TENTATIVES DU CLERGÉ
s'appesantissaient à la fois sur cette famille qui était, la veille encore, pour tant de gens, un objet d'envie et la personnification même du bonheur.
Cependant, le jour approchait où l'arrêt devait être rendu. Le 26 mai, l'évêque de Poitiers tenta un nouvel effort; il envoya ses vicaires à Lusignan auprès des commissaires pour réclamer, au nom de l'Église, la personne de Jacques Cœur, attendu qu'il était clerc solu. C'était le nom dooné à des hommes qui n'avaient pas été mariés, ou qui avaient perdu leur femme ^. On répondit que Jacques Cœur ne devait pas être et ne serait pas rendu. L'évêque protesta et demanda acte de son appel; il ne fut pas écouté ^. Enfin, la veille de l'arrêt, l'archevêque de Bourges se transporta, accompagné d'un notaire, chez un garde du sceau royal à Poitiers , pour formuler d'avance un acte d'appel oii il exposa que «puis n'a guères il estoit venu à sa notice et cognoissance que certains hayueux et malveillans
* Bonamy, l'-"'' Mémoire, «ofe. — La législation concernant les clercs donnait lieu à de nombreux coiiflils. A la vérité, un mandement de Philippe-Auguste, sans date, au maire de Sens et aux autres maires et communes, portait que « si (4Uolqu'un esloit arresté sans estre connu pour clerc, et si ensuite l'Église le revendiquoil comme clerc, il lui seroit rendu. {Ordonnances des rois de France, t. I, p. 4 3.) Mais celte législation avait depuis été modiDée. Voici en effet ce qu'on lit dans un livre écrit au commencement du quinzième siècle, La Somme rural, ou le grand cousiumier yeneral de praciique, civil et canon : a Des clercs MARIEZ. « La d 'crétaie dit que clerc marié jà fnsi ce qu'il eust habit et tonsure, s'il s'enlremelloil de choses laves, comme de marchandises laves, d'office lay, si ne d-vroit-il en ce cas, ni es pourchas qui pour ce se font, jouir de privillége de clergie; mais dolient eslre par le juge lay à ce contrains et menez comme lays, taillez à taille et esécution, et à tous subsides comme pour lay. " (Liv. il, titre VIL) — D'après ces dispositions, c'est avec juste raison que la juridiction civile n'aurait pas voulu se dessaisir du procès de Jacques Cœur en faveur des tribunaux ecclésiastiques.
2 Procès, etc., p. 563.