‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 314 sur 359 · MÉFIANCE DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

MÉFIANCE DU DAUPHIN

pouillê de ses biens, et qu'une magnifique maison qu'il possédait à Tours avait été donnée à Dunois. Le mystère qui enveloppe les accusations dont Otto Castellani et Guillaume GoufBer furent l'objet, n'autorise-t-il pas à croire qu'ils succombèrent, eux aussi, comme Xaincoins et Jacques Cœur, sous de nouvelles intrigues de cour?

Cinq années s'étaient écoulées depuis la mort de ce dernier. La mésintelligence existant depuis longtemps entre le dauphin et Charles VII s'était encore envenimée en 1 456, et celui-ci n'avait pas moins à souffrir comme père que comme roi. Malgré les plus vives instances, le dauphin ne voulait pas revenir à la cour, et il ne cachait point qu'il craignait de ne pas y être en sûreté. — « Eh quoi! s'écriait Charles TII avec colère, mes ennemis se fient à moi, et mon fils ne veut pas le faire. » Il y avait déjà près de neuf ans que le roi n'avait vu le dauphin. D'autre part, la ville de son royaume où il avait séjourné le moins de temps était Paris. L'esprit turbulent de la capitale, les scènes de carnage et de terreur qui s'y étaient passées sous ses yeux, dans sa jeunesse, avaient fait sur son esprit une impression qui ne s'effaça jamais *. Constamment en guerre, depuis le commencement de son règne jusqu'à la conquête définitive de la Guienne, il habitait, dans les intervalles d'une campagne à l'autre, Bourges, Loches, Chinon, ou quelque château sur les bords de la Loire. Il avait fait réparer somptueusement une ancienne résidence royale située à Mehun-sur-Yèvre, à quelques lieues de Bourges. Grâce aux accroissements et aux embellissements qu'il avait reçus, le château de Mehun était, au quinzième siècle,

• M. Quiclierat, Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, p. 104.

CHATEAU DE MEHUN-SUR-YÈVRE. 3i^

l'un des plus beaux de la province et du royaume. Les pierres employées à sa construction étaient d'une blancheur presque égale à celle du marbre^. Du plateau où il était bâti et où conduisait une pente insensible , la vue dominait, de tous les côtés de l'borizon, un pays d'une remarquable fertilité. Au pied même de ce plateau, au midi, passe la rivière d'Yèvre arrosant dans son cours de grasses prairies qui se déroulaient au loin, coupées de distance en distance par des rideaux de peupliers. Vu des tours du château, par une belle soirée, ce paysage devait paraître admirable. L'une de ces tours, celle du nord, avait une hauteur prodigieuse, et sa plateforme, d'une circonférence considérable, était surmontée d'un belvédère percé de longues fenêtres en ogives couronnées de sculptures délicates. De là, l'œil pouvait découvrir un horizon immense : d'un côté, c'était Vierzon où l'Yèvre et le Cher se mêlent au milieu des vignes et des vergers. En se rapprochant de Mehun, les communes de la Chapelle-Saint-Ursin, de Foëcy, de Marmagne, de Saint- Laurent, se trahissaient, au milieu des arbres, par la flèche hardie de leurs clochers. Bâtie au-dessus de la porte d'entrée du château de Mehun, la chapelle du roi était remarquable par l'élégance et la richesse de ses sculptures, œuvre des plus habiles ouvriers du temps. Elle était adossée à la tour du nord. D'autres tours avaient aussi leur nom particulier; c'étaient la tour du Cabinet de la "Reine, la tour de l'Observatoire, la tour des Princes; ces deux dernières reliées par un corps de bâtiment dont un des étages portait le nom de Salle du GonseiL Sur le même

' L'abbé Expilly, Dictionnaire géographique et historique^ t. IV, Mehun-sur-Yèvre. — Malgré leur vétusté, les ruines du château de Mehun présentent encore le même aspect.

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