‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 32 sur 359 · PAHTICULIEREMENT AU QUINZIEME SIECLE · texte numérisé non relu

PAHTICULIEREMENT AU QUINZIEME SIECLE

L'appréciation de la valeur de l'argent à des époques différentes est depuis longtemps et à juste titre l'objet des recherches des économistes et des savants. La première pensée qui vient à l'esprit, en lisant, par exemple, que les gages d'un précepteur de Charles le Bel étaient de 500 livres par an, ou que la rançon du roi Jean fut de trois millions d'écus d'or, est de chercher ce que ces SOC livres ou ces trois millions d'écus d'or représenteraient en monnaie d'aujourd'hui. On avait cru longtemps qu'il suffisait de connaître la différence entre la valeur du marc (8 onces) d'or ou d'argent, à deux époques données, pour déterminer la valeur relative des espèces monnayées aux mêmes époques. Ainsi, de ce que le marc d'argent, qui valait 5 livres en 1326 », vaut actuellement, d'après le tarif du l*'' juillet 1835 %

* Tables du prix du marc d'or et d'argent depui» 1144 jusqu'en 1689, à la fin du Traité histori({ue des monnoyes de France, avec leurs figures, depuis le commencement de la monarchie jusqu'à présent, par Le Blanc; 1 vol. in-4, Paris, 1C90. — Très-estimt5 en ce qui concerne l'appréciation du titre et de la valeur intrinsèque des anciennes monnaies françaises, l'ouvrage de Le Blanc ne contient aucun éclaircissement sur la question complexe qui nous occupe. 11 en est de même de VEssai sur les monnaies^ par Dupré de Saint- Maur.

• Annuaire du ùurean des longitudes, année 1846, p. 74.

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S5 francs, c'est-à-dire onze fois de plus, on concluait généralement, d'après ce système, qu'une valeur énoncée dans une ordonnance ou un acte quelconque se rapportant à l'année 1326 devait être exactement représentée aujourd'hui par une somme onze fois plus considérable. Une étude plus approfondie de la question a démontré depuis qu'elle était bien autrement compliquée, et plus on l'examine attentivement, plus on y trouve de difficultés.

Il ne suffit pas, en effet, pour la décider, d'avoir égard :

1° A la diminution progressive, depuis Charlemagne , du poids de monnaies qui ont conservé la même dénomination;

2° A l'altération que les monnaies ont subie à de certaines époques, et à la différence de l'alliage qui est entré dans leur co.mposition.

Il faut encore tenir compte :

D'une part, de la dépréciation de l'or et de l'argent, notamment depuis la découverte du nouveau monde ;

D'autre part, des progrès de l'industrie, progrès par suite desquels un grand nombre d'objets, soit de première nécessité, soit de luxe, ont pu, à une époque donnée, être achetés avec une quantité moins considérable d'or ou d'argent que dans les siècles antérieurs.

Un savant justement estimé, M. Léopold Delisle, a posé le problème de la valeur relative des monnaies en termes très-clairs, très-précis.

« A telle date^ dit-il, dajis tel faya, combien telle espèce de monnaie •pesait-elle, et dans quelle proportion y entrait l'argent?

« Pour résoudre le problème, il faut trouver combien de pièces de cette monnaie on taillait alors dans un marc d'argent. Le nombre obtenu se prend pour diviseur du prix actuel du marc d'argent, et le quotient de la division donne la valeur intrinsèque de l'espèce de monnaie proposée.

« La valeur intrinsèque d'une certaine somme à une certaine époque étant connue, reste à savoir quelle en est la valeur extrinsèque ou relative. On peut poser le problème dans les termes suivants :

« A telle date, dans tel pays, dans telles circonstances, que valait une certaine quantité d'argent fin, comparée à la même quantité d'argent fin de nos jours?

0 Ou sutrcment :

DES AîsOlENNES MONNAIES. XUli

« Quelle quantité d'argent fin faudrait-il aujourd'hui pour faire ce qui, à une époque donnée, se faisait avec une telle quantité d'argent fin?

« Ce rapport de la valeur de l'or ou de l'argent fin d'une époque à la valeur de l'or ou de l'argent fin d'une autre époque, prise pour terme de comparaison, est ce qu'on appelle le pouvoir de l'argent. Pour le déterminer, il faut comparer l'emploi de l'argent aux deux époques données. Mais sur quels points portera cette comparaison? S'en tiendra-t-on aux objets de première nécessité? Fera-t-on entrer en ligne de compte toute espèce de valeur, et notamment les objets de luxe? Si l'on adopte le premier système, il faudra, pour rechercher le pouvoir de l'argent à une époque donnée, exprimer en monnaie moderne la valeur intrinsèque des sommes que coûtaient, à cette époque, les denrées de première nécessité, et diviser par le nombre qui exprinrtera cette valeur le prix actuel des mêmes denrées : le quotient indiquera le pouvoir de l'argent.

« Suivant l'autre système, on doit comparer de la même manière le prix des denrées de première nécessité et des objets de luxe, le loyer des terres et des maisons, le produit des capitaux, les salaires, les traitements. On comprend aisément toutes les incertitudes et les diCBcultés que présentent ces comparaisons ; il est à peu près inutile d'observer que, suivant la différence des éléments employés dans ces calculs, on arrive trop souvent à des résultats contradictoires et absurdes *. »

Des économistes et des savants éminents, Quesnay, Adam Smith, Jean-Baptiste Say, Rossi, Guérard, Leber, ont traité la question des monnaies au point de vue qui vient d'être indiqué. Personne ne s'étonnera, en songeant combien elle est ardue et complexe, que les résultats auxqupls ils sont arrivés présentent de graves différences. Je n'ai pas la prétention de répandre, après eux, des lumières nouvelles sur ce sujet. Le seul but que je me propose

* Éludes sur la condition de la classe agricole et l'élat de l'agriculture en Normandie au moyen ûge, p. 373. — M. Léopold Deiisie s'est borné, et c est vraiment dommage, à poser le problème sans ctiercher à le résoudre.

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