‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 310 sur 359 · NOMBREUSES RIVALES DE LA FAVORITE · texte numérisé non relu

NOMBREUSES RIVALES DE LA FAVORITE

cessa pas de suivre la cour. Or, à l'époque Qiême où cela se passait, l'adullèreétait puni des peines les plus sévères. Dans certaines provinces, l'homme et la femme surpris en flagrant délit étaient promenés nus par la ville, à moins qu'ils ne payassent ou que quelqu'un ne payât pour eux soixante sous au seigneur ou au bailli ^. Le mauvais exemple donné par le roi ne pouvait donc qu'affaiblir l'autorité de la loi et corrompre les mœurs. La dame de YiJlequier avait au surplus des rivales nombreuses. « Après la belle Agnès et ceste-là, raconte un chroniqueur, en venist sus une tiercbe qu'on appeloit madame la Régente, preude femme, toutes voies, ce disoit-on, de son corps. Et puis, pour la quatriesme mist sus une fille de pastissier, laquelle fust appe-

pria la dame de Genlis de la lui confier; mais celle-ci refusa, disant qu'elle ne pousoit ainsi disposer de cette entant sans la permission de son père. Elle la reconduisit chez ses parens. Ceux-ci, c'est-à-dire son oncle et son père, ayant eu connaissance du désir manifesté par la favorite, s'empressèrent d'y acquiescer. Jacques de Rebreuves, jeune et bel écujer, àaé de vingt-sept ans environ, mena sa sœur Blanche, qui n'éloil âgée que de dix-huit ans, à la cour du roi de France pour demeurer avec la dame de Villequier. Jacques fut engagé comme écuyer tranchant de cette dame. Blanche ne vouloit pas quitter .\rras; elle pleuroit beaucoup, et disoit qu'elle aimoil mieux demeurer, et manger toute sa vie du pain et boire de l'eau. Le père, riche mais avare, étoit bien aise de n'avoir plus à sa charge ses deux enfans.... Peu de temps après l'arrivée de Blanche à la cour, elle éloit aussi bien avec le roi que la dame de Villequier. »

1 Ordonnances des rois de France, t. XIV. — Coutumes et privilèges accordés à la ville de Clermont-Ferrand le 29 oclobre 1291, et confirmés par Charles Vil en mai 1452. Voici le texte : « Quicumque fueril in adullerio invenlus et le<jilime deprelunsus, dubet nudus cum adultéra niida discurri pcr viliam, nisi velinl soliere scxaçenta solidos Domino vel Bajulo. quo casn, vel altero solvcntc, non discurrentur et e.runl immtines. » .\ la vérité, si la femme était de mauvaise vie, el que l'homme ne fût pas marié, il pouvait, bien que la femme fùl mariée, se justifier en affirmant par serment qu'il ignorait qu'elle le fût.

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lée madame des Chaperons, pour ce qu'entre toutes aultres femmes du monde c'estoit elle qui mieux s'habilloit d'ung chaperon ^ » Les chroniqueurs étaient d'ailleurs bien loin de connaître toutes les femmes qui furent, plus ou moins longtemps, les maîtresses du roi. Un état de répartition d'une partie des aides de l'année 1454 révèle des dons nombreux et très-significatifs qu'ils ignoraient ^.

1 Mémoiresde Georges Chastelain, édUAu Panthéon littéraire, p. 255.

* Nous en citerons quelques-uns :

« A mademoiselle de Villequier, pour luy aider à entretenir son estât*, 2,000 liv.

a A elle, pour don, 260 liv. 10 8.

« A Marguerite de Salignae, damoiselle, pour don à elle faict par le Koy pour luy aider à avoir une chambre pour sa gésine **, 1 92 liv. 1 0 s,

« A Jehan , simple archer du corps , pour l'occasion de son mariage***, "00 liv.

« A madame de Monsoreau, pour don, 300 liv.»

Le même état de répartition contenait les allocations suivantes :

« A maistre Loys d'Angoule, astrologien, pour don, 68 liv. 1 s.

• A Colas le sourcier, pour don, 137 liv. 10 s.

« A la nourrice de monsieur le Dauphin ****, 100 liv.

« Au maistre d'escolle de monseigneur Charles, pour sa pension de la présente année, 300 liv.

« A luy, pour don, 100 liv.

« Au trésorier de la Royne, pour le payement des livres de monseigneur Charles, 200 liv.

« Pour les gaiges des chappelains du Roy, 3,004 liv. »

(Bibl. imp., Mss, Fonds de Bélhune, n» 8,442; États des aides ordonnezpour le faict de la guerre, etc.) L'état de répartition auquel j'em-

* La même somme lui avait été allouée en 145t, voiries femmes célèbres, etc., p. 441 , uote.

** Il s'agissait sans doute d'un accouchement clandestin.

*** Était-ce un don accordé à cause de la femme ou à cause du mari? 11 y a, dans Pétat de répartition, une autre somme de 1,000 livres pour le mariage des Escoz ( Écossais). Le don de 700 livres à un simple archer semblerait indiquer une faveur toute particulière.

**** Elle s'appelait Jeanne Pourponne. Sa pension était, en 1430, de 50 livret.

LES ENFANTS DE JACQUES COEUR. 3ia

Mais Charles VII ne se montrait pas seulement prodigue envers ses maîtresses. Le reproche qu'on lui a fait de n'avoir été généreux que pour elles concerne une époque antérieure, car il donnait alors à la reine plus de quinze mille livres, pour l'entretien de sa maison. Le temps était loin où Marie d'Anjou expédiait du vin dans les Flandres pour l'échanger contre de la toile et d'autres objets que l'état des finances ne lui permettait pas d'acheter dans le royaume. Enfin, le roi de Sicile, le duc de Bourbon, le comte du Maine, le duc d'Angoulême, Dunois et Xaintrailles figuraient aussi sur l'état de répartition de 1454 pour des sommes considérables.

L'exécution de l'arrêt de condamnation de Jacques Cœur fut poursuivie, pendant plusieurs années, avec une extrême rigueur. Englobés dans la confiscation, les biens de son frère et de sa femme avaient, on l'a vu, échappé à ses enfants, et deux de ces derniers furent en outre condamnés à la prison et à faire amende honorable, à raison de leurs protestations incessantes contre le jugement qui avait ruiné leur père. Cette sévérité ne se relâcha qu'après sa mort. Il fallut que la tombe se fût fermée sur lui pour que la jalousie et les craintes qu'il avait excitées fissent place à quelques sentiments de commisération envers sa famille et ses anciens serviteurs. Le premier d'entre eux qui eut recours à la clémence du roi fut ce Jean de Village qui avait enlevé Jacques Cœur à main armée dans le couvent des Cordeliers de Beaucaire, et facilité son évasion. Jean de Village avait joui jusqu'alors auprès du roi René d'une

prunte ces détails ne s'élevail qu'à 240,000 livres, et la somme totale des aides sous Charles VU a été évaluée à 1,800,000 livres. D'autres dons, de la nature de ceux dont il s'agit ici, ne figuraienl-ils pas sur les états de répartition des autres fonds?

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