DE JACQUES COEUR
ment ])aillé advis et que l'on me bailleroit poulilres de réalgar et d'arceney [arsenic), en du vin, lequel hier, aiant failly à desseing au souper, me en a-t-on apporté ung gobelet auquel cstoient les dictes pouldres, lequel ay fainl boire, ains l'ay pu gecter, et depuis me faint mallade en langueur, pour ce que dedans six jours en debvois mourir, et ne est plus possible que dure tèle faintise plus que les dits cinq jours, après quoi me occiront par force, se voyent tel malsuccès de la dicte traytrise. Et pour Dieu, chier fils, hastez-vous me venir en ayde ou ne me troverès vivant. Et tient encore G. D. V. ^ mes deniers -|- | J-z'^ que adcertc [certainement) vous remettra pour ceste entreprinse de salut, et ny espargnés rien; faistes en toute haste. Pour moy me demore suffisance d'argent pour nécessités; si est du dedans des joyaux que avois en ma seinture, que ledict bon frère me a faict porter en [un mot illisible). Et pour Dieu, chier fils, ne me lairrez succomber pour tant que vous suis obier et faictes tôt régal à ce bon frère auquel ayès toute foy, comme proprement avés à vostrepouvrebon maistre et père,
Le cri de détresse du prisonnier fut entendu. Celui à qui cette poignante lettre était adressée, Jean de Village, n'était pas seulement le neveu de Jacques Cœur, il lui devait aussi sa fortune. Il n'hésita pas à tout risquer pour le sauver. On sait que le Rhône sépare Beaucaire de Tarascon. Jean de Village se rendit dans cette dernière ville, descendit dans un couvent de Cordeliers, et, par l'entremise de l'un d'eux, se mit en rapport avec Jacques Cœur, auquel il fît
* Guillaume de Varye, le principal associé de Jacques Cœur.
* Ces signes indiquaient une somme en langage convenu, sans doute, entre Jacques Cœur et ses associés.