‹ Jacques Cœur et Charles VII; l'administration, les finances, l'industrie, le commerce, les lettres et les arts au 15e siecleChapitre 90 sur 359 · EMPLOI DES JOURNÉES DU ROI · texte numérisé non relu

EMPLOI DES JOURNÉES DU ROI

« moire ; estoit historien grant, beau racompteur, bon la- « tiniste et bien saige en conseil^ » Un annaliste du quinzième siècle confirme quelques-uns de ces détails. « Il es- « toit, dit-il, moult bel prince et biau parleur à toutes « personnes et estoit piteux envers povres gens. Mais il ne « s'armoit mie vollontiers et n'avoit point chier la guerre, a s'il s'en eust pu passer^. » Or, ce roi qui n'aimait pas la guerre fut obligé de la faire pendant plus de trente ans.

La déférence de Charles VII pour son conseil, le soin qu'il prenait de le consulter en toutes choses, sont constatés par des écrivains contemporains. L'ordre étant, à son avis, la première règle des affaires, il avait assigné à chacun des jours de la semaine son emploi spécial. Le lundi, le mardi et le jeudi, il travaillait avec le chancelier et expédiait toutes les réclamations relatives à la justice, qu'il voulait prompte pour le pauvre comme pour le riche. Opposé au trafic des charges de magistrature, toutes les fois qu'un office venait à vaquer dans un parlement, il n'y nommait que sur les présentations de la Cour. Le mercredi, il entendait d'abord les maréchaux, capitaines et autres gens de guerre. Il y avait ce jour-là conseil pour les finances, indépendamment d'un autre conseil qui se tenait aussi pour cet objet le vendredi. La guerre étant toujours subordonnée aux moyens qu'on avait de la faire, les gens de guerre et les gens des finances assistaient d'ordinaire aux mêmes conseils. « Et aucunes fois, ajoute le chroni- (c queur, il prenoit le jeudy ou partie du jour pour sa plai- « sance^. » Plus explicite sur ce dernier point, le chroni-

1 Georges Chastellain; extrait inédit publii; par M. J. Quicherat ilans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. IV, p. 76 et suiv.

2 Mémoires de Pierre de Fénin.

3 Denys Godefroy, etc., Ms. anonyme cité plus haut.

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queur bourguignon dit, dans le portrait dont on a vu des extraits : « Avoit ses jours de récréacion aussi avec femmes, (( par lesquelles il dévoya plus que assez et fut exemple de « grant mal et de grant playe en son temps. » De nombreux témoignages viendront plus tard s'ajouter à celui-là.

Daus un pays ravagé et appauvri comme l'était la France à ce moment, la pénurie à peu près constante du trésor dut être une des plus fréquentes inquiétudes de la royauté. Charles VII s'occupa toute sa vie de ses finances avec un soin particulier. Non-seulement il signait de sa main les rôles lies receveurs généraux, mais encore il se faisait rendre compte de tout ce qui se rattachait à l'assiette et à la perception de l'impôt. On était loin des temps où, grâce à la sagesse et à la prévoyance de Charles V, dix-sept millions de livres étaient tenues en réserve pour les événements. En 1422, Charles Yll, encore dauphin, passa l'hiver à Bourges. Sa détresse était telle alors que le chapitre de Saint- Etienne, propriétaire de vastes étangs, lui fournit à crédit le poisson nécessaire pour sa table; et cette créance, qui s'éleva avec le temps à quatre mille livres parisis, n'était pas payée en 1435^ C'est vraisemblablement dans les premières années de son règne que se passa le fait suivant raconté par un poëte de la fin du quinzième siècle, et si souvent répété depuis :

Un jour que La Hire et Poton

Le veindrent veoir ; pour festoyement^

N'avoit qu'une queue de mouton

Et deux poulets tant seulement.

Las! cela est bien au rebours

De ces viandes délicieuses

' M. Raynal, Histoire du Berry, t. III, p. 6,

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