sorel eut une fille