DES ANCIENNES MONNAIES. LXI
rapport de 4 à 12,77. Leber avait évalué la rançon de saint Louis à 33 millions en monnaie actuelle. M. Du Mazet la porte à 67,l77,8fi2 fr. Leber avait constaté en outre que les obsèques de Charles VII coulèrent 18,300 livres du temps, qu'il évalue à34o,l2o livres de 1780. M. Du Mazet fait à ce sujet le calcul suivant : « Il est facile de reconnaître, dit-il, qu'en 1401, la livre tournois valait en argent fin 6 fr. 77 cent. Les 18,300 livres valaient donc en monnaie de nos jours 18,300 X 6 fr. 77 cent. X 12, 77 = l,o82,035 fr. A cette époque les revenus de l'État étaient de 2,300,000 livres, soit, en monnaie actuelle: 2,300,000 X 6 fr. 77 cent. X 12 fr. 7-/ = 198,841,670 fr.; environ 200 milions. Les obsèques du roi absorbèrent donc à peu près la 126* partie des revenus de l'État. » D'un autre côté, Jean-Baptiste Say avait cru faire une large part aux changements apportés par les siècles dans la valeur de l'argent en estimant à 28,277,000 fr. l'héritage de COme et Laurent de Médicis. Or, M. Du Mazet l'évalue à 74,22*1,731 fr. 39 c, et il fait observer, non sans raison peut-être , que cette somme répond mieux à l'idée que l'on se fait de la fortune et de la grande existence des Médicis *.
J'ai exposé successivement et par ordre des années où elles se sont produites les diverses opinions des économistes et des savants sur la valeur relative de l'argent. Résumons-les en peu de mots.
Trois systèmes principaux sont en présence.
D'une part, M. Rossi croit qu'il n'est pas possible d'arriver à des évaluations exactes, et il estime que le prix du blé luimême ne saurait être accepté comme un étalon de la valeur.
Quesnay, le Journal (Economique, Adam Smith, le comte Germain Garnier, Jean-Baptiste Say, M.M. Cibrario et Du Mazet, trouvent, au contraire, dans le prix du blé, à raison de sa fixité relative, une excellente mesure de la valeur, et la font servir de base à leurs calculs.
Enfin, de Pastoret, et après lui Leber, pensent qu'il ne faut pas avoir égard seulement à la valeur du prix du blé, mais encore à celle des objets, soit de première nécessité, soit de
* Nouveaux principes d'économie politique. Paris, 1849, p. 186 et suiv.
LXU VALEUR
luxe, de même qu'au prix des journées d'ouvriers des divers états.
Il ne sera pas sans intérêt maintenant d'appliquer chacune de ces diverses mesures de la valeur à quelques chiffres concernant des faits relatifs au quinzième siècle, et particulièrement à Jacques Cœur.
On a vu qu'il avait été condamné aune amende de 400,000 écus. « Ces écus, dit Leber, pouvaient valoir chacun 1 livre 8 sous. Conséquemment, 400,000 écus représentaient oOfî.OOO livres* de compte de leur temps. En 1453, le prix du marc d'argent était de 9 livres 3 sous environ ; 306,000 livres égalaient, en poids d'argent, 3,036,000 livres du dix-neuvième siècle, et, en pouvoir, 18,216,000 de nos francs actuels *. o
D'après le système d'évaluation de M. Du Mazet, les 400.000 écus dont il s'agit représenteraient environ 38 millions de francs.
Ainsi, d'une part, M. Léopold Delisle estime, par simple induction, à la vérité, que la règle posée par Leber mène à des valeurs exagérées, impossibles; d'autre part, celle appliquée par M. Du Mazet donne des valeurs plus que doubles. Cependant, Guérard a reconnu que le problème de l'évaluation du prix commercial des monnaies présentait bien moins de diCBcultés depuis la publication du mémoire de Leber. « Grâce aux recherches de ce respectable savant, ajoute-t-il, nous pouvons maintenant arriver, en beaucoup de cas, aux valeurs actuelles avec une approximation satisfaisante. Les erreurs qu'il peut avoir commises, et qui sont inévitables en pareille matière, le vague ou l'incertitude qui régnent quelquefois dans les tables, les omissions ou lacunes qu'on y découvre, n'empêchent pas que son ouvrage na
* Il y a dans le calcul de Leber une erreur de chiffre; 400,000 écus à 1 livre 8 sous l'écu représentaient 560,000, et non 506,000 livres.
* Essai sur l'appréciation , etc., p. 147. — Cela fait .36 fr. actu par chaque livre de compte, en 1453.