PORTRAIT DU ROI
diplomates lialjiles. Le principal secret de sa force et des résultats qu'il obtint est là. Au nombre des personnages historiques qui se groupent autour de lui, quolques-uns sont devenus populaires; tels sont Jeanne Dare, Dunois, La Hire, Xaintrailles, le connétable de Richemont, Jacques Cœur, les frères Bureau. D'autres ont jeté moins d'éclat, mais leur heureuse influence apparaît fréquemment quand on étudie de près les dilîérents événements de ce règne, les grandes négociations que ses diplomates ont menées à bonne fin, et les monuments de sa législation.
Les chroniqueurs représentent Charles VII avec une physionomie gracieuse et ouverte. D'une taille ordinaire, il ne manquait pourtant pas d'élégance lorsqu'il était vêtu de la toge ou habit long, que l'on portait encore alors; mais quand, obéissant aux lois de la mode, il s'habillait en veste de couleur verte qu'il affectionnait , ce qui lui arrivait fréquemment, ses jambes courtes et mal tournées, ses genoux fort gros, [le rendaient presque difforme^. « Solitaire estoit, dit un écrivain anonyme qui paraît avoir « fait partie de sa cour, vivant sobrement, aymant joyeu- « seté. Son jeu estoit aux eschecs ou à tirer de l'arbalète; « son serment, sainct Jean ! sainct Jean! Il prenoit ordinai- <( rement chaque jour deux repas seulement ; il parloit et « buYoit peu. Il oyait tous les jours trois messes, c'est à (I sçavoir une grande messe courte et deux basses messes,
1 Thoœas Basin, De rébus, elc. « Fuit aulcm ipse Carolus rex de
V staliira niediocri et bona fucie salis venusta, xqnis humeris, sed cru-
u ribtis et libiis jusio exilior alque subtilior. Cum togatus essel, satis
M eleganti specie apparebat, sed cum curta veste indueretur, quod fu-
11 ciebai frequenlius, paimo viridis ulens coloris, cum e.vilitas crurium
■f ei tibiurum,cum utriusque popUlis tumore, et versus se iiiviccm qusedam
À velut iuflexione, deformem ulrumque oslentabant. » Lib. V, cap. xxir.
d'après les contemporains. 41
« et disoit ses heures sans y faillira » A Poitiers, on le vit assister, avec la chape, aux offices de l'église collégiale de Saint-Hilaire, dont le chapitre le comptait parmi ses membres'^, et il en devait être ainsi dans d'autres villes. Il se levait matin et mangeait seul, excepté les jours de fêtes solennelles oîi il admettait à sa table un prince du sang et un évéque ou un abbé, et, dès que l'on commençait à servir, tous les courtisans se retiraient®.
Un autre chroniqueur, dévoué au duc de Bourgogne et n'ayant nul intérêt à flatter Charles YIl, le représente avec des traits pâles, le visage amaigri, la parole douce, insinuante, le maintien noble et gracieux. Trois vices essentiels déparaient par malheur, dit-il, ses qualités : inconstant, méfiant et par-dessus tout envieux, que de fuis il profita d'une occasion favorable pour renverser à jamais ceux qu'il avait élevés le plus haut ! Persuadé par l'expérience que tout homme a un mérite, une valeur propre, il attirait à lui les plus capables, en tirait le meilleur et les sacrifiait ensuite sans pitié. Ce chroniqueur constate qu'il fit régner la justice depuis longtemps bannie du royaume, mit ordre, comme par miracle, aux exactions des gens de guerre, rendit les routes sûres, rétablit la tranquillité, punit les mauvais, honora les bons et se montra toujours avare de sang humain. Accessible à tous, il recevait à jour fixe les clercs, les nobles, les gens de métiers, et les hommes d'armes. uAvoit « merveilleuse industrie, ajoute-t-il, vive et fresche mé-
* Denys Godefroy , Histoire de Charles VII; reproduction d'un Ms. anonyme, intitulé : De la vie, complexion et condition du roy Charles VII.
' Annales archéologiques de M. Didron ; t. I, p. 27. — On y Irouvo la description de la ctiape que portait Ctiarles VII dans les cérémonies de l'église Saint-Hilaire.
* De la vie, complexion, etc., dans Godefroy, loc. cit.