‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 4 sur 359 · PRÉFACE. V · texte numérisé non relu

PRÉFACE. V

qu'il faut établir, et je le ferai dans cet ouvrage même avec quelque détail, par des témoignages originaux. Le premier, Charles VII mit de l'ordre dans ce chaos, refréna ces violences. Pour que l'exemple partît de haut, il fit un jour jeter à l'eau, cousu dans un sac, un bâtard de Bourbon dont le métier cousistait à voler l'argent des paysans, à les tuer, quand ils assuraientqu'ils n'en avaient plus, et sur le passage duquel s'élevait partout un concert de malédictions. Bientôt, l'organisation des compagnies d'ordonnance fut décidée, au grand déplaisir des écorcbeurs, retondeurs et autres voleurs de grands chemins. C'est à partir de ce moment, c'est grâce à la permanence de l'armée que la France présente enfin l'image d'un pays civilisé. Cette grande mesure clôt, à vrai dire, l'ère du moyen âge et de la féodalité. Peu après, l'ordre renaît comme par enchantement, la confiance se rétablit, le commerce se relève, les campagnes, si longtemps abandonnées, se couvrent de laboureurs. Jamais rénovation plus complète et plus rapide. Il faut lire les chroniqueurs qui en furent témoins. Français et Bourguignons n'ont, là-dessus, malgré la différence habituelle du point de vue, qu'une voix. La sécurité des routes les comble d'étonnement, et ils en font à l'envi remonter le bienfait au gouvernement habile de Charles VII. L'un d'eux constate que l'on pourrait traverser tout le royaume, les mains pleines d'or, sans courir le moindre danger. Comme cet état de choses profitait surtout aux hommes de travail, le peuple s'en montra très-reconnaissant au roi. L'expulsion définitive des Anglais ne fit que redoubler ce sentiment. A la vérité, ces résultats n'avaient pu être obtenus sans que l'impôt eût été augmenté, et cet accroissement soulevait des plaintes; mais la gratitude l'emportait. On devine, on sent, en étudiant les annalistes du temps, qu'aucun roi de

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