‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 260 sur 359 · LUXE DES FEMMES AU QUINZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LUXE DES FEMMES AU QUINZIÈME SIÈCLE

du temps constate « que , de toutes les nations de la terre habitable, il n'y en avoit point de si difformée, variable, outrageuse, excessive, inconstante en vestemens et habits que la nation françoise, et que, par le moyen des habits, on ne cognoissoit Testât et vacation des gens, soit princes, nobles hommes, bourgeois, marchands ou gens de mestier, parce qu'on toléroit à un chascun se vestir et habiller à son plaisir, fust homme ou femme, soit de drap d'or ou d'argent, de soye ou de laine ^ » La toilette excessive des femmes avait évidemment provoqué l'anathème lancé contre le luxe et l'inconstance des modes. Cependant les dentelles n'avaient pas encore pénétré en France. Les plus grandes dames portaient des chemises de serge, et un inventaire d'objets ayant appartenu à la reine Marie d'Anjou constate qu'elle en avait deux de toile^. Mais les draps d'or ou de soie, les tapisseries, les bijoux, suffisaient pour ruiner les familles. On a vu, par le récit d'un chroniqueur bourguignon, le luxe d'Agnès Sorel dans ses ornements de lit, ses tapisseries, son linge, sa vaisselle, ses bagues et joyaux, sa cuisine. Une innovation importante lui était réservée. L'art de tailler les diamants, qu'on employait d'ailleurs pour orner les couronnes des rois et les reliquaires, mais bruts et à peine dégrossis, n'était pas en-

^ Ordonnance citée par Leber, Essai sur la fortune privée au moyen âge, p. 597.

* Art de vérifier les dates, édition Saint-Allais, t. VI, p. 400. — On voit pourtant dans l'inventaire des joyaux d'or et d'argent de Philippe le Bon, du duc de Bourgogne, inventaire daté de Dijon le 12 juillet 14 20, qu'il y avait dans une chambre deux paires de draps de lit, l'une de fine toile de Rains, l'antie de bonne toile bourgeoise. L'inventaire mentionne, en outre, une pièce entière de (iue toile de lin, faicte à Troyes, et des nappes neuves, de Venvre de Damas, ainsi que onze grosses serviettes de chanvre, appelées clianveraz. (M. le comte de La* borde, les ducs de Bounjogne, Preuves, t. 11, p. 258.)

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