‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 307 sur 359 · LETTRE DE TALBOT · texte numérisé non relu

LETTRE DE TALBOT

Bordeaux s'agita et presque aussitôt la ville lui ouvrit ses portes. Ceux qui voulaient rester fidèles au roi de France n'eurent pas le temps de se retirer, et demeurèrent prisonniers. Charles VII était alors dans le Forez, préoccupé de nouveaux embarras que lui suscitait le dauphin. Il se hâta de conclure un arrangement et ae porta en toute hâte sur la Guienne; mais l'hiver était arrivé, et les opérations furent suspendues. L'année suivante, les deux partis se trouvèrent encore une fois aux prises. Cependant, la position devenait de jour en jour plus critique pour Talbot, car les populations des campagnes, sans l'appui desquelles la lutte qu'il soutenait ne pouvait être de longue durée, se montraient peu sûres. Cette circonstance importante est attestée par la lettre suivante qu'il adressa au châtelain de La Motte-Seurin, en Saintonge.

« Chastelain de La Mothe, ung vigneron que l'en dit Fabre, du bourg de La Haye, se est venu conplaindre devers moy que, en une chevauchée des genz de votre forteresce, il a perdu son charroy et beufz avec lesquels menoit une queue de vin et ne s'en est escbappé qu'à grant poyne, ayant eu grant menasses d'estre rigoureusement traictié, et mesmement d'estre enprisoner, et a esté rançoné à la some de mj pièces d'or, et sa dicte queue de vin a esté prinse et pillée par vos dictes genz en la dicte course, de quoy le dit Fabre est bien dolent, et en suis-je mesmement aussi desplaisant; car n'est tant seur le i^aïs que le faille ainsi moUester et travailler chascun jour, et n'est toutes voyes profit de recogner ceulz qui nous puevent pourveolr des municion et vivres nécessaires. Et veux bien prier de vous donner de garde que encores en soit fait autres plaintes de semblables cas, sur tant que ne voulez encorir mon

308 JOURNÉE DE CASTÎLLON.

desplaisir, Escript de Xaintes, ce xxiii® jour de may Talbot ^ »

Ces sages recommandations, témoignage irrécusable de la vigilance et de la prudence de Talbot, n'eurent pas, heureusement pour la France, les résultats qu'il souhaitait. Le 17 juillet suivant, la journée de Castillon, où les Anglais perdirent plus de quatre mille hommes, et où Talbot luimême fut tué, décida du sort de la campagne. Après un siège de près de deux mois, Bordeaux proposa de se rendre, sous conditions. Le grand maître de l'artillerie offrait, dit-on, au roi de réduire la ville en cendres, si elle ne voulait pas

* L'authenticité de cette lettre, si intéressante pour l'histoire, ayant été contestée, le baron de ïrémont, à qui elle appartenait, consulta M. A. Teulet, archiviste paléographe de l'école des Chartes, qui, api es avoir comparé la signature de la lettre de Talbot à celle apposée par le même personnage sur une pièce conservée à la Bibliothèque du Roy, et qui a été reproduite dans Vlsograpliie*, reconnut entre les deux signatures une conformité parfaite.

« Pour attaquer rauthenticité de celte pièce, dit M. Teulet, on a prélendii qu'il est fort extraordinaire qu'un général en chef ail pris la peine d'écrire lui-même pour un objet d'aussi mince importance, el, déplus, on a avancé, on a osé imprimer que celte pièce était impossible, parce que Talbot ne savait pas le français.

« On peut répondre que l'affaire pour laquelle cette lettre a été écrite

* Isographie des hommes célèbres, collection de fac-similé, de lettres autographes, de signatures, etc., par I\1M. Bérard , Châleaugiron , Ductiesne , etc. 4 vol. in-4. — Quelque soin qu'aieut pris les auteurs de V Isngraphie pour ne donner que des fac-similé de pièces authentiques, je suis obligé de constater que celui qu'ils ont reproduit de Jacques Cœur ne ressemble eu rien à son écriture. La signature attribuée par l'isographie à Jacques Cœur l'argentier, d'après un autographe qui faisait partie d'une collcclion particulière, n'est évidemment pas la sienne. C'était peut-être celle d'un pelit-fils de .Jacques Cœur, qui porta le même prénom queson grand-père, et qui mourut sans postérité. Ce qui rend cette supposition probable, c'est le texte reproduit par r7«0fïrap/»ie, texte ainsi conçu: Vostre trèshumble et obéissant serviteur, Jacques Cuer. Or, cette formule n'est jamais employée dans la première moitié du quinzième siècle. Du moins, je ne l'ai vue sur aucune des nombreuses pièces qui me sont passées sous tes yeux, et elle ue date, je crois, que du commeacemeat du seizième siècle.

Page 1