XXXVIII PRÉFACE
fit du développement du commerce le principal objet de se* méditations et de ses travaux? Singuliers et douloureux rapprochements! Dans la première partie du quinzième siècle, une jeune femme, profondément frappée des malheurs de la patrie, croit à une mission divine, se bat comme un héros, est abandonnée par le roi qu'elle a fait sacrer, et meurt sur un bûcher, victime du fanatisme de quelques docteurs français, autant que de la haine et des rancunes de l'Angleterre. Yingt ans après, un homme, que de grandes spéculations commerciales ont fait puissamment riche, a cet insigne bonheur, au milieu de la lassitude générale, dans le sommeil du sentiment national, de prêter au roi l'argent nécessaire pour hâter l'affranchissement du royaume. Presque aussitôt après, des essaims de courtisans, la plupart ses débiteurs , lui attribuent des crimes absurdes, se font remettre leurs dettes, se partagent ses biens, le jugent euxmêmes, se contentant d'ailleurs, grâce à l'intervention du pape, de le jeter au fond d'un cachot.
Deux siècles plus tard, un grand ministre, je l'ai nommé tout à l'heure, meurt, à la veille peut-être d'une disgrâce, après avoir, par un labeur de vingt ans, restauré les finances, créé la marine, attaché son nom à cent réformes et animé de son souffle puissant toutes les parties de l'administration. Le plus profond chagrin qu'il eût ressenti fut d'avoir été traversé dans ses vues par les idées belliqueuses de Louis XIV et de n'avoir pu donner au peuple, qu'il aimait sincèrement, le bien-être rêvé pour lui. Voyez pourtant les obsèques de ce ministre, dont, malgré les passions déchaînées, le nom grandira d'âge en âge. Une populace en démence, celle de Paris dans ses mauvais jours, lance des pierres sur le cercueil de Colbert, et elle le mettrait en pièces, si des mousquetaire? aux rangs pressés ne la tenaient à distance.