‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 43 sur 359 · DES ANCIENNES MONNAIES. LIX · texte numérisé non relu

DES ANCIENNES MONNAIES. LIX

se borne à examiner les conditions de la production, on reconnaîtra que, pour le blé, dans la majeure partie de l'Europe, les changements survenus depuis quinze ou vingt siècles sont moindres que pour l'or et pour l'argent sur le marché général où l'Europe s'approvisionne *. »

Enfin, un savant infatigable et ingénieux, Leber, reprit, il y a environ trente ans, le problème de la valeur relative des monnaies au point où Guérard l'avait laissé. On a vu plus haut que, dans l'opinion de de Pastorel, il fallait tenir compte, indépendamment du prix des objets de consommation, de celui de la main-d'œuvre, des salaires et des fermages. Leber entra tout à fait dans cet ordre d'idées, et il poussa même cette théorie plus loin, car il s'appuya, dans ses recherches :

1° Sur le montant des gages, soldes, salaires, journées et pensions;

2° Sur le prix des denrées et objets de consommation de première nécessité, tels que le blé, la viande, le vin, les fruits, le poisson, etc.;

'6° Sur le prix des objets de luxe, des produits de l'industrie, de l'art et du commerce extérieur.

Leber réunit à ce sujet, dans des tables très-curieuses, des points de comparaison nombreux pris depuis les dernières années du treizième siècle jusqu'à l'époque actuelle, et il arriva, comme Guérard, à la conclusion ci-après :

Au huitième siècle, après 779, une quantité donnée d'or ou d'argent avait onze fois plus de pouvoir ou de valeur marchande qu'aujourd'hui.

Dans les premières années du neuvième siècle, ce pouvoir se réduisit à huit.

Il reconnut d'ailleurs qu'il n'avait pas eu en sa possession les documents nécessaires pour se livrer à une pareille appréciation en ce qui concernait les dixième, onzième et douzième siècles.

Au treizième siècle, le pouvoir relatif de l'argent tomba, suivant lui, à six, et il resta à ce taux jusqu'au premier quart du seizième siècle ;

Il fut de quatre pendant le deuxième quart du même siècle;

De trois pendant les vingt-cinq années qui suivirent.

• Cours d'Économie poliiiiiue, t. 111, La monnaie, p. 91. '

LX VALEUR

Enfin, de 1575 à 1789, l'ancien pouvoir de l'argent ne fut plus que de deux au-dessus de son pouvoir actuel *.

Pendant que, d'après M. Léopold Delisle, Leber aurait tiré des conclusions trop absolues d'un petit nombre de faits particuliers, et exagéré outre mesure le pouvoir de l'argent au moyen âge ^. un autre écrivain, M. Esménard Du Mazet, a soutenu, dar,3cesderniers temps, une opinion diamétralement contraire. Suivant lui, Jean- Baptiste Say, Leber et M. Cibrario ont suivi, dans leurs appréciations de la valeur des monnaies, une méthode vicieuse. M. Du Mazet reproche à Jean-Baptiste Say de n avoir pas tenu compte de l'accroissement du travail; il croit aussi que, depuis le treizième siècle, la masse monétaire s'est accrue dans le

* Mémoire concernant les variations des valeurs monétaires et le pouvoir commercial de l'argent. — Ces mémoires ont été lus h l'Académie des inscriptions et belles-lettres, qui en a ordonné l'impression dans la collection des Mémoires des savants étrangers. Leber a depuis publié ses deux mémoires en un vol. in-8 intitulé : Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen ûge, Paris, 1847.

Je dois rappt'ler ici qu'il s'agit uniquement dans ces évaluations de la valeur relative de la livre de compte. Avant donc d'appliquer la règle posée par Leber, il est indispensable d'avoir égard à la valeur du marc d'argent aux époques sur lesquelles porte la comparaison. Ainsi le marc d'argent valait, vers 1636, 27 livres 10 sous; il vaut actuellement 65 fr. Pour savoir quelle somme, en monnaie actuelle, représentent 70 livres de 1636, il faut donc :

1° Doubler cette somme, puisque le marc d'argent vaut aujourd'hui deux fois plus;

2° Multiplier par 2 la somme qui résulte de cette opération, puisque l'argent avait en 1636 un pouvoir double de celui qu'il a au dix-neuvième siècle.

Que si l'on veut connaître la valeur relative, soit d'un louis, d'un écu ou d'un lis d'or, soil d'un franc, d'un louis ou d'un lis d'argent à la même époque , il faut d'abord chercher quelle était leur valeur en /lires dans les tables qui terminent le Traité historique des monnoies par Le Blanc*. On opère ensuite comme je viens de l'indiquer pour trouver la valeur relative de 70 livres en 1636.

* Études, etc., p. 473.

* Voir, au sujet des Tables du marc d'argent de Le Btanc et du Recueil des Ordonnances, l'examen critique qu'en a fait Leber dans son second mémoire sur les monnaies; Appréciation, etc., Il' partie, p. 209 et suit.

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